TALIBAN : 5 ans, et la tentation de l’oubli

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Éditorial

TALIBAN : cinq ans, et la tentation de l’oubli

À l’approche du 15 août, cinquième anniversaire du pouvoir taliban

Il y a des anniversaires qu’on voudrait ne pas avoir à écrire. Le 15 août marquera cinq ans de pouvoir taliban, cinq ans pendant lesquels une moitié de la population afghane a été méthodiquement retranchée de l’école, du travail, de la rue, de la parole publique. Non pas par accident, ni par excès passager, mais par système.

À l’approche de cette date, plusieurs voix se lèvent en même temps, et leur convergence dit quelque chose d’essentiel.

Il y a d’abord la justice. Les juges de la Cour pénale internationale ont demandé l’ouverture d’une enquête indépendante sur la persécution de genre. C’est une avancée, et il faut la saluer. Mais le juriste Fazel Ahmad Manawi a raison de l’accueillir d’une main et de pointer, de l’autre, le retard accumulé. Son argument mérite d’être entendu bien au-delà du dossier afghan : la justice pénale ne sert pas seulement à punir un coupable une fois le crime consommé. Elle sert à empêcher qu’il se répète. Or, en cinq ans, chaque lenteur, chaque hésitation, chaque report a été lu par les taliban comme un feu vert. La justice tardive ne répare qu’à moitié, et elle dissuade à peine.

Il y a ensuite le droit qui cherche ses mots. Plus de cinquante experts, dont des lauréats du prix Nobel et d’anciens juges internationaux, s’apprêtent à lancer le 13 août une déclaration internationale sur l’apartheid de genre. Dix-huit mois de travail pour tenter d’inscrire cette notion dans le droit des crimes contre l’humanité. Ce n’est pas un exercice académique. Nommer précisément ce qui se passe, c’est refuser qu’on le range dans la catégorie floue des « traditions » ou des « spécificités ». Un système où l’exclusion des femmes est codifiée, administrée, reproduite, porte un nom, et ce nom engage le droit.

Il y a enfin les femmes elles-mêmes, qui n’attendent pas qu’on parle à leur place. Le Mouvement pour la liberté des femmes afghanes formule une demande d’une simplicité désarmante : ne pas oublier. Ne pas laisser l’Afghanistan glisser sous la catégorie générale des crises lointaines dont le monde se lasse. Passer des mots aux actes.

Le mot le plus dangereux, aujourd’hui, n’est pas « répression ». C’est « habitude ».

Et c’est bien là que se joue le vrai danger de ce cinquième anniversaire. Ce n’est pas seulement la répression, aussi brutale soit-elle. C’est la fatigue du regard extérieur, la tentation de la normalisation, la petite musique selon laquelle il faudrait bien, un jour, dialoguer, composer, reconnaître. Les experts qui signent la déclaration le disent sans détour : ils condamnent les efforts de certains acteurs pour normaliser les relations avec le régime. Ils ont raison. Chaque geste de reconnaissance offert sans contrepartie vérifiable achète le silence sur ce qui se passe dans les maisons, les hôpitaux, les tribunaux, les studios de télévision d’où les Afghanes ont été chassées.

On peut discuter des voies. Certains estiment que la question des femmes ne saurait être détachée de celle, plus large, de l’indépendance et de la souveraineté afghanes, et redoutent qu’une avancée sur un front n’entraîne des reculs sur l’autre. Le débat est légitime et il traverse la diaspora. Mais il ne doit pas servir d’alibi à l’attentisme. On peut tenir les deux exigences à la fois : documenter les crimes, soutenir la justice, et refuser toute normalisation d’un pouvoir qui a fait de l’effacement des femmes sa méthode de gouvernement.

Cinq ans. Notre travail, ici, est de ne pas s’y habituer.

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Sources

Fazel Ahmad Manawi (@FazalManawi)

Sur l’action de la CPI et le retard de l’accountability judiciaire

Traduction du farsi, revue et éditée par ng.

Porana News Agency (@PoranaNews)

Déclaration internationale sur l’apartheid de genre, plus de 50 signataires, lancement le 13 août sous l’égide de l’université du Michigan

Traduction du persan

Human Rights Watch

Afghanistan, cinq ans sous le régime des taliban, une crise des droits humains

3 août 2026

hrw.org

Mouvement pour la liberté des femmes afghanes

Communiqué appelant la communauté internationale à ne pas oublier les femmes et les filles afghanes

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