Violences sexuelles liées aux conflits : Afghanistan 2025

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Conflict-Related Sexual Violence, Report of the Secretary-General Date de publication : 29 mai 2026
Cote officielle : S/2026/321, 21 avril 2026
PDF : https://news.un.org/en/sites/default/files/atoms/files/secretary-general-report-on-sexual-violence-in-conflict.pdf

Réactions au rapport du Conseil de sécurité de l’ONU : les violences sexuelles des talibans sont bien pires que ce qui a été rapporté. Lire l’article de 8am.media
DROITS HUMAINS  |  CONSEIL DE SÉCURITÉ ONU
Les violences sexuelles des talibans sont bien pires que ce qui a été rapporté
8AM MEDIA 31 mai 2026
Suite à la publication d’un rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies documentant les agressions sexuelles commises par des membres des talibans contre 16 femmes et six filles, des survivantes et des témoins affirment que ces chiffres ne représentent qu’une fraction de l’ampleur réelle des exactions. Ils évoquent la répression généralisée et le climat de peur qui empêchent les victimes de parler.

Des militantes des droits des femmes et des personnalités politiques ont salué ce rapport, estimant qu’il reflète une partie de la dure réalité que les femmes afghanes dénoncent depuis cinq ans. Plusieurs personnalités politiques ont également fait valoir que les talibans, ayant pris le pouvoir absolu et imposant la répression au nom de la charia, ne peuvent se soustraire à leurs responsabilités. Elles ont par ailleurs critiqué les religieux qui ont choisi le silence face à de tels abus.

Le rapport de l’ONU ne documente qu’une infime partie des souffrances endurées par les femmes. La population est trop effrayée pour parler en raison de la répression intense. Le nombre réel d’agressions sexuelles et de viols collectifs dans les centres de détention et les prisons talibanes est bien supérieur aux chiffres officiels. Au cours des cinq dernières années, un nombre important de responsables talibans de la province ont exploité le désespoir de la population pour forcer des mineures à se marier.Adalatkhah, habitante de la province de Balkh

Julia Parsi, fondatrice du Réseau du mouvement des femmes, a déclaré au quotidien Hasht-e Subh qu’elle saluait la publication du rapport. Ce dernier documente une partie d’une vérité douloureuse que les femmes afghanes dénoncent depuis cinq ans. Elles ont maintes fois parlé de détention arbitraire, de torture, de mauvais traitements et de violences sexuelles, mais la plupart de ces témoignages sont restés lettre morte.

Si la communauté internationale se contente de recenser les crimes et ne tient pas les talibans responsables de leurs actes, ce rapport subira le même sort que des dizaines d’autres avant lui. Les femmes afghanes n’ont pas besoin d’un nouveau rapport pour prouver qu’elles sont victimes. Elles ont besoin de justice, d’un soutien concret et d’actions décisives. Le silence et l’inaction face à ces crimes constituent une complicité dans les souffrances continues de millions de femmes et de filles à travers le pays.Julia Parsi, fondatrice du Réseau du mouvement des femmes

Parwana Ibrahimkhail Nijrabi, militante des droits de l’homme, a déclaré que le rapport du Conseil de sécurité de l’ONU met en lumière l’ampleur de la crise des droits de l’homme en Afghanistan, une crise aggravée par l’absence quasi totale d’accès à la justice et d’institutions juridiques fonctionnelles. Elle a souligné que de graves violations des droits humains sont documentées de manière continue depuis août 2021 et que ces actes pourraient être qualifiés de crimes contre l’humanité au sens du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. D’un point de vue religieux, le viol et les violences sexuelles sont explicitement interdits dans les textes islamiques et comptent parmi les péchés les plus graves.

Les preuves accumulées pourraient ouvrir la voie à des poursuites devant les instances judiciaires internationales, notamment la CPI, et pourraient également influencer la manière dont les États membres du Statut de Rome choisiront de dialoguer avec les talibans à l’avenir.

Si ces informations sont fausses, pourquoi refusez-vous toute enquête indépendante, transparente et impartiale? Pourquoi les prisons et les centres de détention sont-ils inaccessibles aux missions internationales d’enquête? Les dirigeants talibans ne peuvent pas détenir tous les pouvoirs, contrôler toutes les institutions et prendre toutes les décisions au nom de l’Émirat et de la charia, tout en se dégageant de toute responsabilité quant aux faits décrits dans ces allégations.Rahmatullah Nabil, ancien directeur général de la Direction nationale de la sécurité (NDS)

Rahmatullah Nabil a également interpellé les religieux qui, du haut de leurs chaires, parlent quotidiennement du licite et de l’illicite, de l’aumône et de la charité, du miswak et de la barbe, et qui pourtant restent muets face à des allégations de cette ampleur.

On ne peut étouffer la vérité sous le joug de l’emprisonnement, de la censure, des menaces et de la peur. Un jour viendra où le voile se lèvera et où la réalité éclatera au grand jour. Ce jour-là, le peuple jugera qui a défendu la vérité et la justice, et qui a choisi le pouvoir et le silence.Rahmatullah Nabil

Dawood Naji, chef du comité politique du Front de liberté afghan, a écrit que les documents publiés par les Nations Unies ne représentent que la partie émergée d’un iceberg. La suppression des médias libres et indépendants, la peur généralisée de la répression talibane et une culture profondément enracinée du silence sur les agressions pour protéger l’honneur familial ont contribué à ce que la grande majorité des crimes commis par les talibans restent cachés.

Le dernier rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies indique que 16 femmes et six filles ont été victimes de violences sexuelles de la part de membres des talibans en 2025. Parmi les cas documentés figurent des viols collectifs, des mariages forcés et des déshabillages forcés. Le rapport souligne également que certaines femmes se sont suicidées en raison des graves traumatismes physiques et psychologiques subis.

