Le chemin parcouru vers l’unité

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Édito
Le chemin parcouru vers l’unité
Cinquième réunion de Cambridge, 4 septembre 2026

Cinq ans après la chute de Kaboul, l’opposition afghane n’a toujours pas de front uni, mais elle a mieux : une méthode, une cartographie précise de ses désaccords et une définition partagée de ce que le mot unité veut dire.

En mai 2025, La Lettre d’Afghanistan posait une question simple : fallait-il un front uni ou une coordination souple ? Le constat de départ n’était pas flatteur. Des groupes armés séparés par la géographie et par l’histoire, des collectifs de femmes tenus à l’écart des discussions stratégiques, des figures politiques de l’ancienne République sans ancrage intérieur, une diaspora fragmentée par les appartenances régionales et ethniques. Chacun parlait, personne ne parlait avec les autres. Le mot unité revenait dans tous les colloques et n’engageait personne.

Seize mois plus tard, la cinquième réunion de la série de Cambridge, tenue le 4 septembre en Grande-Bretagne, montre un paysage différent. Pas un front uni. Autre chose, qui vaut peut-être davantage.

Ce que Cambridge a produit

Le travail accompli est d’abord un travail de recensement. Selon Zalmai Nishat, de l’organisation Mosaic, qui organise ces rencontres, les quatre premières réunions ont examiné vingt et une feuilles de route proposées par les différents groupes pour l’avenir de l’Afghanistan. La comparaison a donné un résultat que peu auraient anticipé : malgré les différences politiques et idéologiques, les convergences sont larges, et les désaccords sérieux ne portent plus que sur environ dix pour cent des sujets.

C’est une donnée nouvelle. Pendant quatre ans, la division de l’opposition a été traitée comme une évidence, par les taliban qui s’en nourrissent et par les chancelleries qui s’en servent d’argument pour ne rien faire. Le travail de Cambridge oppose à cette évidence un inventaire.

La cinquième session a été consacrée au reste, c’est-à-dire aux points durs. Cinq panels, cinq lignes de fracture : la justice structurelle et les racines historiques de l’inégalité ; la méthode du changement politique, lutte armée ou pression non violente ; le rôle de la communauté internationale, avec des participants qui espèrent un scénario comparable à celui de 2001 et d’autres qui le refusent au nom de la primauté des Afghans ; la forme de l’État futur, fédéral, décentralisé ou centralisé ; enfin les questions de monnaie, d’identité et de symboles nationaux.

Ces cinq points ne sont pas des détails. Ils touchent à la nature même de l’État afghan. Mais ils sont désormais nommés, situés, discutés en présence de ceux qui les portent, au lieu d’être devinés à distance.

L’unité redéfinie

L’autre acquis est sémantique, et il est décisif. À Cambridge, les principaux acteurs ont cessé de définir l’unité comme une fusion.

Ali Maisam Nazary, responsable des relations extérieures du Front national de résistance, a défendu une alliance large associant les groupes armés, dont le NRF et l’AFF, les femmes engagées dans la résistance civile, les mouvements politiques et les organisations de la société civile. Son argument central : la formation de cette alliance ne doit pas dépendre d’un accord préalable sur le détail d’une future Constitution ou d’un système de gouvernement. Les divergences reflètent la diversité ethnique, religieuse, politique et sociale du pays, et dans un cadre démocratique l’unité ne signifie pas l’identité des vues.

Daoud Naji, chef du bureau politique du Front pour la liberté de l’Afghanistan, a tenu un raisonnement voisin en le tirant vers la légitimité populaire : les groupes politiques peuvent proposer les modèles qu’ils veulent, la décision finale revient au peuple afghan. Il a par ailleurs indiqué que la résistance armée s’était étendue depuis la précédente réunion de Cambridge, en septembre, avec une hausse des opérations dans plusieurs régions du pays.

Fawzia Koofi, enfin, a formulé la même idée du côté civil : la coopération peut se construire sur des priorités communes sans que personne renonce à son identité politique. L’initiative « Women for Afghanistan » réunit sur cette base plus de trente-cinq organisations et personnalités, avec la place des femmes dans la direction politique du pays au centre de la démarche.

