La Lettre d’Afghanistan 29 mai 2026numéro 75Cette semaine, La Lettre d’Afghanistan rend hommage au Journal Hasht-e-subh créé il y a 20 ans. Grâce à son équipe qui a continué sans relâche son travail d’investigation après 2021, nous pouvons avoir des informations sur ce qui se passe réellement en Afghanistan. Nous publions cette semaine plusieurs articles de Hasht-e-Subh, dont vous pourrez obtenir la traduction grâce à un petit module de traduction (en bas à droite des articles) Toute l’actualité de la semaine + Les brèves Mission santé femmes afghanespar Association Afghanes de France Etat des lieux de l’accès aux soins dans les zones rurales afghanes : développement et aide médicale Le projet porté par Chela Noori vise à organiser une mission en Afghanistan afin de réaliser une cartographie des besoins liés à la santé des femmes afghanes.Chela Noori a parcourue 15 mille kilomètres en 26 étapes : Kabul, Surobi, Laghman, Jalalabad, Kunar et Nouristan. Charikar, puis Jabal Saraj, Khinjan, Pul-e-Khumri, Baghlan, Takhar, Kunduz et enfin Badakhshan. Puis cap sur Maidan Shahr, Maidan Wardak, Ghazni, Shajoy, Shahjoy, jusqu’à Kandahar. Enfin, passage par Parwan, Gulbahar et la vallée du Panshir. pour rencontrer les populations locales, recueillir des témoignages et identifier les principales difficultés d’accès aux soins : santé maternelle, suivi médical, accès aux médicaments, et structures adaptées aux femmes. Afghanes de France est une association de petite taille ce qui la rend discrète mobile et efficace. L’objectif est de mieux comprendre les besoins sur le terrain afin de mettre en place des actions humanitaires concrètes et durables en faveur des femmes afghanes.Les fonds récoltés serviront à financer le déplacement de la mission, les frais logistiques, les rencontres locales, ainsi que la réalisation d’un travail de cartographie et d’évaluation sanitaire indispensable pour construire des projets adaptés à la réalité du terrain. Les données recueillent seront partagées avec toutes les organisations d’aide à l’Afghanistan via des plates-formes OpenMaps.
Les menstruations des femmes en Afghanistan : une souffrance ordinaire, mensuelle, et délibérément ignorée. Un tabou qui tue Il y a une souffrance que l’Afghanistan d’aujourd’hui inflige aux femmes et dont personne ne parle, ou presque. Pas les chancelleries. Pas les organisations internationales dans leurs communiqués. Pas les gouvernements donateurs qui continuent de négocier des « arrangements pragmatiques » avec Kaboul. Une souffrance ordinaire, mensuelle, invisible : celle des menstruations. Trois témoignages publiés cette semaine par 8am.media suffisent à mesurer l’étendue du désastre. À Kaboul, des femmes souffrent de douleurs si intenses qu’elles nécessitent des perfusions, tout en continuant à faire la vaisselle et à préparer les repas. À Paktia, des femmes ignorent l’existence des protections hygiéniques. À Badakhshan, des femmes mangent en secret pendant le Ramadan pour ne pas révéler à leur père ou à leur frère qu’elles ont leurs règles. Dans des dizaines de districts reculés, des femmes utilisent des morceaux de tissu non stérilisés, mois après mois, avec les infections qui s’ensuivent, les inflammations, les maladies chroniques, et parfois l’infertilité. Lire la suite « Echoes of Alarm » (FARAGEER, septembre 2025) est une étude de terrain rare conduite auprès de 600 femmes et 100 hommes dans 14 provinces afghanes, entre juin 2024 et janvier 2025. Elle documente l’impact de l’idéologie talibane sur la vie quotidienne, quatre ans après la reprise du pouvoir en août 2021. L’apartheid de genre comme projet politique. Le rapport démontre que la subordination des femmes n’est pas un sous-produit du régime taliban, mais son fondement. Depuis 2021, plus de 200 décrets ont effacé les femmes de l’espace public. La loi sur la vertu et le vice (PVPV) de juillet 2024 a institutionnalisé cette architecture répressive, étendant les pouvoirs d’enforcement aux familles et aux chauffeurs. Le Rapporteur spécial de l’ONU Richard Bennett parle d’une attaque généralisée qui pourrait constituer des crimes contre l’humanité. Six domaines de crise documentés. L’interdiction d’éducation au-delà du primaire pousse 60 % des filles vers le mariage précoce forcé. L’exclusion des femmes du marché du travail coûtera 920 millions de dollars à l’économie afghane d’ici 2026, selon le PNUD. Plus de 95 % des répondantes souffrent d’une forme de détresse mentale. Les minorités ethniques, notamment les Hazaras chiites, subissent une double persécution. Les ménages dirigés par des femmes, soit 20 % du total, se retrouvent dans une situation de quasi-assignation à résidence. La prolifération des madrasas, avec 45 000 établissements dont 24 000 non enregistrés, est perçue comme un mécanisme délibéré de radicalisation de la jeunesse. Une résistance qui s’adapte. Malgré la répression, les femmes maintiennent des formes créatives de résistance : réseaux WhatsApp clandestins, campagnes en ligne avec identités anonymes, célébrations secrètes du Nowruz et du Shab-e-Yalda, liens transnationaux avec la diaspora. La Coalition des mouvements de protestation des femmes afghanes (AWPMC), fondée en 2023, coordonne le plaidoyer à l’international.
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