Interview exclusive de Sami Sadat par 8am.media

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8am.media

Entretien exclusif avec Sami Sadat, dirigeant du Front uni afghan

15/08/2026

Note de 8 Sobh : À la veille du cinquième anniversaire de la chute de la République islamique d’Afghanistan et du retour au pouvoir des taliban, 8 Sobh publie une série d’entretiens exclusifs. Le présent entretien a été mené par écrit avec Sami Sadat, chef du Front uni d’Afghanistan. Les questions ont été posées par plusieurs journalistes et rédactrices de 8 Sobh. Leurs noms ont été pseudonymisés en raison de leur présence et de leurs activités en Afghanistan.

Ilya : En tant que jeune fille vivant en Afghanistan, je pose mes questions franchement. Quelles garanties avons-nous que, si les fronts accèdent au pouvoir, les femmes ne seront plus exclues de la direction politique et de la prise de décision ?

Sami Sadat : Dans la pensée politique du Front uni, il n’existe aucune différence entre les hommes et les femmes, que ce soit en politique, en économie ou dans la société. Les capacités des femmes doivent être mises à profit pour la construction de l’Afghanistan. La question suivante concerne les femmes elles-mêmes et leur capacité à se joindre aux hommes afghans dans la lutte. Bien sûr, nous n’attendons pas des femmes qu’elles fassent la guerre, mais dans les sphères politique et civile, je souhaite qu’elles soient à nos côtés.

Ilya : En quoi les fronts qui luttent contre les taliban diffèrent-ils des gouvernements et des structures monopolistiques du passé, et comment empêcheront-ils que les erreurs passées ne se répètent ?

Sami Sadat : Au sein du Front uni, nous avons étudié à maintes reprises l’histoire de l’Afghanistan et tiré les leçons de ses erreurs passées. Nous avons ainsi pris le temps d’élaborer une stratégie globale pour vaincre les taliban, non seulement par la guerre, mais aussi par la voie politique et la lutte civile. Nous avons déjà établi notre feuille de route pour parvenir à la stabilisation, et chaque secteur sait ce qu’il a à faire à chaque étape.

Ilya : Quel est le plan politique précis du Front uni pour l’avenir de l’Afghanistan ? Quel système politique, électoral et de partage du pouvoir proposez-vous ?

Sami Sadat : Le Front uni a élaboré une feuille de route intitulée « La voie de la liberté », qui comprend les étapes suivantes : la phase de guerre et de défaite des taliban ; puis la phase de transition, durant laquelle la Loya Jirga, assemblée traditionnelle du peuple, sera convoquée à Kaboul. Le peuple y déterminera la forme et les priorités politiques du gouvernement de transition, y compris la révision et la modification de la constitution, s’il le juge nécessaire. Le Front uni soutiendra toute décision prise lors de cette Jirga. Durant ces étapes, les principes islamiques et afghans fondamentaux seront respectés, et l’ensemble sera mis en œuvre de manière ordonnée. Pour franchir ces étapes, nous sommes prêts aux sacrifices et à un leadership fort.

Ilya : Si vous arrivez au pouvoir, quelles mesures concrètes prendrez-vous pour rouvrir les écoles et les universités et permettre aux femmes de reprendre le travail, notamment durant les cent premiers jours ?

Sami Sadat : La réouverture des écoles et des universités doit figurer parmi les priorités de tout nouveau gouvernement. Bien entendu, selon les conditions du moment, un nouveau programme d’enseignement et de formation, conforme aux normes contemporaines, devra y être introduit. Les écoles religieuses créées par les taliban devront toutes être fermées. La première mesure consistera à concevoir un système politique efficace et opérationnel pour la gouvernance de l’Afghanistan.

Ilya : Comment les droits et les libertés des opposants politiques seront-ils garantis, et les fronts sont-ils prêts, pour mettre fin à la guerre, à négocier et à conclure un accord politique inclusif avec leurs adversaires ?

Sami Sadat : Le Front uni est attaché à l’ordre dans le cadre de la constitution, et il se considère aujourd’hui comme l’héritier de la constitution adoptée par la Loya Jirga de 2004, laquelle inscrivait dans la loi les droits et les devoirs des citoyens. Nous nous engageons à respecter les libertés individuelles de tous les citoyens afghans. Nous voulons être libres et respecter la liberté d’autrui. Nous sommes les combattants du retour de la liberté ; ce sont les taliban qui s’y opposent.

Mineh : Mes questions seront brèves. Les femmes ont-elles une présence réelle dans les structures de décision et de direction des fronts de résistance ? Si oui, à quel niveau et avec quels pouvoirs ?