Le quotidien Hasht-e Subh avait précédemment révélé que durant les deux premières années du régime taliban, 90 femmes de trois provinces du nord avaient été arrêtées et emprisonnées. Seize d’entre elles, victimes de violences sexuelles répétées, étaient tombées enceintes et avaient ensuite eu recours à l’avortement dans des hôpitaux locaux. Dans les provinces de Faryab et de Samangan, des grossesses ont été interrompues sur ordre des talibans entre le troisième et le cinquième mois.

Dans le nord du pays, des prisonnières ont été contraintes, sous la pression des talibans, à satisfaire les exigences sexuelles de responsables locaux du régime, contre leur gré. Un ancien prisonnier a déclaré au quotidien Hasht-e Subh qu’au moins quatre détenues de la province de Samangan, victimes d’agressions sexuelles répétées de la part de membres des talibans, ont été grièvement malades et finalement exécutées par ces derniers.

Le 29 mai 2026, le Secrétaire général des Nations Unies a rendu public son dix-septième rapport annuel sur les violences sexuelles liées aux conflits, document S/2026/321, couvrant la période de janvier à décembre 2025. Le tableau qu’il dresse est d’une gravité exceptionnelle : près de 10 000 cas vérifiés dans le monde, soit plus du double du chiffre de l’année précédente, dans 21 pays touchés par des conflits armés. Viols, viols collectifs, esclavage sexuel, mariages forcés, enlèvements, ces crimes sont documentés comme tactiques de guerre délibérées, utilisées par des acteurs étatiques et non étatiques pour terroriser les populations, contrôler les territoires et punir les opposants.

L’Afghanistan occupe une place à part dans ce rapport. Depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les femmes et les filles afghanes vivent sous un régime d’effacement systématique de la vie publique, juridique et sociale. Le rapport du Secrétaire général confirme ce que les organisations de défense des droits humains documentent depuis quatre ans : les autorités de facto sont directement impliquées dans des actes de violence sexuelle, y compris au sein même des structures censées garantir l’ordre. Des viols, des viols collectifs, des mariages forcés et des mises à nu forcées ont été attribués à des responsables de facto, dont les forces de sécurité talibanes. Des femmes ayant osé contester ou manifester contre les politiques de genre des talibans ont été soumises à une détention arbitraire, à la torture et à des violences sexuelles en détention.

En octobre 2025, le Conseil des droits de l’homme a créé un Mécanisme d’enquête indépendant pour l’Afghanistan, chargé de collecter les preuves des crimes internationaux commis sur le territoire afghan, signal fort que la communauté internationale reconnaît désormais l’ampleur et la gravité des violations.

Une précaution méthodologique s’impose cependant à la lecture de ce document. Les 21 cas vérifiés par la MANUA en 2025, soit 15 femmes et 6 filles, ne constituent pas un bilan : ils représentent la seule fraction de la réalité que les conditions afghanes permettent encore de documenter. Le rapport lui-même le reconnaît, rappelant que la peur des représailles, la stigmatisation, l’effondrement des services de signalement, la fermeture de plus de 400 établissements de santé et l’interdiction faite aux femmes afghanes de travailler pour l’ONU et les ONG réduisent mécaniquement la capacité de vérification. Le chiffre réel est, selon toute vraisemblance, d’un ordre de grandeur supérieur.


Paragraphe 16. La MANUA a vérifié en 2025 des incidents de violence sexuelle, notamment viols, viols collectifs, mariages forcés et nudité forcée, perpétrés contre 15 femmes et 6 filles, attribués à des responsables de facto, dont les forces de sécurité de facto. Malgré l’interdiction des mariages forcés décrétée en 2021, les autorités de facto ont été impliquées à la fois dans la perpétration et le maintien de tels mariages. Le Rapporteur spécial sur les droits humains en Afghanistan a signalé que les femmes qui contestent ou manifestent contre les politiques de genre des talibans ont été soumises à une détention arbitraire, à la torture et à des mauvais traitements, y compris des violences sexuelles.

Paragraphe 17. Les prestataires de première ligne ont continué à assurer la gestion des cas et l’assistance juridique, mais la disponibilité globale des services a été fortement réduite par les manques de financement, auxquels s’ajoutent les restrictions imposées aux déplacements des travailleuses humanitaires et au type de travail qu’elles peuvent effectuer. En juillet 2025, plus de 400 établissements de santé avaient fermé, ainsi que des centaines de points de service de lutte contre les violences sexistes soutenus par l’ONU. Les autorités de facto ont également empêché les femmes afghanes, y compris le personnel des Nations Unies, d’accéder aux locaux de l’Organisation.

Paragraphe 18. Quatre ans après le démantèlement des lois et tribunaux spécialisés sur les droits des femmes, le cadre applicable pour l’accès des femmes à la justice et les plaintes pour violence sexiste restait flou, ces plaintes étant largement traitées par des responsables masculins. En octobre 2025, le Conseil des droits de l’homme a créé un Mécanisme d’enquête indépendant pour l’Afghanistan, chargé de collecter et d’analyser les preuves des crimes internationaux et des violations les plus graves du droit international, y compris ceux commis contre les femmes et les filles.

Paragraphe 19 (recommandation). Le Secrétaire général appelle les autorités de facto à cesser immédiatement tous les actes de violence sexuelle, à abroger toutes les lois, politiques et pratiques qui restreignent les droits humains et les libertés fondamentales des femmes et des filles, et à lever l’interdiction faite aux femmes afghanes de travailler pour l’ONU et les ONG.

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