La Lettre 9 octobre 2026

Partager

For our English-speaking readers: click the language selector at the top of the letter to view it in English, Catalan, Spanish, and other languages.

La CPI rend publics quatre mandats d’arrêt contre 4 dirigeants talibans

Le 5 octobre 2026, la Cour pénale internationale (CPI) a levé le secret sur quatre mandats d’arrêt visant des responsables talibans. Ils avaient été délivrés en juillet et septembre 2025 par la Chambre préliminaire II.

Lever le scellé signifie que les mandats deviennent publics. Deux d’entre eux étaient déjà connus depuis juillet 2025 : ceux visant Haibatullah Akhundzada, le chef suprême des Taliban, et Abdul Hakim Haqqani. Les deux autres, contre Habibullah Agha et Neda Mohammad Nadim, sont rendus publics aujourd’hui.

Les quatre hommes sont soupçonnés de crime contre l’humanité de persécution. Les juges retiennent deux motifs :

  1. Le genre : les filles, les femmes et les personnes qui ne se conforment pas à la politique des Taliban en matière de genre, d’identité ou d’expression de genre.

  2. Des motifs politiques : les personnes considérées comme des « alliés des filles et des femmes », traitées comme des opposants.

Selon les juges, ces faits ont eu lieu depuis la prise du pouvoir du 15 août 2021, au moins jusqu’au 20 janvier 2025. Par décrets et édits, les femmes et les filles ont été privées d’éducation, de vie privée et familiale, de liberté de circulation, d’expression, de pensée, de conscience et de religion. La Chambre mentionne aussi des meurtres, des emprisonnements, des tortures, des viols et des disparitions forcées.

Le point juridique le plus important concerne le mot « genre ». Les juges estiment qu’il ne se limite pas au sexe biologique. Il inclut les rôles, les comportements et les attentes que la société associe aux hommes et aux femmes. La persécution fondée sur le genre peut donc passer par des violences directes, mais aussi par un système organisé qui impose des normes discriminatoires.

Ce n’est pas un jugement. Les juges ont seulement estimé qu’il existe des motifs raisonnables de croire que les quatre hommes sont responsables d’avoir ordonné, incité ou sollicité ces crimes. Ils restent présumés innocents. Pour qu’un procès ait lieu, ils doivent d’abord être arrêtés et transférés à La Haye. La CPI n’a pas de police et dépend de la coopération des États.

Cette décision est importante : la CPI qualifie la politique des Taliban envers les femmes de crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre, et vise les plus hauts responsables du régime. Elle reconnaît aussi comme victimes celles et ceux qui sont perçus comme des alliés des femmes.

Lire le communiqué de presse de la CPI


Par Barmak Hamdard, ancien humanitaire des Nations unies, publié par Stratheia le 29 septembre 2026

Le Front de la liberté de l’Afghanistan (AFF) mérite une attention politique sérieuse et un soutien à son programme démocratique. Son activité autour de Zebak a ramené l’attention sur le Badakhshan et soulevé une question que la politique internationale a trop souvent laissée sans réponse : comment le peuple afghan peut-il construire une alternative crédible au pouvoir taliban ? Les gouvernements devraient ouvrir des discussions directes avec le Front, soutenir un travail d’information indépendant et aider les communautés à mettre en place des institutions civiles qui protègent leurs droits.

Les combattants du Front sont pour la plupart d’anciens membres des forces armées du gouvernement, formés professionnellement au métier militaire. Sa direction réunit des personnes d’origines ethniques différentes, qui ont une expérience militaire, diplomatique, littéraire et du droit international des droits humains. Le général Yasin Zia est diplômé en affaires militaires et en renseignement. Je crois que cette expérience donne au mouvement une base pour une direction disciplinée. Elle pourrait lui permettre de servir de force de sécurité temporaire, placée sous autorité civile, afin de maintenir la sécurité pendant une transition pacifique et responsable vers un gouvernement démocratique.

J’ai travaillé au Badakhshan dans les années 1990 comme humanitaire de l’ONU. Tous les deux mois, ma mission consistait à conduire un convoi de dix camions d’aide alimentaire depuis la frontière tadjike, à Ishkashim, jusqu’à Fayzabad, la capitale de la province. À cette époque, le commandant du Jamiat, Sayed Najmuddin Wasq, connu localement sous le nom d’Amr Najmuddin, commandait les forces dans toute la province. Il soutenait activement nos opérations de distribution alimentaire de l’ONU.

