Bulletin du 23 juillet au 10 Août 2026

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La Lettre d’Afghanistan
BULLETIN AFGHAN
Du 23 juillet au 10 août 2026
⚔️ Sécurité

Les taliban font face à leur été le plus disputé depuis 2021, avec une intensité opérationnelle inédite au nord-est. Selon Afghanistan International, quinze attaques revendiquées contre des positions taliban ont été recensées en une seule semaine début août, à travers le Badakhchan, Kunduz, Baghlan, Kaboul, Faryab, Ghor, Herat, Kandahar et Helmand.

Le 28 juillet, dans le Badakhchan, Zabihullah Amri, responsable local du département de l’Information et de la Culture, a été assassiné. Il était présenté comme le neveu d’Amanuddin Mansour, gouverneur taliban du Helmand. L’État islamique au Khorassan (EIK) a revendiqué l’attaque.

L’aéroport militaire de Kaboul a été visé par des tirs de roquettes dans la nuit du 6 août, opération revendiquée par l’AFF et le FNI (voir section résistances).

🤝 Diplomatie

Le président iranien Masoud Pezeshkian a déclaré le 8 août que les taliban et le Pakistan avaient bien coopéré avec Téhéran pour empêcher des éléments étrangers d’entrer en Iran, saluant un déploiement de forces aux frontières.

Zamir Kabulov, émissaire russe pour l’Afghanistan, a indiqué qu’aucune réunion internationale sur l’Afghanistan n’était pour l’heure programmée pour 2026, laissant planer le doute sur la tenue du format de Moscou.

L’Allemagne a annoncé qu’elle ne reconnaîtrait plus, à compter du 1er août 2026, les passeports afghans prorogés à cette date ou après, invoquant les recommandations de l’OACI. Les passeports prolongés avant cette date restent valables.

Paris, la porte reste fermée. Selon Intelligence Online (16 juillet 2026), la délégation taliban venue en Europe fin juin ne s’est pas contentée de Bruxelles : elle aurait poussé jusqu’à Paris, cherchant à rencontrer des membres du ministère de la justice ou, à défaut, du ministère des affaires étrangères, avant de repartir vers Istanbul depuis Roissy le 24 juin. Composée notamment de Yar Mohammed Haqmal (directeur des affaires consulaires), Hasan Bahiss (responsable de la division politique en charge de l’Europe) et Ghuncha Gul Arman (division dédiée aux rencontres internationales et onusiennes), elle avait été reçue le 23 juin à Bruxelles par un représentant de la Commission européenne et des émissaires suédois et danois pour évoquer l’expulsion d’Afghans réfugiés en Europe. À Paris, les Afghans ont trouvé porte close dans les deux ministères. L’épisode fait écho aux visites de l’an 2000, lorsque deux responsables de l’émirat avaient obtenu au Quai d’Orsay de simples contacts techniques, la France ayant toujours refusé de reconnaître le régime. Cette froideur s’éclaire aussi par l’attachement français à la lignée Massoud, Ahmad Massoud ayant été reçu à Paris en juin 2025 au plus haut niveau. La Lettre d’Afghanistan n’est pas en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante, attribuées à Intelligence Online.

⚖️ Droits humains

À l’approche du cinquième anniversaire de la prise de pouvoir, Human Rights Watch a publié le 3 août un bilan accablant, décrivant l’un des pires régimes de répression au monde, marqué par le démantèlement systématique des droits des femmes et des filles. L’Afghanistan demeure le seul pays interdisant l’éducation des filles au-delà de la sixième année.

HRW rappelle que le nouveau Code de procédure pénale de janvier 2026 légalise des formes de violence contre les femmes et divise la société en catégories, consacrant l’autorité juridique des hommes. Plus de 230 décrets ont été édictés depuis 2021.

🚨 Humanitaire

Le plan de réponse humanitaire 2026 est au bord de la rupture. Début août, l’OCHA indiquait que seulement 26 % des 1,7 milliard de dollars requis pour venir en aide à 17,5 millions de personnes avaient été réunis, soit un déficit d’environ 1,3 milliard. Faute de moyens, l’aide alimentaire, les services de santé et l’assistance aux rapatriés sont réduits, certains programmes cessant entièrement.

