La Lettre d’Afghanistan 5 juin 2026Numéro 76𝐂𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫𝐭 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐭𝐢𝐞𝐧 𝐚̀ 𝐥’𝐚𝐫𝐭 𝐞𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐜𝐮𝐥𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐚𝐟𝐠𝐡𝐚𝐧𝐞le 5 juin à 20h au 360 Paris Music Factory. À l’occasion de ce concert, l’Ensemble Aseman réunira des artistes afghans en exil autour d’un projet musical et culturel porté par la transmission, la résilience et la liberté d’expression. L’Afghanistan est le seul pays au monde où la musique est interdite. Ce concert souhaite faire vivre et rayonner cette culture aujourd’hui menacée. Lien vers la billetterie: https://my.weezevent.com/concert-aseman-ensemble-afghanistan Un tarif solidaire est destiné aux personnes réfugiées grâce au code promo 360 « Comment ça… ils vivent dans les Landes mais n’avaient jamais vu l’océan ? »
Co-Fondatrice de Terre 2 Cultures | Travailleuse sociale tout-terrain : à l’aise dans la gadoue administrative comme dans les champs | Accompagner l’exil comme une graine : en respectant le sol, le temps et le clima « Comment ça… ils vivent dans les Landes mais n’avaient jamais vu l’océan ? » Et pourtant oui. Cette semaine, nous avons emmené plusieurs habitants accompagnés par notre association à la Dune du Pilat. Et voir la mer pour la première fois à l’âge adulte… ça marque. Il y avait ceux qui couraient dans le sable, riaient, sautaient, posaient devant l’appareil photo comme des adolescents. Et il y avait ceux qui restaient assis. Silencieux. À regarder l’horizon sans presque bouger. Parce que pour certains exilés, la mer ne représente pas seulement les vacances. Elle rappelle aussi les traversées dangereuses. Les bateaux de fortune. L’attente des passeurs sur une plage. Les récits de personnes qui ont disparu en route. Alors certains ne s’approchent presque pas de l’eau. Ne nagent pas. Restent à distance. Mais il y a aussi tout ce que la photo permet. Reprendre confiance en son image. Se voir autrement que comme “le réfugié”, “le saisonnier”, “le dossier administratif”. Se voir beau. Se voir vivant. Se voir appartenir, un instant, à ce paysage. Et très honnêtement… ils étaient tellement beaux que je n’ai évidemment pas réussi à me limiter en photos. Les téléphones aussi sortaient très vite. Appels visio à la famille restée au pays. Vidéos envoyées aux proches. Photos pour dire : “regarde où je suis…” Comme si vivre ce moment ne suffisait pas s’il n’était pas partagé avec ceux restés là-bas. Et parfois, il y a la culpabilité. Un jour, un Afghan m’avait dit : « Je ne peux pas profiter pendant que ma famille souffre au pays. » Cette phrase m’est revenue en tête en les regardant. Parce que derrière ces moments simples, il y a souvent quelque chose de très profond : le besoin de se sentir enfin vivant… sans oublier ceux qui sont restés derrière. Plusieurs nous ont dit aussi que la dune leur rappelait un peu les montagnes d’Afghanistan. Le sable. Le vent. L’immensité. Comme un petit morceau de “chez eux” retrouvé au milieu d’un paysage français. Et finalement, peut-être que l’intégration commence aussi ici. Dans un fou rire dans le sable. Une photo devant l’océan. Un homme de 30 ans qui découvre la mer pour la première fois. Ou simplement quelqu’un qui regarde l’horizon, en sécurité. La Commission européenne a confirmé qu’elle se préparait à rencontrer des responsables talibans pour discuter d’éventuelles expulsions depuis l’Europe vers l’Afghanistan. Le 11 mai, un porte-parole a indiqué aux journalistes qu’à la suite d’une visite à Kaboul par des responsables européens et belges en janvier, la Commission travaillait avec les autorités suédoises à l’organisation d’une « réunion de suivi technique potentielle » à Bruxelles. Le lendemain, un porte-parole a confirmé qu’une lettre d’invitation avait été envoyée aux responsables talibans, mais a refusé de préciser qui avait été invité ou si l’UE… European Council on Refugees and Exiles + 2 Aucune date n’a encore été fixée pour cette réunion. Il s’agirait du deuxième contact de l’UE en 2026 avec les dirigeants afghans, après une réunion technique tenue à Kaboul en janvier. La Commission a indiqué que l’engagement avec l’administration talibane « ne constitue en aucun cas une reconnaissance » du groupe. Le porte-parole Markus Lammert a précisé que l’UE agissait en vertu d’un mandat l’autorisant à maintenir un « engagement opérationnel » avec les autorités du pays, afin de faciliter les contacts, de surveiller la situation et d’assister les États membres. Les discussions envisagées porteraient sur des questions pratiques, notamment les documents de voyage, la délivrance de passeports, la vérification d’identité et la coordination des vols d’expulsion. Brussels Signal Reshad Jalali, chargé de politique senior à l’ECRE, a déclaré : « Il est profondément alarmant que des discussions aient lieu sur l’expulsion d’Afghans vers un Afghanistan