Lire l’article complet


Lire aussi :
Droit international et résistance : la singularité de l’AFF
YASIN ZIA ET L’AFGHANISTAN FREEDOM FRONT


Un système éducatif parallèle : l’expansion des madrasas talibanes et ses implications pour le genre, la société et la sécurité régionale

En juin 2026, le réseau HAMRAH a publié « Les madrasas talibanes : consolidation idéologique, persécution des femmes et avenir de la stabilité en Afghanistan », documentant l’ampleur de l’expansion des madrasas talibanes. S’appuyant sur un travail de terrain mené dans les provinces de Kandahar et de Bamyan entre mars et mai 2026 et sur des entretiens avec plus de 34 personnes connaissant directement le secteur de l’éducation, le rapport révèle une transformation éducative d’une rapidité et d’une ampleur sans précédent dans l’histoire moderne de l’Afghanistan. Dans cette tribune d’expert, l’auteur du rapport, Timor Sharan*,  présente ses principales conclusions et analyse leur importance pour la société afghane, la stabilité régionale et l’engagement international.


lire l’enquête


Afghanistan : 78 % des victimes de restes explosifs de guerre sont des enfants

L’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a publié le mercredi 7 octobre 2026 un rapport sur les restes explosifs de guerre en Afghanistan. Entre janvier et fin août 2026, les enfants représentent 78 % des victimes. L’organisation signale aussi que le financement de la lutte antimines reste très insuffisant.

78 % des victimes sont des enfants

L’OCHA indique que les restes explosifs de guerre restent une menace quotidienne pour les civils en Afghanistan. Les enfants représentent 78 % des victimes d’explosions liées à des restes de conflits passés, de janvier à fin août 2026.

Au point précédent, publié en juillet et portant sur la période de janvier à mai, la part des enfants était de 75 %, pour au moins 175 personnes tuées ou blessées. Les deux périodes ne sont pas les mêmes, la comparaison reste donc indicative. Le nombre total de victimes de janvier à août n’est pas précisé dans les éléments consultés.

6 décembre 2024
À lire aussi 6 décembre 2024

Lire le rapport


Mosaic Global Foundation @MosaicGFdn

🎙️Entretiens post-sommet de Cambridge « De l’effort parallèle à l’action commune ; les opposants aux talibans se rapprochent-ils d’un chemin commun ? »

Animé par la Fondation mondiale Mosaic et en collaboration avec le média Avenir de l’Afghanistan

@FuAfghanistan

🗓️ Vendredi 9 octobre 2026 🕕 18h à l’heure de Londres | 13h Washington | 21h30 Kaboul 📍 Dans l’espace X de la Fondation mondiale Mosaic

Invités : Dans ce sommet, deux figures éminentes des fronts de la résistance nationale et de la liberté en Afghanistan, Ali Meisam Nazari et Daoud Naji, partageront leurs points de vue sur les perspectives de coopération entre les forces opposées aux talibans et la possibilité de former un chemin politique commun.

🔹 Les mouvements politiques et civiques sont-ils parvenus à se rapprocher d’un consensus ?
🔹 Quels sont les principaux obstacles à la coopération ?
🔹 Et quel sera l’avenir de ces efforts ?


En 1979, l’Iran, l’Afghanistan et l’Arabie Saoudite ont contribué, avec l’Union soviétique et les Etats-Unis, à fabriquer un Islam radical encore plus meurtrier et toujours actif. Le pogrom du 7 octobre 2023 déclenché par le Hamas en Israël, la guerre et le déchainement de violences qui s’en sont suivi ont conduit les auteurs, Serge July et Alain Bauer, à actualiser la fin de leur série, avec la participation d’Elie Barnavi et Elias Sanbar.

Réalisé par : Serge July, Alain Bauer


Septembre chez Nayestane : examens, innovations et belles rencontres
Neuf mois sous l’émirat: la grossesse d’une femme à Kaboul
Afghanistan : la persécution ethnique et culturelle des non pashtounes
Résistance : point de situation au 08 octobre 2026 - LA LETTRE d'AFGHANISTAN
Les États-Unis affirment que les talibans afghans demeurent une « entité particulièrement préoccupante » en raison des violations de la liberté religieuse
Comment les talibans gouvernent-ils l'Afghanistan ? How do the Taliban govern Afghanistan?
L'émir de Kandahar : portrait du chef suprême des talibans

Retrouvez-nous sur Twitter : @AfghanLetter

ou sur Facebook : https://www.facebook.com/LaLettreAfghane

ou sur notre page Linkedin https://www.linkedin.com/in/lalettre/

Partager