Pour Fawzia Koofi, l’alternative aux taliban n’est pas un groupe ni une faction : c’est le peuple afghan lui-même.

Cambridge, 4 septembre 2026

Trois familles distinctes, armée, politique et civile, arrivent donc à la même conclusion en 2026 : coordonner sans fusionner. C’est très exactement la voie que l’édito de mai 2025 esquissait comme hypothèse de travail.

Ce qui manque encore

Il reste que la reconnaissance d’une méthode n’est pas une structure. Cambridge est un espace de dialogue, pas un organe. Aucune charte minimale n’a été signée. Aucun porte-parole commun n’existe. Les partenaires étrangers qui cherchent un interlocuteur ne savent toujours pas à quelle porte frapper, et cette illisibilité a un coût politique direct.

Le contexte extérieur s’est en outre dégradé. Daoud Naji a relevé que la discussion internationale sur un règlement politique et le processus de Doha ont largement disparu de la liste des priorités. La question afghane est traitée comme un dossier humanitaire résiduel, parfois comme un dossier migratoire, rarement comme un dossier politique. Pendant ce temps, l’émirat multiplie les gestes de normalisation et obtient des ouvertures diplomatiques que l’opposition, elle, n’obtient pas.

Reste le fossé entre l’intérieur et l’extérieur. Fawzia Koofi a insisté sur la nécessité d’associer celles et ceux qui, en Afghanistan, peuvent participer sans risque. Cette précision dit à elle seule la difficulté : dans un pays où l’expression d’un désaccord se paie d’une arrestation ou d’une disparition, une grande part de la population concernée par ces discussions ne peut pas y prendre part.

Cinq ans, et une ligne de crête

Le chemin parcouru depuis 2021 est réel et il se mesure. Une opposition qui s’ignorait s’est mise à comparer ses textes. Des groupes armés siègent avec des juristes et des militantes. Le désaccord est passé du statut de tabou à celui d’objet de travail. Et la démocratie, comme l’a rappelé Fawzia Koofi, n’a pas échoué en Afghanistan : elle n’a pas été soutenue, ni par la classe politique afghane, ni par la communauté internationale.

Ce qui manque désormais n’est plus de la bonne volonté, mais de la traduction. Une position commune, quand elle existe, ne pèse que si quelqu’un peut la porter, la répéter et la défendre devant les États. Les taliban, eux, ont compris depuis longtemps que la scène internationale se gagne par la constance.

Les dix pour cent qui restent ne se refermeront sans doute pas à Cambridge. Ils se trancheront un jour en Afghanistan, par les Afghans. Ce que ces cinq réunions auront changé, c’est qu’ils sauront alors précisément sur quoi ils ne sont pas d’accord.

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Sources
Afghanistan International
Taliban Opponents Call For Broad Coalition At Cambridge Talks
Compte rendu de la cinquième réunion de la série de Cambridge, 5 septembre 2026
La Lettre d’Afghanistan
Une opposition plurielle face aux talibans : coordination souple ou front uni ?
Édito, 22 mai 2025
Lire l’article
La Lettre d’Afghanistan
Afghanistan : cinq chemins pour l’espérance
Édito, 15 mai 2025
Lire l’article

www.afintl.com /en/202609054292

Les opposants aux talibans appellent à une large coalition lors des pourparlers de Cambridge

05/09/2026

5 sept. 2026, 09:27 GMT+1

Le Front de résistance nationale et le Front de la liberté d’Afghanistan ont appelé à une plateforme commune entre les groupes politiques, civils et armés opposés aux talibans, alors que les pourparlers de Cambridge cherchent à combler des divergences clés.

La cinquième édition de la « Cambridge Afghanistan Series » s’est tenue le vendredi 4 septembre à Cambridge, en Grande-Bretagne, réunissant des dizaines de personnalités politiques, universitaires, militants de la société civile et représentants des mouvements féminins venus de l’Afghanistan comme de l’étranger.

