RAWADARI : Rapport sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan 2025

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Rapport sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan 2025

TRADUCTION DU RAPPORT EN FRANÇAIS

Introduction

Ce rapport s’appuie sur des informations et des preuves recueillies auprĂšs de sources primaires en Afghanistan, notamment des entretiens directs avec des victimes, des survivants, des tĂ©moins oculaires et des acteurs locaux informĂ©s. Il examine la situation des droits humains en Afghanistan en 2025. Le rapport couvre les droits civils et politiques, les droits des femmes et la situation des groupes ethniques et religieux vulnĂ©rables en Afghanistan en 2025, en identifiant les tendances et les schĂ©mas de violations et en faisant rĂ©fĂ©rence aux dĂ©crets verbaux ou Ă©crits des autoritĂ©s de facto ayant une incidence sur la situation des droits humains durant cette pĂ©riode. 

D’aprĂšs les conclusions de Rawadari, les violations graves des droits civils et politiques, ainsi que des droits des femmes et des minoritĂ©s ethniques et religieuses, se sont poursuivies et intensifiĂ©es en 2025. Ces restrictions ont pris un caractĂšre plus systĂ©matique et organisĂ©, notamment en raison de la mise en Ɠuvre de la loi sur la promotion de la vertu et la prĂ©vention du vice (PVPV), promulguĂ©e en aoĂ»t 2024. Les exĂ©cutions ciblĂ©es et extrajudiciaires, les arrestations arbitraires, les disparitions forcĂ©es, la torture et autres traitements cruels et dĂ©gradants ont considĂ©rablement augmentĂ© par rapport Ă  2024. Les conclusions indiquent Ă©galement que d’anciens fonctionnaires, des journalistes, des dĂ©fenseurs des droits humains et des personnes accusĂ©es de collaborer avec des groupes d’opposition continuent d’ĂȘtre victimes d’exĂ©cutions extrajudiciaires, de dĂ©tentions, de disparitions forcĂ©es et d’autres reprĂ©sailles, sans que le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres n’ait pris de mesures concrĂštes et significatives pour mettre fin Ă  ces violations.

La situation des droits humains des femmes s’est encore dĂ©tĂ©riorĂ©e en 2025 en raison du renforcement des restrictions locales et de la mise en Ɠuvre de la loi sur la rĂ©pression des violences sexuelles et sexuelles (PVPV). Cette dĂ©tĂ©rioration est due au dĂ©ni persistant d’accĂšs Ă  l’Ă©ducation, Ă  l’emploi, Ă  la libertĂ© de circulation et Ă  la justice, ainsi qu’Ă  une application plus stricte des restrictions par le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. Avec l’entrĂ©e en vigueur de la loi PVPV, la discrimination, les restrictions et le contrĂŽle social exercĂ©s sur les femmes sont devenus plus organisĂ©s et plus Ă©tendus, touchant de nombreux aspects de leur vie personnelle et sociale. Comme l’a confirmĂ© le Tribunal populaire pour les femmes d’Afghanistan, ces violations des droits des femmes constituent une persĂ©cution fondĂ©e sur le sexe, au sens de l’article 7(1)(h) du Statut de Rome de la Cour pĂ©nale internationale.

Dans l’intervalle, les tribunaux talibans ont, durant la pĂ©riode considĂ©rĂ©e, appliquĂ© ou validĂ© un large Ă©ventail de chĂątiments corporels, notamment la flagellation et d’autres formes de peines dĂ©gradantes. Ces pratiques contreviennent manifestement aux principes fondamentaux interdisant la torture et les traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants.

En Afghanistan, les minoritĂ©s ethniques et religieuses ont Ă©tĂ© victimes de discrimination en matiĂšre d’accĂšs Ă  l’emploi et aux opportunitĂ©s Ă©conomiques, aux ressources et services publics, ainsi que de restrictions Ă  leur libertĂ© de pratiquer leurs rituels religieux.

L’absence de mĂ©canismes de surveillance indĂ©pendants, tels que des organes indĂ©pendants de dĂ©fense des droits humains ou un systĂšme judiciaire indĂ©pendant, conjuguĂ©e Ă  l’impunitĂ© persistante des auteurs de violations des droits humains, a entraĂźnĂ© la persistance et l’aggravation de diverses formes d’abus, tout en privant les victimes et les survivants d’accĂšs Ă  la justice. Nous appelons le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, la communautĂ© internationale, les Nations Unies et les autres acteurs concernĂ©s Ă  prendre des mesures immĂ©diates et concrĂštes pour protĂ©ger les droits fondamentaux du peuple afghan.

