
Situé à un carrefour stratégique au cœur de l’Orient, l’Afghanistan a de tout temps subi les pressions des grandes puissances, régionales comme internationales. À cela se sont ajoutées les querelles politico-ethniques, le sous-développement et l’instabilité intérieure.
Depuis le coup d’État du 27 avril 1978 (il y a 48 ans) et l’invasion de l’Armée rouge le 27 décembre 1979 (il y a 46 ans), le pays a été emporté par un implacable tourbillon de bouleversements politiques, sociaux, culturels, économiques et militaires.
Au fil de ces quarante-huit années, le monde libre a manifesté à l’égard de ce pays martyr des réactions et des approches successives et contrastées.
1. Affection et soutien
Du 27 avril 1978 au 15 février 1989
Porté par ses différents mouvements de résistance, le peuple afghan a mené seul la guerre contre l’oppression et l’envahisseur soviétique.
Si cette guerre fut gagnée, ce fut grâce au courage et à la détermination du peuple, mais aussi grâce à l’aide politique, humanitaire, financière et matérielle de l’Occident et des pays amis. Sans ce concours extérieur, la victoire eût été bien difficile, sinon presque impossible.
2. Abandon et oubli
Du 15 février 1989 au 11 septembre 2001
Victimes des ingérences étrangères, les Afghans sombrèrent dans une guerre civile atroce, une guerre par procuration téléguidée et attisée par les pays voisins, au premier rang desquels le Pakistan et l’Iran.
Pendant ce temps, l’Occident nous abandonnait, tournant étrangement le dos au pays au profit de ses voisins et des réseaux extrémistes et terroristes internationaux, ignorant le danger et la gravité de la situation.
3. Intervention et générosité
Du 11 septembre 2001 au 15 août 2021
Au lendemain des attaques du 11 septembre à New York, un choc terrible ébranla l’Occident. Presque aussitôt s’organisa une vaste mobilisation internationale contre le terrorisme installé en Afghanistan. Sans tarder, une intervention militaire, placée sous mandat de l’ONU, fut décidée pour combattre le terrorisme et ses alliés taliban. Les Afghans avaient retrouvé l’espoir de la paix.
Après la chute des taliban et la libération du pays, on s’efforça, tant bien que mal, d’y établir une démocratie.
La communauté internationale, et en particulier les pays industrialisés, les institutions internationales et les agences onusiennes, fit preuve à tous égards d’une grande générosité. Vingt années durant, des milliards de dollars furent consacrés à l’Afghanistan.
Paradoxalement, les pays voisins ne contribuèrent en rien à l’essor de notre jeune démocratie. Bien au contraire, ils s’employèrent à saboter tous les efforts déployés pour l’instaurer et pour réhabiliter les institutions de l’État, encourageant, soutenant et armant les taliban.
4. Trahison et cruauté
Du 15 août 2021 à nos jours
Au terme d’une négociation aussi longue qu’étrange et opaque avec les taliban, les Américains quittèrent l’Afghanistan, cédant la place avec autant d’irresponsabilité que de cruauté. Après avoir négocié en secret plus de dix ans durant, ils rendirent le pays à ce groupe qu’ils avaient eux-mêmes qualifié de « terroriste ». Comme si l’on livrait quarante millions de moutons à cent mille loups affamés et assoiffés de sang.
Toute la responsabilité de ce sang versé, de toutes les personnes persécutées, torturées et tuées depuis le 15 août 2021, revient à ces accords étranges signés à Doha.
Les taliban, quant à eux, ont de nouveau transformé l’Afghanistan en un camp de concentration nazi pour la population, et en un camp d’entraînement pour les terroristes et les extrémistes du monde entier. Aujourd’hui, des milliers de personnes sont emprisonnées sans le moindre motif valable et subissent toutes sortes de tortures. Exactions et exécutions se commettent presque quotidiennement à travers tout le pays.
En somme, l’Afghanistan est redevenu :
un enfer pour ses propres citoyens, et singulièrement pour les femmes et les jeunes filles ;
un paradis pour les terroristes et les extrémistes du monde islamique, qui y passent leur temps à s’entraîner et à s’amuser comme dans un vaste « centre de loisirs ».
Au reste, l’histoire ne bascule jamais d’un seul coup, par de grandes capitulations. Elle cède pas à pas, au fil d’une succession de renoncements et d’une accumulation de lâchetés.
Un mot, une poignée de main échangée à Doha, à Kaboul ou à Kandahar avec un représentant taliban, « assassin barbu et inculte » ; une rencontre dite « technique » avec une délégation de mollahs moyenâgeux, à Bruxelles, à Téhéran, à New Delhi ou à Moscou. Et bientôt, ce qui semblait impensable devient banal, puis acceptable, puis normal. C’est ce que l’on pourrait nommer la catastrophe de la Realpolitik, ou la Realpolitik de l’horreur. Tel est précisément le péril que fait courir le dialogue engagé à Bruxelles, à Berlin, à Oslo et dans d’autres capitales européennes avec l’« Émirat des taliban assassins ».
La démocratie et l’État de droit reposent sur un principe : placer la vie et la dignité humaine au-dessus des rapports de force. Ce n’est là ni un slogan creux ni une simple posture morale, mais une leçon tirée de l’expérience des hommes tout au long de l’histoire moderne.
Jamais les Afghans n’ont demandé aux Occidentaux, ni à quiconque, de faire la guerre à leur place. Ils ne l’avaient pas demandé en 2001, ils ne le demandent pas davantage aujourd’hui, et ne le demanderont pas demain. Pour se défendre, ils n’ont jamais manqué ni d’hommes ni de courage. Notre peuple souhaite seulement que l’Occident et le monde libre refusent, à tout le moins, de dialoguer avec les taliban : qu’ils se gardent d’accorder leur confiance à ces assassins, de reconnaître leur « Émirat » digne de la caverne d’Ali Baba et des quarante voleurs, et de cautionner leur dictature d’un autre âge, qu’ils ne méritent en rien. Bien au contraire : notre peuple demande à la communauté internationale un soutien politique, humanitaire et technique, au nom de la liberté, de la démocratie et des valeurs universelles.
Après cinq années d’horreur et de tyrannie taliban, il est temps pour les démocraties de corriger leur erreur de jugement, d’approche et d’appréciation à l’égard de l’Afghanistan. Car depuis cinq ans, la vie y est écrasée par les taliban, au détriment de la liberté et de l’espoir. Ils n’ont pas tenu les promesses de Doha. Les taliban sont les ennemis du peuple afghan : ennemis de la liberté des hommes et des femmes, ennemis de tout ordre démocratique.
À l’instar de l’idéologie nazie, le talibanisme constitue lui aussi un danger pour l’humanité et pour la paix du monde.
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