La Lettre 15 août 2026

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La Lettre d’Afghanistan 15 août 2026
numéro 86

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Petit rappel : vous pouvez suivre les actions des fronts de la résistance afghane, day by day, sur
https://lalettrehebdo.com/suivez-la-resistance-afghane/

15 AOÛT : L’ANNIVERSAIRE QUE PERSONNE NE FÊTE

À la veille du 15 août 2026, un livret plutôt qu’un éditorial

Pourquoi nous avons choisi de rassembler cinq ans de chute et de résistance dans un même document

Cinq ans après la prise de Kaboul, un simple éditorial ne suffisait plus. La situation afghane est devenue trop vaste, trop enchevêtrée, trop lourde de conséquences humaines pour tenir dans le format habituel d’un billet. Nous avons donc édité un livret, «Afghanistan taliban an 5», afin de présenter, plan par plan, l’état catastrophique d’un pays que le monde continue de commenter sans le regarder vraiment.

Il y a des moments où l’actualité déborde le cadre qu’on lui réserve d’ordinaire. Le cinquième anniversaire du retour des taliban au pouvoir en est un. Depuis le 15 août 2021, l’Afghanistan n’est pas seulement retombé sous un régime : il est devenu un test de vérité pour le droit international, pour les organisations multilatérales et pour tous les gouvernements qui prétendent défendre les droits humains. Résumer cela en quelques paragraphes aurait trahi la réalité. Nous avons préféré prendre le temps, et la place.

Ce livret suit au plus près la manière dont le pouvoir recompose l’ordre politique, détruit l’égalité de genre, affronte ou instrumentalise ses voisins, et plonge des millions d’Afghanes et d’Afghans dans une crise humanitaire durable. Son centre de gravité est clair : les femmes et les filles, privées d’éducation, chassées des professions de santé, surveillées dans l’espace public, ciblées par des politiques que plusieurs institutions qualifient désormais de crime contre l’humanité de persécution de genre. Autour de ce noyau se déploient les autres visages de la crise : la recomposition du régime, la frontière en feu avec le Pakistan, les expulsions et les retours forcés, la pauvreté, la faim, l’effondrement du tissu social, et la bataille du récit et de la justice.

Le tableau est sombre, nous ne le cachons pas. Un pays où la moitié de la population n’a plus le droit d’apprendre, de travailler librement ni de représenter publiquement son propre pays ne se raconte pas avec des demi-mots. Mais dresser un constat lucide n’est pas céder au défaitisme. Ce serait même le contraire de ce que l’Afghanistan nous a enseigné.

Car l’espoir n’est pas perdu. Dans le Nord-Est, le réengagement sur le terrain d’anciens militaires de l’armée nationale afghane, soutenus par une population excédée par cinq années de contrainte, est de bon augure. Ces hommes formés, aguerris, porteurs d’une mémoire institutionnelle que le régime voudrait effacer, rappellent que le pays n’est pas entièrement pacifié et que d’autres horizons restent possibles. La bataille sera longue, personne ne prétend le contraire. Mais nous y croyons plus que jamais.

Ce livret n’a pas la prétention de dire le dernier mot. Il cherche à offrir deux choses qui manquent souvent : une mémoire structurée de ce qui se passe, semestre après semestre, et une lecture cohérente des liens entre les décisions taliban, les crises humanitaires, les résistances et les dynamiques régionales. Nous le publions du côté de celles et ceux dont la vie est transformée par les décrets, la faim, la surveillance et la violence. Et du côté de ceux qui, malgré tout, refusent de renoncer. Chez les Afghans, il n’y a pas de place pour le défaitisme.

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La Lettre d’Afghanistan

L’AFGHANISTAN : ENTRE GÉNÉROSITÉ ET CRUAUTÉ

Quarante-huit ans de bouleversements, de l’invasion soviétique à la trahison de Doha

par Mehrabodin Masstan, ancien chargé d’affaires à l’ambassade d’Afghanistan à Paris, et interprète français du Commandant Ahmad Shah Massoud

Il y a des textes qui ne cherchent pas à convaincre, mais à rappeler. Celui de Mehrabodin Masstan est de ceux-là. Ancien chargé d’affaires à l’ambassade d’Afghanistan à Paris, interprète français du Commandant Ahmad Shah Massoud, l’auteur a côtoyé de près les grandes heures et les grandes trahisons de l’histoire afghane contemporaine. Sa voix n’est pas celle d’un observateur lointain, mais d’un témoin qui a vu, entendu et traduit.

Son propos embrasse quarante-huit années d’histoire, du coup d’État communiste du 27 avril 1978 à l’Afghanistan des taliban d’aujourd’hui. Il en dégage quatre âges, quatre attitudes successives du monde libre à l’égard de ce pays martyr. L’affection et le soutien, d’abord, quand l’Occident armait la résistance contre l’envahisseur soviétique. L’abandon et l’oubli, ensuite, lorsque le retrait de l’Armée rouge livra le pays à la guerre civile et aux ingérences de ses voisins. L’intervention et la générosité, après le 11 septembre, quand des milliards de dollars et l’espoir d’une démocratie affluèrent vers Kaboul. Puis la trahison et la cruauté, enfin, scellées par les accords de Doha et le départ américain d’août 2021.