La réunion s’est concentrée sur l’identification des points d’accord et de désaccord entre différents groupes opposés aux talibans et sur l’exploration des terrains de coopération concernant l’avenir politique de l’Afghanistan.

Zalmai Nishat, responsable de l’organisation Mosaic et organisateur de la réunion, a déclaré à Afghanistan International que les quatre précédentes séries des réunions de Cambridge avaient examiné des feuilles de route et des propositions proposées par divers groupes pour l’avenir de l’Afghanistan, avec un total de 21 feuilles de route discutées.

Selon Nishat, la revue a montré que malgré des différences politiques et idéologiques, il existait un chevauchement considérable entre les points de vue des différents groupes, avec seulement environ 10 % des questions restant des sujets de désaccord sérieux.

Il a indiqué que la cinquième réunion de Cambridge s’était principalement concentrée sur ces désaccords, avec des participants à cinq panels distincts examinant des points de vue divergents sur des questions fondamentales concernant l’avenir de l’Afghanistan.

Cinq principaux points de désaccord

Nishat a indiqué que l’un des premiers sujets abordés concernait les problèmes structurels et la justice structurelle en Afghanistan, en faisant référence aux racines historiques des inégalités, à la répartition du pouvoir et à la manière dont un système politique plus équitable pourrait être créé à l’avenir.

La voie vers le changement politique était un autre sujet de désaccord. Certains groupes estiment que, dans les conditions actuelles, le changement politique est impossible sans résistance armée contre les talibans.

D’autres, cependant, continuent de prôner le dialogue, la pression politique et des approches non violentes comme voie vers le changement.

Le rôle de la communauté internationale dans l’avenir de l’Afghanistan était un autre sujet majeur de débat.

Selon Nishat, certains participants estiment que la communauté internationale devrait jouer un rôle similaire à celui de 2001 dans l’évolution des développements en Afghanistan.

D’autres soutiennent que l’Afghanistan et le monde ont changé depuis et que les Afghans eux-mêmes devraient jouer un rôle de premier plan dans la détermination de leur destin et la définition de l’avenir politique du pays.

La structure du futur système politique afghan était également un sujet de désaccord. Certains participants soutenaient un système fédéral, d’autres appelaient à une structure décentralisée, tandis qu’un autre groupe préférait le maintien d’une forme de gouvernement centralisée.

Les questions liées à la monnaie, à l’identité et aux symboles nationaux ont également été identifiées comme des sujets de désaccord entre groupes politiques et civils.

Nishat a souligné que l’objectif de la réunion de Cambridge n’était pas de parvenir à un accord immédiat sur toutes ces questions, mais de créer un espace où les différences pourraient être identifiées, discutées et réduites, tout en trouvant des domaines où différents groupes pourraient coopérer.

NRF : Les différences ne signifient pas un manque d’unité

Ali Maisam Nazary, responsable des relations étrangères du Front de résistance nationale d’Afghanistan, a déclaré lors de la réunion qu’une alliance d’opposants aux talibans devrait inclure un large éventail de forces politiques et sociales.

Il a indiqué qu’une telle alliance pourrait inclure des groupes de résistance armée tels que le Front national de résistance et le Front de la liberté d’Afghanistan, des femmes impliquées dans la résistance civile, des mouvements politiques, des organisations de la société civile et des forces démocratiques.

Nazary a souligné que la formation d’une large alliance ne devrait pas dépendre de tous les groupes parvenant à un accord complet sur les détails d’une future constitution ou système de gouvernement.

Il a déclaré que les opposants aux talibans avaient un terrain d’entente important sur de nombreuses questions fondamentales et pouvaient coopérer sur des principes fondamentaux, un mécanisme de transition et la création d’un Afghanistan démocratique dans lequel tous les citoyens jouissent de droits égaux.

Le chef des relations étrangères du NRF a déclaré que les divergences d’opinion reflétaient la diversité ethnique, religieuse, politique et sociale de l’Afghanistan et ne devaient pas être perçues comme un signe d’échec ou de désunion.

