La pression des talibans éloigne la population du gouvernement, selon un haut clerc chiite

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La pression des talibans éloigne la population du gouvernement, selon un haut clerc chiite

28 mai 2026

L’ayatollah Waezzada Behsudi, éminent clerc chiite de référence, affirme que la pression des talibans sur les adeptes de l’école ja’fariste n’a cessé de s’intensifier au cours des cinq dernières années, et que des fidèles viennent en larmes se plaindre auprès des oulémas des restrictions croissantes qui leur sont imposées.

Prenant la parole lors des prières de l’Aïd al-Adha, Behsudi a déclaré que malgré les affirmations des talibans sur leur engagement religieux et leur respect de la loi islamique, les pressions exercées sur les communautés chiites s’aggravent jour après jour.

Selon lui, ces restrictions grandissantes ont éloigné la population du « gouvernement » et attisé le mécontentement général.

L’ayatollah Waezzada a averti que de tels agissements ne doivent pas seulement être réduits, mais cessés entièrement.

Mise en garde contre une explosion sociale

Waezzada a souligné que la poursuite de cette situation n’est dans l’intérêt ni des talibans ni du pays, et qu’elle ne fait qu’alimenter le ressentiment, les divisions et l’hostilité.

« Lorsque la pression devient excessive, une explosion devient inévitable, et les talibans ne devraient pas pousser la situation jusqu’à ce point », a-t-il déclaré.

Il a également accusé les talibans de contraindre les étudiants universitaires chiites à adopter le rite hanafite ou à abandonner leurs études.

La dignité même des oulémas n’est pas respectée : certains auraient été convoqués et contraints de s’engager à ne plus pratiquer le mariage temporaire.

Behsudi a rappelé que les adeptes de la jurisprudence ja’fariste se considèrent religieusement tenus de pratiquer leurs croyances et leurs traditions, et que la religion constitue pour eux une « ligne rouge », non négociable et impossible à ignorer.

Il a ajouté que modifier les convictions d’un peuple par la force et la contrainte est impossible, et ne ferait qu’approfondir les fractures. « Si quelqu’un venait à interdire les prières du Tarawih, dans quelle mesure serait-ce acceptable pour les talibans ? » a-t-il demandé.

Une lettre à Hibatullah Akhundzada

L’ayatollah Waezzada a également indiqué que les oulémas chiites n’ont pas pu rencontrer les hauts responsables talibans. Selon lui, ils ont adressé il y a plus de deux ans une lettre de 200 pages à Hibatullah Akhundzada, restée à ce jour sans réponse.

« Nous ne recevons aucune réponse à notre lettre, aucune audience ne nous est accordée, et l’on nous dit en même temps de ne pas parler aux médias », a-t-il déclaré.

Behsudi a expliqué qu’il avait gardé le silence public pendant deux ans, mais que la pression croissante et les plaintes répétées des fidèles l’ont finalement contraint à rompre ce silence.

Le clerc a par ailleurs accusé les talibans d’utiliser les campagnes de collecte d’armes comme outil de pression sur les communautés. La population a d’abord remis les armes appartenant à l’État, puis ses armes personnelles, en dépit d’instructions contraires émanant, selon lui, du chef des talibans. Une troisième phase aurait désormais débuté, au cours de laquelle des membres talibans de rang inférieur contraindraient les habitants à payer de l’argent en échange d’armes.

Pour l’éducation des filles

Waezzada a exhorté les talibans à rouvrir les écoles et les universités aux filles, soulignant que le Prophète de l’islam ne s’est jamais opposé à leur éducation, et qu’aucune religion ni aucune conviction ne peut justifier une telle interdiction.

Dernier appel aux talibans

Il a indiqué que les oulémas chiites ne formuleront plus de conseils ni de recommandations aux talibans, qualifiant ses propos de « demande finale ».

« Au fil de ces années, nous les avons conseillés, guidés et orientés à maintes reprises, mais les oreilles des talibans sont sourdes », a-t-il affirmé.

Evoquant par ailleurs les tensions dans le centre de l’Afghanistan liées aux conflits avec les nomades koutchis, il a décrit cette question comme un problème ancien et épineux, rappelant que des innocents avaient été tués l’année précédente lors d’affrontements entre Koutchis et résidents sédentaires.

Il a demandé aux talibans d’appliquer un accord signé il y a trois ans entre représentants koutchis et habitants locaux, en présence des autorités de Ghazni, aux termes duquel les Koutchis armés ne devaient pas pénétrer dans les zones résidentielles. Cet accord reste, selon lui, letté morte, les Koutchis armés continuant d’entrer dans ces régions.

Le clerc a enfin réclamé des compensations ou l’application du principe de Qisas pour les victimes des affrontements de l’année passée.

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