Le Programme alimentaire mondial a averti qu’il ne disposait cette année de fonds que pour traiter un enfant ou une femme sur sept souffrant de malnutrition aiguë, et qu’il lui manquait encore 500 millions de dollars pour affronter l’hiver. Pour la première fois en quatre ans, le nombre de personnes en situation de faim est reparti à la hausse, atteignant 17,4 millions. Au moins 3,7 millions d’enfants de moins de cinq ans sont menacés de malnutrition aiguë en 2026.

La crise des retours aggrave la pression : environ cinq millions d’Afghans sont rentrés en deux ans, refoulés pour l’essentiel d’Iran et du Pakistan, dans un pays incapable de leur fournir emploi et logement. Jusqu’à 73 % des rapatriés demeureraient sans travail. À ces chocs s’ajoutent une sécheresse persistante et les restrictions croissantes visant le personnel humanitaire féminin, qui compliquent l’acheminement de l’aide. Le PNUD estime par ailleurs que les restrictions imposées aux femmes ont coûté environ 920 millions de dollars à l’économie afghane entre 2024 et 2026, soit près de 5,8 % du PIB.

🏛️ ONU & Sanctions

CPI, vers une enquête distincte sur les femmes. Développement majeur sur le front judiciaire : à la mi-juillet 2026, la chambre préliminaire II de la Cour pénale internationale a demandé au procureur d’envisager, là où les conditions légales sont réunies, une enquête distincte sur les crimes visant les femmes et les filles en Afghanistan. La CPI avait déjà délivré, en juillet 2025, des mandats d’arrêt contre le chef suprême taliban Hibatullah Akhundzada et le président de la Cour suprême Abdul Hakim Haqqani, pour crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre. L’enquête générale sur l’Afghanistan couvre par ailleurs les crimes de guerre imputables aux forces de l’ancien gouvernement, aux troupes étrangères, aux taliban et à l’EIK.

Au Conseil de sécurité, réuni le 5 août sur les menaces terroristes internationales, l’ambassadeur russe Vasily Nebenzya a alerté sur les déplacements de combattants étrangers regagnant leurs pays d’origine ou d’autres zones de conflit après une expérience du combat.

Les sanctions du régime 2255 (2015) restent en vigueur, le mandat de l’équipe de suivi ayant été renouvelé pour douze mois par la résolution 2816. La MANUA fonctionne toutefois avec un budget 2026 amputé de 15 %, alors que son personnel national féminin reste empêché de se rendre au bureau.

🪖 NRF, AFF & résistances

Cette quinzaine restera comme un tournant : jamais depuis août 2021 la pression armée sur les taliban n’a atteint une telle intensité et une telle dispersion géographique. Sur la seule semaine écoulée début août, les fronts anti-taliban ont revendiqué au moins 15 attaques dans neuf provinces (Badakhchan, Kunduz, Baghlan, Kaboul, Faryab, Ghor, Herat, Kandahar, Helmand), faisant état d’une trentaine de taliban tués. Fin juillet, le NRF évoquait déjà plus de 3 500 anciens soldats et jeunes ayant pris contact en cinq jours pour rejoindre la lutte, et 68 opérations menées dans 18 provinces par huit fronts en quelques semaines.

Le Badakhchan, épicentre de la bascule. Le 17 juillet, le nouveau front Sepah-e Mihan (Soldats de la Patrie), dirigé par Qayum Malang, ancien commando passé par le NRF, a lancé environ 25 combattants sur le chef-lieu de Yaftali Sufla (Yaftal-e Payin) et l’a tenu plusieurs heures : première perte, même temporaire, d’un centre de district par les taliban depuis leur retour au pouvoir. Le chef d’état-major taliban Fasihuddin Fitrat s’est déplacé pour affirmer que les assaillants avaient été arrêtés, ce que le front a démenti. Le 30 juillet, le même front a publié son code de conduite militaire, signe d’une volonté de structuration.