Il a ajouté que dans une société démocratique, l’unité ne signifiait pas nécessairement des opinions identiques, mais devait plutôt être fondée sur l’unité dans la diversité.

Freedom Front : La décision finale doit revenir au peuple

Daoud Naji, chef du bureau politique du Front de la liberté d’Afghanistan, a déclaré que la résistance armée contre les talibans s’était accrue depuis la précédente réunion de Cambridge en septembre, avec des groupes anti-talibans, dont le Front de la liberté d’Afghanistan, intensifiant leurs opérations dans différentes régions de l’Afghanistan.

Il a déclaré que le Front de la liberté d’Afghanistan était prêt à coopérer avec les partis politiques, les organisations de la société civile et les groupes qui croyaient aux principes des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie.

Naji a souligné que les groupes politiques avaient le droit de proposer différents modèles et points de vue sur le futur système de gouvernement afghan, mais devaient finalement accepter la décision et la volonté du peuple afghan.

Il a déclaré que la réunion de Cambridge pourrait servir de base à la création d’une alliance plus large et plus efficace entre les opposants talibans, ajoutant que le Front de la Liberté était prêt à coopérer pour renforcer ce qu’il appelait un cadre de consensus civil.

Le chef politique du Front de la liberté afghan a également déclaré que les discussions internationales sur un règlement politique de la crise afghane et du processus de Doha étaient en grande partie passées de la liste des priorités de la communauté internationale.

Il a insisté sur le fait que les talibans ne devraient pas être reconnus comme le gouvernement légitime de l’Afghanistan et a appelé la communauté internationale à reconsidérer leur approche envers le groupe.

Fawzia Koofi : Les femmes doivent jouer un rôle dans le leadership politique futur

Fawzia Koofi, une militante éminente des droits des femmes et ancienne membre du parlement afghan, a déclaré que l’unité parmi les opposants talibans ne signifiait pas nécessairement fusionner tous les groupes en une seule structure politique ou une seule plateforme.

Elle a déclaré que la coopération entre différentes forces pourrait s’établir autour de priorités et d’objectifs partagés sans qu’ils aient à abandonner leur identité ou leurs opinions politiques individuelles.

Koofi a déclaré que l’initiative « Femmes pour l’Afghanistan » avait créé une plateforme de coopération entre plus de 35 organisations et personnalités éminentes pour discuter des priorités pour l’avenir de l’Afghanistan et placer le rôle des femmes dans la direction politique du pays au cœur de ces efforts.

Elle a rejeté l’idée selon laquelle les talibans étaient la seule option disponible pour l’Afghanistan, affirmant que la véritable alternative aux talibans était le peuple afghan, qui devrait être représenté par une constitution, l’État de droit et des mécanismes démocratiques.

Koofi a insisté sur le fait que la démocratie ne devait pas se limiter à la tenue d’élections, affirmant que les gens devraient avoir un rôle réel à chaque étape dans la détermination de leur avenir et la définition du système politique du pays.

Elle a déclaré que la démocratie n’avait pas échoué en Afghanistan, mais plutôt que la communauté politique afghane et la communauté internationale n’avaient pas soutenu la démocratie.

Koofi a également souligné la nécessité pour les forces politiques et civiles hors d’Afghanistan de collaborer avec ceux qui peuvent participer en toute sécurité à l’intérieur du pays.

Elle a déclaré que la planification de la transition et du changement politique en Afghanistan devrait impliquer un large éventail de forces sociales et politiques.

La cinquième réunion de la série Cambridge Afghanistan a eu lieu alors que les efforts pour renforcer la coordination entre les divers groupes opposés aux talibans continuent de faire face à des désaccords sur la méthode du changement politique, la structure d’un futur système politique et le rôle des acteurs nationaux et internationaux.

Cependant, les organisateurs et plusieurs participants ont déclaré qu’identifier ouvertement les désaccords tout en se concentrant sur des priorités communes pourrait ouvrir la voie à une coopération et un consensus plus larges sur l’avenir de l’Afghanistan.

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