sous contrôle taliban », en citant les risques de persécution et les violations du principe de non-refoulement. « Expulser des personnes vers de telles conditions risque de rendre l’UE complice de leur exposition au danger et aux mauvais traitements. » The Detroit News Le 8 juillet 2025, la CPI avait émis des mandats d’arrêt contre deux dirigeants talibans pour crime contre l’humanité sous la forme de persécution fondée sur le genre. Moins d’un an plus tard, l’UE leur accorde des visas exceptionnels. L’Afghanistan sous les talibans est la définition même d’un régime qui bafoue les droits des femmes. CEPS Extorsion, piston et données volées : les talibans ont pris le contrôle des consulats afghans en AllemagneDes allégations graves pèsent sur Nebras-ul-Haq Aziz, le représentant des talibans auprès des missions diplomatiques afghanes à Berlin et Bonn. Selon des sources locales et diplomatiques, sa nomination n’aurait pas été motivée par des compétences professionnelles, mais par sa proximité personnelle avec Amir Khan Muttaqi, le ministre des Affaires étrangères des talibans. Des connexions avec des institutions pakistanaises et qataries sont également évoquées, sans qu’aucune preuve publiquement vérifiable n’ait été produite à ce stade. Sur le terrain consulaire, les conséquences pour les réfugiés afghans résidant en Allemagne seraient concrètes et sévères. Des délais anormalement longs dans le traitement des dossiers et des demandes de paiements pouvant atteindre 1 000 euros pour obtenir un simple rendez-vous ont été signalés. Ces pratiques, si elles sont avérées, caractérisent un système de captation et de monnayage de services administratifs auxquels les ressortissants afghans n’ont légalement pas d’autre accès.
La situation au consulat de Bonn soulève en outre des inquiétudes sur la sécurité des données : un ressortissant pakistanais y occuperait un poste informatique avec accès aux bases de données consulaires contenant des informations personnelles sur des milliers d’Afghans. Le personnel de l’ancienne administration a collectivement démissionné en signe de protestation, dénonçant la mise en place de représentants talibans que les autorités allemandes, en acceptant ces nominations au nom de la continuité consulaire, contribuent indirectement à légitimer. Les enfants réduits à la servitude sexuelle du « Bacha Bazi » par les talibans : le groupe a dépénalisé le mariage des fillettes… mais ses commandants se rendent coupables d’abus tout aussi ignobles envers les garçonsLe 30 mai 2026, le Daily Mail publiait une enquête fouillée sur l’une des réalités les plus occultées de l’Afghanistan contemporain : la persistance du bacha bazi, cette pratique d’esclavage sexuel des garçons qui traverse les siècles et les régimes sans jamais disparaître. Le quotidien britannique s’appuie sur des témoignages de survivants, des rapports officiels américains et des travaux de chercheurs pour dresser un constat accablant : malgré l’interdiction formelle proclamée par les talibans, la pratique continue, et des responsables du régime en place figurent parmi les auteurs documentés de ces abus. Le bacha bazi, dont le nom signifie littéralement « jeu de garçon », consiste à contraindre de jeunes enfants, souvent âgés de 12 ou 13 ans, à se travestir et à danser devant des hommes de pouvoir, avant d’être soumis à des viols répétés. Des milliers d’enfants afghans démunis en sont victimes. Vendus par des familles que la misère a réduites au désespoir, ou tout simplement enlevés, ils sont utilisés comme objets de plaisir, passés de main en main, puis jetés une fois qu’ils commencent à avoir de la barbe. Ce que leur réserve ensuite la société est à peine moins brutal : prostitution, addiction à l’héroïne, exclusion, violence. Certains meurent des suites de leurs blessures physiques. D’autres ne survivent pas à leurs blessures intérieures. Ce que l’enquête du Daily Mail met également en lumière, c’est l’hypocrisie systémique qui entoure cette pratique. Les talibans l’ont officiellement interdite tout en laissant leurs propres commandants en user librement. Les forces militaires occidentales présentes en Afghanistan en avaient connaissance et ont délibérément choisi de fermer les yeux, au nom des alliances tactiques avec des chefs de guerre dont les exactions égalaient celles qu’elles prétendaient combattre. Un ancien officier des forces spéciales américaines a payé de son poste le fait d’avoir refusé de se taire. La rédaction de La Lettre d’Afghanistan publie ici la traduction intégrale de cet article, car il appartient à la catégorie des textes que l’on ne peut pas résumer sans les trahir. Le bacha bazi n’est pas un fait divers, ni un vestige folklorique. C’est une forme de torture organisée, exercée sur des enfants, dans l’indifférence relative de la communauté internationale. Comprendre l’Afghanistan d’aujourd’hui exige de regarder aussi cela en face.
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