L’AFF passe à la guerre de front. À partir du 24 juillet, l’Afghanistan Freedom Front de Yasin Zia a lancé dans le district de Zebak une offensive soutenue depuis plusieurs axes, revendiquant dès les premiers jours au moins 21 taliban tués, dont plusieurs commandants, et 37 blessés héliportés vers Faizabad, avec saisie d’armes et de matériel. Dawood Naji, de son comité politique, a résumé le tournant : passage « du stade de la guérilla à la guerre de front ». Les combats à Zebak sont entrés dans leur deuxième semaine consécutive fin juillet. Le 25 juillet, l’AFF a revendiqué la destruction de deux drones militaires taliban et empêché des hélicoptères de renfort de se poser. Le 5 août, l’AFF a repoussé une contre-offensive taliban à Zebak (cinq tués, onze blessés côté taliban selon le front, aucune perte de son côté). Le 31 juillet et le 1er août, elle a revendiqué l’élimination de combattants étrangers venus renforcer les taliban sur la route de Zebak, y voyant la preuve que l’Afghanistan reste un sanctuaire pour le terrorisme international.

Interdiction des lignes de ravitaillement. L’AFF a systématiquement visé la logistique taliban. Le 25 juillet, embuscade contre un convoi parti de Kaboul vers le Badakhchan, aux abords de Doshi, dans le Salang Nord : sept taliban tués, six blessés. Le groupe a également mené des tirs de roquettes contre l’aéroport militaire de Kunduz (siège du 217e corps, plaque tournante des renforts vers le Badakhchan) et, dans la nuit du 6 août, contre la section militaire de l’aéroport de Kaboul, reliant explicitement ces frappes au transfert de combattants nationaux et étrangers via les aéroports de Kaboul, Kunduz, Kandahar et Balkh.

Le NRF actif à l’ouest et au nord-est. Le NRF d’Ahmad Massoud a multiplié les opérations : attaque le 23 juillet dans le district de Kuran wa Munjan (Badakhchan) contre des taliban en route vers Zebak ; frappe le 30 juillet contre un véhicule de patrouille dans la zone de Band-e Pashdan, district de Karukh (Herat), avec deux membres du corps Al-Farooq tués ; opérations dans le district de Farsi (Herat) et à Ragh (Badakhchan). Le 29 juillet, le NRF diffusait des images de ses forces au lac de Toopkhana, dans le Badakhchan, comme preuve de la perte de contrôle taliban.

Multiplication et coordination des fronts. Le 1er août, le général Sami Sadat a activé la branche militaire de l’Afghanistan United Front (AUF) et lancé l’« Opération Muharib », en uniforme de l’ANA devant le drapeau tricolore, déclarant la fin du dialogue. L’AUF a ouvert le feu au cœur même du pouvoir taliban : attaque d’un convoi sur l’axe Kandahar, Spin Boldak, élimination d’agents du renseignement à Kandahar et Spin Boldak, prise revendiquée d’une base dans le district d’Al-Farooq (Ghor) le 7 août. Un autre front dirigé par Gul Muhammad Pahlawan a émergé début août, ainsi que le Jabha-e-Rahaibakhsh (Liberation Front) affilié à l’AFF dans le Faryab. Le 6 août, le NRF et ses alliés ont lancé un « dernier avertissement » sommant les combattants étrangers de quitter le pays. La convergence est notable : à Kaboul comme au Badakhchan, plusieurs fronts opèrent désormais de façon coordonnée, et une même attaque (aéroport de Kaboul) a été revendiquée à la fois par l’AFF et par le Front national pour l’indépendance (FNI) de Naveed Ahmad Ahmadzai.

Signes de fébrilité taliban. La réaction du régime trahit l’inquiétude : renforcement des dispositifs de sécurité et arrestations dans le Badakhchan, déplacement du secteur de sécurité n°2 d’Aybak (Samangan) vers l’arrière du gouvernorat, rare série de réunions du mollah Haibatullah avec neuf gouverneurs du Nord, appels publics des gouverneurs demandant à la population de ne pas rejoindre la résistance. En parallèle, un document attribué au renseignement taliban (015) révélerait un budget de 61 000 dollars alloué au renforcement de la propagande médiatique après l’intensification des combats.

📌 En Bref

Le Pakistan a levé les restrictions sur le transit des marchandises afghanes par ses ports, après des mois de suspension.

Iran et Pakistan ont poussé au retour forcé de près de cinq millions d’Afghans, la Turquie procédant également à des refoulements. L’Union européenne avait reçu une délégation taliban à Bruxelles en juin pour évoquer les retours.

Les fractures internes de la direction taliban, opposant les idéologues isolationnistes de Kandahar autour de Hibatullah Akhundzada aux pragmatiques de Kaboul, continuent d’alimenter l’espace saisi par les groupes de résistance.

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