De cette fresque, l’auteur tire un fil unique et implacable : celui d’un peuple qui n’a jamais demandé qu’on fasse la guerre à sa place, mais qui a été, tour à tour, soutenu, oublié, aidé, puis livré. Sa colère vise moins les taliban, dont il décrit la barbarie sans détour, que les démocraties qui, capitulation après capitulation, s’accoutument à leur émirat. Car l’histoire, écrit-il, ne bascule jamais d’un seul coup : elle cède pas à pas, par une addition de renoncements et de lâchetés. Une poignée de main à Doha, une rencontre « technique » à Bruxelles ou à Moscou, et l’impensable devient banal, puis acceptable, puis normal. C’est ce qu’il nomme la Realpolitik de l’horreur.

Au cœur de son texte, une conviction qui n’a rien d’un slogan : la démocratie et l’État de droit reposent sur le principe de placer la vie et la dignité humaine au-dessus des rapports de force. Cinq ans après la chute de Kaboul, alors que les capitales européennes multiplient les contacts avec l’émirat, cette tribune sonne comme un avertissement. Le talibanisme, prévient l’auteur, n’est pas seulement le malheur d’un peuple : à l’instar de l’idéologie nazie, il est un danger pour l’humanité tout entière et pour la paix du monde.

Lire la suite sur https://lalettrehebdo.com/lafghanistan-entre-generosite-et-cruaute/


Mahmoud Saikal : les récents développements au Badakhshan ont révélé la faiblesse interne des taliban

afintl.com — il y a 13 heures, mis à jour : 22 zamari 1405 / 13 août 2026, 22h06 GMT+1

L’ancien représentant permanent de l’Afghanistan aux Nations unies, Mahmoud Saikal, affirme que les récents développements au Badakhshan ont montré que les taliban font face à un processus d’« effondrement de l’intérieur » et que leur machine de guerre est devenue vulnérable.

Mahmoud Saikal a écrit jeudi (22 zamari) sur sa page X que la peur des populations s’est dissipée et que les groupes de résistance opposés aux taliban leur ont porté « de lourds coups avec une compétence et un courage remarquables ».

Il a appelé les groupes opposés aux taliban à se coordonner militairement et à se préparer au contrôle des territoires, ajoutant que ces groupes devaient être capables de fournir des services aux populations et d’assurer une saine gestion des zones.

Saikal a insisté sur le fait que cette préparation devait s’organiser aux niveaux « local, provincial et national ».

L’ancien représentant a précisé qu’au cours des quelque 12 derniers mois, des efforts sérieux ont été déployés entre les courants opposés aux taliban pour parvenir à un accord sur un document écrit portant sur les valeurs, principes, visions, stratégies et la structure politique actuelle et future du pays. Il a qualifié l’adoption et la mise en œuvre rapide de ce document de « priorité majeure du jour ».

À noter qu’outre les attaques des fronts armés d’opposition au Badakhshan, depuis trois jours des combats intermittents opposent également les taliban à un commandant taliban dissident du groupe, Jumakhan Fateh.


Le 4-5 septembre 2026, @MosaicGFdn accueillera la 5e série de Cambridge sur l’Afghanistan (CAS‑V‑2026) au Jesus College, l’Université de Cambridge. Suivez nos pages sur les réseaux sociaux et inscrivez-vous à notre newsletter via le site web ; des mises à jour arrivent. https://mosaicfoundation.global/CAS-V-2026 #CAS2026 #Afghanistan


Quand l’ONU décrit l’organigramme de l’impunité au lieu de tenir le registre de ses morts

Lire l’article complet sur https://lalettrehebdo.com/securite-et-responsabilite-laveu-dimpuissance-de-lunama/

Cinq ans jour pour jour après la chute de Kaboul, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan publie un rapport de 38 pages sur la responsabilité du secteur de la sécurité sous le régime taliban. Sur le papier, l’exercice est méthodique : il recense les décrets prohibant la torture, les commissions d’enquête, les unités de contrôle interne, les tribunaux militaires. Il conclut, prudemment, à un manque de transparence. Notre article décortique ce document section par section, et confronte chacun de ses constats à la réalité que les taliban s’emploient à dissimuler.

Car c’est là que le rapport atteint sa limite, et qu’il faut le dire. À force de décrire l’architecture administrative que le pouvoir veut bien montrer, l’UNAMA finit par cataloguer des institutions fantômes : elle cite des numéros de téléphone pour déposer plainte, énumère des organes de supervision, tout en reconnaissant elle-même n’avoir vérifié ni leur fonctionnement, ni leurs résultats, ni leur accessibilité. Elle devient ainsi la greffière involontaire d’une fiction de gouvernance.