Méthodologie

Rawadari s’est engagĂ©e dans la collecte d’informations et la documentation des violations des droits humains en Afghanistan tout au long de l’annĂ©e 2025. Notre Ă©quipe de suivi a menĂ© des entretiens avec des victimes et leurs familles, des tĂ©moins oculaires, des dĂ©fenseurs des droits humains, des militants, des journalistes, des enseignants, des professeurs d’universitĂ©, des fonctionnaires, des avocats de la dĂ©fense, des chefs traditionnels, des professionnels de la santĂ© et des reprĂ©sentants d’organisations nationales et internationales compĂ©tentes dans 30 provinces du pays. Les donnĂ©es et les preuves, aprĂšs analyse et vĂ©rification, ont Ă©tĂ© compilĂ©es dans des rapports mensuels et enregistrĂ©es dans une base de donnĂ©es sĂ©curisĂ©e.

Le processus de collecte d’informations, de documents et de preuves relatifs aux violations des droits humains a Ă©tĂ© menĂ© par les observateurs locaux de Rawadari, sous la supervision directe de notre Ă©quipe de recherche et de documentation. Outre les entretiens avec les sources, notre Ă©quipe sur le terrain a recueilli des preuves complĂ©mentaires telles que de la correspondance officielle, des documents judiciaires, des photographies, des enregistrements audio, des dossiers et rapports hospitaliers et cliniques, ainsi que des informations publiĂ©es par les ministĂšres et institutions du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. Par ailleurs, afin de garantir la crĂ©dibilitĂ©, l’exactitude et la qualitĂ© des informations, l’Ă©quipe de recherche de Rawadari a dispensĂ© une formation et un encadrement spĂ©cialisĂ©s aux observateurs locaux tout au long de l’annĂ©e.

Les conclusions de ce rapport reposent sur des informations vĂ©rifiĂ©es, obtenues directement de sources primaires. Dans certains cas, des limitations de sĂ©curitĂ© et des difficultĂ©s d’accĂšs ont empĂȘchĂ© la vĂ©rification fiable des informations ou l’obtention de preuves suffisantes. Ces cas ont Ă©tĂ© exclus du prĂ©sent rapport.

Ce rapport compare les résultats de 2025 avec le nombre de violations recensées en 2023 et 2024 par Rawadari. Il vise à dresser un tableau comparatif clair des principales tendances en matiÚre de violations des droits humains, de leur type et de leur nature, ainsi que des caractéristiques des victimes et des groupes ciblés.

Compte tenu des risques liĂ©s Ă  la documentation des violations des droits humains dans le cadre de la loi sur les droits de l’homme, des restrictions d’accĂšs Ă  l’information, de la censure et des restrictions imposĂ©es aux mĂ©dias locaux, ainsi que des prĂ©occupations sĂ©curitaires des victimes et de leurs familles, il est difficile de vĂ©rifier chaque cas signalĂ©. Par consĂ©quent, le nombre de violations prĂ©sentĂ©es dans ce rapport pourrait ĂȘtre infĂ©rieur au nombre rĂ©el de cas.

La premiĂšre partie du rapport est consacrĂ©e Ă  l’évaluation de la situation des droits civils et politiques, tandis que les parties suivantes examinent la situation des droits humains des femmes et des groupes ethniques et religieux vulnĂ©rables. Rawadari ayant dĂ©jĂ  publiĂ© son rapport sur la situation des droits humains pour le premier semestre 2025, les exemples et cas dĂ©crits dans les diffĂ©rentes parties du prĂ©sent rapport concernent principalement ceux recensĂ©s au cours du second semestre.

Limitations de l’accĂšs Ă  l’information

Nos conclusions indiquent que le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres afghan a continuĂ© d’adopter et de mettre en Ɠuvre des mesures plus restrictives concernant l’accĂšs Ă  l’information en 2025. La Direction gĂ©nĂ©rale du renseignement (DGR), le ministĂšre de la Promotion de la vertu et de la PrĂ©vention du vice (MPVPV) et le ministĂšre de l’Information et de la Culture (MIC) sont les trois entitĂ©s qui surveillent principalement les activitĂ©s des mĂ©dias et des citoyens utilisant les rĂ©seaux sociaux afin de s’assurer du respect des restrictions et de la censure imposĂ©es par le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. Ces entitĂ©s ont, dans de nombreux cas, exercĂ© des pressions, des menaces, des arrestations, des actes de torture et des mauvais traitements Ă  l’encontre de personnes ayant publiĂ© des informations relatives Ă  des violations des droits humains.

