Homme du renseignement devenu chef de guerre, ancien chef d’état-major de l’armée nationale afghane puis fondateur de l’Afghanistan Freedom Front, le général Yasin Zia incarne l’une des trajectoires les plus marquantes de la résistance aux taliban. Portrait d’un officier passé de la République à la clandestinité armée.
Mohammad Yasin Zia est né dans le district de Shakardara, dans la province de Kaboul. Officier de l’armée, homme du renseignement et responsable politique afghan, il est aujourd’hui l’une des figures de proue de la résistance armée aux taliban. D’appartenance tadjike, il a gravi les échelons au fil des années jusqu’à devenir chef de l’état-major général de l’armée nationale afghane, une ascension notable dans une institution longtemps dominée par les Pachtounes. Il possède un diplôme en affaires militaires et de renseignement, ainsi qu’un ancrage dans le Jamiat-e Islami.
Zia s’est d’abord illustré au sein de l’appareil sécuritaire de la République. Il a dirigé l’unité de contre-terrorisme de l’Afghanistan en 2011, avant d’occuper le poste de directeur adjoint de la Direction nationale de la sécurité, le NDS, de 2011 à 2015. Ce service de renseignement, le plus important de l’ancien gouvernement, constitue le socle de sa réputation d’homme du terrain et de l’ombre.
Il est nommé gouverneur de la province de Takhar, poste qu’il occupe du 12 octobre 2015 au 28 mai 2017, avant de le quitter pour des raisons personnelles. Durant ce mandat, il s’attache à réduire les activités illégales et la corruption au sein de la Police locale afghane, l’ALP, notamment les revenus complétés par des moyens illégaux, et à traiter les relations irrégulières avec d’autres groupes armés. Il ordonne aux commandants de ne pas revendre les armes qui leur sont confiées et confronte personnellement le chef d’un groupe armé dans le district de Baharak. Il estime toutefois qu’une part du problème tient à l’existence de milices personnelles transformant la guerre en conflit interne, et juge finalement que le programme ALP a échoué.
Sa réputation d’homme de terrain est alors bien établie. Réputé populaire et connu pour ses capacités de renseignement opérationnel, il se déguise, à l’époque où il est gouverneur, en homme ordinaire pour prendre en flagrant délit deux avocats réclamant un pot-de-vin de 60 000 afghanis en échange de la libération du fils d’un requérant.
Devenu conseiller adjoint à la sécurité nationale en décembre 2017, il est alors promu de général de division à général de corps d’armée. Il est ensuite nommé vice-ministre de la Défense, en fonction du 27 mars 2019 au 7 juillet 2020.
Il atteint le sommet de la hiérarchie militaire comme chef de l’état-major général de l’armée nationale afghane, du 7 juillet 2020 au 19 juin 2021, sous la présidence d’Achraf Ghani. Parallèlement, il occupe la fonction de ministre de la Défense par intérim, du 19 mars au 19 juin 2021. Durant la dernière année de présence américaine en Afghanistan, il exerce ainsi des fonctions équivalentes à celles du président du comité des chefs d’état-major interarmées aux États-Unis, en plus de la charge intérimaire de la Défense.
Après la chute de Kaboul, Zia bascule dans la résistance armée. En mars 2022, il fonde l’Afghanistan Freedom Front, l’AFF, organisation militaire composée en grande partie d’anciens membres des forces de sécurité nationales afghanes, qui vise à renverser le régime taliban. Aux côtés du Front national de résistance, le NRF d’Ahmad Massoud, l’AFF constitue l’une des deux principales composantes de l’insurrection républicaine en Afghanistan, les deux mouvements ayant également coopéré militairement contre les forces dirigées par les taliban.
Zia justifie cette lutte en termes de légitimité populaire. Selon lui, le mouvement taliban est en guerre contre le peuple afghan, ce qui rend légitimes les formes armées de résistance à son régime. Il soutient que l’AFF mène les opérations les plus efficaces contre les taliban dans les villes afghanes, dont Kaboul et Kandahar.
Sur le plan opérationnel, l’AFF revendique une activité soutenue. Selon les chiffres communiqués fin 2024, le groupe affirmait avoir mené au total 322 attaques, dont 78 opérations depuis janvier 2024, ayant fait 239 taliban tués, y compris quatre commandants, et 147 blessés. Zia annonçait alors son intention d’accroître la pression politique et militaire sur les taliban. Ces bilans, communiqués par l’AFF elle-même, restent difficilement vérifiables de façon indépendante et appellent à la prudence.