Pendant ce temps, la réalité s’écrit ailleurs. Chaque jour, les chaînes Telegram afghanes, les rédactions en exil, les réseaux de résistance rapportent des exécutions sommaires d’anciens soldats, des disparitions, des corps retrouvés, des villages punis. Cette matière brute, vérifiable, foisonnante, n’apparaît nulle part dans l’inventaire onusien, qui se contente de rappeler ses propres 800 violations documentées jusqu’en juin 2023, comme si le compteur s’était arrêté là.

La question devient alors politique autant que morale. À quoi sert une mission internationale qui, dotée d’un mandat de surveillance et de moyens considérables, produit des rapports moins précis et moins actuels que des bénévoles armés d’un smartphone ? Financer année après année des organismes qui documentent la façade de l’impunité plutôt que ses victimes, qui recensent les décrets plutôt que les morts, revient à entretenir une bureaucratie de la bonne conscience. À ce rythme, ces rapports ne dérangent plus personne, surtout pas les taliban, qui y trouvent la preuve commode qu’on discute encore de leurs commissions pendant qu’ils enterrent leurs opposants.

Documenter les victimes, nommer les crimes, dater les exécutions : voilà ce qu’exige la situation afghane. Tant que les Nations unies décriront l’organigramme de l’impunité au lieu de tenir le registre de ses morts, elles resteront en retard d’un massacre sur la réalité, et leurs rapports glisseront lentement vers l’inutilité.

La rédaction de La Lettre d’Afghanistan


Un pas de plus vers la reconnaissance de l’apartheid de genre comme un crime international

06/08/2026

Cet été a marqué une étape historique pour le mouvement visant à reconnaître légalement l’apartheid de genre comme un crime en droit international. Cet effort est une priorité clé pour nos organisations ; Nous considérons cela comme une étape urgente pour renforcer les droits des femmes et la justice de genre à l’échelle mondiale.

Le 3 juin 2026, la première série de propositions formelles d’amendement au projet de traité des Nations Unies sur les crimes contre l’humanité a été publiée. Ces soumissions – ainsi que les interventions étatiques existantes devant le Sixième Comité (juridique) de l’Assemblée générale des Nations Unies – constitueront la base des négociations du traité débutant en janvier 2028. Pour que l’ajout de l’apartheid de genre fasse partie des négociations, il était important qu’au moins un État propose son inclusion ; En fait, plusieurs États l’ont fait.

Dans le cadre d’une coalition croissante de la société civile plaidant pour l’inclusion de l’apartheid de genre dans le nouveau traité sur les crimes contre l’humanité, nous saluons le leadership de pays issus de quatre régions, dont l’Australie, l’Espagne et l’Uruguay, qui ont proposé l’inclusion dans leur fonction nationale, ainsi que l’Islande, le Mexique et le Timor-Leste, qui a soumis une proposition conjointe sur l’apartheid de genre. Ces pays ont proposé une définition de l’apartheid de genre comme étant « des actes inhumains … engagé dans le contexte d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination par un groupe de genre sur tout autre groupe de genre, et engagé dans l’intention de maintenir ce régime. » Avec les interventions étatiques précédentes sur le traité sur les crimes contre l’humanité, il y a désormais 14 pays qui ont publiquement exprimé leur soutien à la transformation de l’apartheid de genre en crime international.

Dans les mois et années à venir, les gouvernements débattront de la manière et de l’inclusion de l’apartheid de genre comme crime dans le traité proposé. Les décisions prises durant cette période pouvaient façonner le droit international pendant des générations. Nous exhortons tous les autres pays engagés en faveur des droits des femmes et de la justice de genre à rejoindre la coalition d’États qui mène cet effort.

Nous appelons également les États à veiller à ce que ceux qui subissent une oppression délibérée, institutionnalisée et systématique fondée sur le genre restent au centre de la conversation. Comme l’ont déclaré les gouvernements d’Islande, du Mexique et du Timor-Leste  dans leur proposition conjointe, « [l]a nécessité d’énumérer l’apartheid de genre découle du leadership de plusieurs décennies des femmes afghanes », qui ont appelé la communauté internationale à reconnaître que le terme apartheid de genre « décrit le plus fidèlement l’ensemble des préjudices distincts et transgénérationnels qui leur sont commis. »

Le 30 avril n’était que la première date limite pour les propositions concernant le traité. À l’approche des négociations de 2028 et 2029, les pays devraient rejoindre la vague de soutien, en solidarité avec les femmes afghanes et en tant que protection contre la répétition d’une telle oppression systématique ailleurs. Nous encourageons les pays de toutes régions à soumettre formellement des propositions au processus de traité reconnaissant l’apartheid de genre comme crime recensé. Défendre les droits des femmes partout n’en demande rien de moins.


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Je savais que Kaboul tomberait. C'est à ce moment précis que je l'ai su.

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