De plus, les dĂ©fenseurs des droits humains, les journalistes et les mĂ©dias locaux et nationaux ne sont pas autorisĂ©s Ă  recueillir ni Ă  publier d’informations sur les incidents sĂ©curitaires, les critiques des autoritĂ©s de facto et les cas de violations des droits humains sans autorisation Ă©crite du ministĂšre de l’Information et de la Communication et de ses services provinciaux. Comme l’a documentĂ© Rawadari tout au long de l’annĂ©e 2025, le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres a arrĂȘtĂ© et torturĂ© des dĂ©fenseurs des droits humains et des journalistes qui avaient bravĂ© cette directive, les accusant d’« espionnage pour des Ă©trangers » ou de « propagande contre le rĂ©gime ». Cette situation a entraĂźnĂ© une autocensure gĂ©nĂ©ralisĂ©e et une sous-dĂ©claration des violations des droits humains dans le pays. Elle a Ă©galement eu un impact direct sur la libertĂ© et la sĂ©curitĂ© des dĂ©fenseurs des droits humains et des journalistes, au point que plusieurs journalistes locaux ont Ă©tĂ© contraints de quitter leur domicile et de s’installer dans d’autres provinces en 2025.  

De plus, le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres continue de menacer et de faire pression sur les victimes, leurs familles, les tĂ©moins oculaires et d’autres sources locales bien informĂ©es afin de dissimuler les preuves de violations des droits humains. Les talibans ont directement menacĂ© les familles et les proches des victimes concernant des violations graves des droits humains, notamment la torture, les disparitions forcĂ©es et les exĂ©cutions extrajudiciaires et ciblĂ©es, afin de les empĂȘcher de fournir des informations Ă  ce sujet aux mĂ©dias ou aux organisations de dĂ©fense des droits humains. Il semblerait Ă©galement que, dans certains cas d’exĂ©cutions extrajudiciaires et suspectes, les talibans aient demandĂ© aux familles des victimes de diffuser de faux tĂ©moignages aux mĂ©dias pour dissimuler la vĂ©ritĂ©.

Nos conclusions indiquent que les talibans obtiennent de tous les prisonniers et dĂ©tenus, et en particulier des personnes ayant subi des actes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements en dĂ©tention, un engagement Ă©crit de ne parler Ă  personne de leurs expĂ©riences ou observations vĂ©cues dans les centres de dĂ©tention. Cette pratique limite considĂ©rablement l’accĂšs Ă  des tĂ©moignages directs et ouverts et fait peser un risque de reprĂ©sailles sur ces personnes si elles tĂ©moignent. Par ailleurs, aucun contrĂŽle rĂ©gulier et indĂ©pendant n’est exercĂ© sur l’ensemble des lieux de dĂ©tention en Afghanistan. Enfin, il est strictement interdit aux responsables et employĂ©s de ces lieux de fournir des informations aux mĂ©dias et aux organisations de dĂ©fense des droits humains.

Il est interdit Ă  toutes les institutions gouvernementales relevant du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres de diffuser des informations aux mĂ©dias ou Ă  d’autres personnes sans autorisation prĂ©alable des autoritĂ©s compĂ©tentes. Selon certaines sources, dans certaines rĂ©gions du pays, notamment dans le sud-ouest, les fonctionnaires n’ont pas le droit d’utiliser de smartphones Ă©quipĂ©s d’appareils photo au bureau. Dans cette rĂ©gion, ils ne sont pas non plus autorisĂ©s Ă  accorder d’interviews ni Ă  collaborer avec les mĂ©dias afghans en exil.

À cet Ă©gard, le dĂ©partement de l’information et de la culture des talibans dans deux provinces, Parwan et Nangarhar, a averti les mĂ©dias et les journalistes locaux qu’en cas de coopĂ©ration avec des mĂ©dias opĂ©rant Ă  l’Ă©tranger, ils seraient arrĂȘtĂ©s et emprisonnĂ©s par le GDI.

Les talibans ont systĂ©matiquement restreint l’accĂšs Ă  l’information et empĂȘchĂ© la rĂ©vĂ©lation des violations des droits humains en 2025, une situation qui a limitĂ© l’accĂšs des victimes Ă  la justice et aux mĂ©canismes de responsabilisation et qui a Ă©galement engendrĂ© une autocensure gĂ©nĂ©ralisĂ©e et une rĂ©ticence Ă  fournir des informations. Les conclusions de ce rapport doivent donc ĂȘtre replacĂ©es dans ce contexte plus large de restrictions sĂ©vĂšres Ă  l’accĂšs Ă  l’information, qui affectent gravement la documentation relative aux droits humains.

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