Sami Sadat : Oui, les femmes jouent un rôle actif au sein du Front uni et participent à sa direction. À l’heure actuelle, c’est une femme qui pilote le programme d’aide humanitaire du Front uni. Par ailleurs, une autre branche importante du Front uni a créé de nombreuses écoles en ligne destinées aux filles, un sujet sur lequel nous ne pouvons pas nous étendre davantage pour des raisons de sécurité.

Mineh : Si vous étiez à la place d’une jeune Afghane privée depuis quatre ans d’éducation, de travail et de nombre de ses droits fondamentaux, qu’exigeriez-vous pour vous-même ?

Sami Sadat : Je ne peux pas répondre à la place de quelqu’un dont je ne partage pas la situation.

Khurshid : J’exposerai moi aussi mes préoccupations à travers quelques questions. Tout d’abord : comment les fronts opposés aux taliban garantissent-ils que leur lutte armée ne portera pas atteinte aux civils, et quelle responsabilité assument-ils face aux représailles des taliban contre la population ?

Sami Sadat : Le Front uni conduit ses opérations militaires selon une directive stratégique dénommée « Directive des opérations combattantes ». Ce document fixe les principes de conduite pendant la guerre et prévoit des interdictions précises destinées à protéger la vie des civils. Il a été établi conformément aux principes du fiqh al-jihad, au droit de la guerre et des conflits armés des Nations unies, ainsi qu’à la Convention de Genève. Quant aux représailles des taliban, elles n’engagent que la responsabilité des taliban.

Khurshid : Pourquoi les fronts opposés aux taliban, malgré leur objectif commun, ne sont-ils pas encore parvenus à s’unir, et quels sont les principaux obstacles à cette union ?

Sami Sadat : Nous croyons aux principes politiques du pluralisme, mais nous souhaitons la coordination. Toute personne et toute force qui adhère aux valeurs nationales de l’Afghanistan, comme le drapeau national, les libertés individuelles et la justice pour tous, nous voulons nous unir à elle.

Khurshid : Quelle garantie avons-nous que, si les taliban se retirent, ces fronts ne s’engageront pas dans un conflit armé entre eux et que l’Afghanistan ne sera pas de nouveau plongé dans une guerre civile et des affrontements tribaux ?

Sami Sadat : Le Front uni dispose d’un plan de guerre contre les taliban et d’un plan pour l’après-taliban, ainsi que d’un plan détaillé pour prévenir toute guerre civile. Sa feuille de route prévoit la création d’un système politique adapté aux réalités et aux besoins de l’Afghanistan.

Khurshid : Votre front dispose-t-il d’un plan politique et d’une stratégie clairs et cohérents pour atteindre un objectif commun avec le moins de pertes et le plus de gains possible ?

Sami Sadat : Le Front uni emploiera des moyens militaires, politiques et civils pour parvenir à la liberté.

Adriana Behzad : Pourquoi les femmes et les filles afghanes devraient-elles faire confiance aux fronts de résistance aujourd’hui, et quelle est la différence entre votre vision et vos actes, d’une part, et vos expériences politiques passées, d’autre part ?

Sami Sadat : La différence est immense. Nous avons entamé notre lutte le jour même de l’occupation de l’Afghanistan et nous consacrons notre temps, nos vies et nos ressources à sa libération. Nous sommes des défenseurs de la liberté et nous remercions ceux qui nous ont soutenus jusqu’ici. Aujourd’hui, c’est nous qui vous soutenons.

Behnia : Je veux savoir jusqu’où vous êtes prêt à aller dans le sacrifice, et quel soutien vous recevez de la population.

Sami Sadat : Au sein du Front uni, nous sommes prêts à mobiliser tous les moyens et toutes les ressources pour la libération de l’Afghanistan. Quels que soient les sacrifices et le temps nécessaires, nous mènerons ce combat jusqu’à la victoire. Le Front uni bénéficie d’un soutien massif et généralisé en Afghanistan, en particulier auprès de la nouvelle génération, et nous en sommes fiers.

Mahtab : Les fronts de résistance ont-ils un plan précis pour assurer une présence réelle et égale des femmes dans la direction, la structure politique et les futures instances décisionnelles de l’Afghanistan ?

Sami Sadat : Au sein du Front uni, les opinions des femmes et des hommes ont un pouvoir et un poids égaux, et il en sera toujours ainsi.

Mahtab : Si les taliban se retirent, le Front uni remettra-t-il le pouvoir à un gouvernement intérimaire, puis à un système inclusif et élu, ou s’estimera-t-il en droit de gouverner ?

Sami Sadat : Le Front uni remettra le pouvoir à la Loya Jirga pendant la période de transition, mais, en tant que fondateur des socles nationaux, il conservera également son autorité afin de prévenir l’anarchie et le règne des seigneurs de guerre.

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