Les alliés afghans des États-Unis sont confrontés à un choix forcé : l’exil en Afrique ou le retour sous le joug des talibans.

rudabe.org /archives/31496

22/04/2026

Agence de presse RASC : Selon un rapport de l’Agence France-Presse, les États-Unis envisagent un plan qui obligerait un certain nombre d’anciens alliés afghans actuellement bloqués au Qatar à choisir entre deux options difficiles : leur relocalisation en République démocratique du Congo ou leur retour en Afghanistan contrôlé par les talibans, un système largement critiqué par les institutions internationales pour son bilan en matière de droits de l’homme.

Le rapport indique que l’administration de Donald Trump, qui a fait de la politique d’immigration stricte une priorité, avait fixé au 31 mars la date limite pour la fermeture d’un camp situé sur une ancienne base américaine au Qatar. Plus de 1 100 ressortissants afghans y étaient hébergés, la plupart dans l’attente du traitement de leur demande de réinstallation aux États-Unis, une procédure jugée cruciale compte tenu des risques qu’ils encourent s’ils sont renvoyés en Afghanistan, notamment ceux qui ont travaillé avec les forces américaines.

Selon Shawn VanDiver, ancien combattant de l’armée américaine et directeur d’une organisation de soutien aux personnes évacuées, le gouvernement envisage de proposer la réinstallation au Congo comme option. Il a vivement critiqué cette proposition, déclarant :

« Transférer des alliés de guerre triés sur le volet, dont plus de 400 sont des enfants, de la tutelle américaine à un pays confronté à sa propre crise et à son instabilité est injustifiable. »

Il a averti qu’un tel plan pourrait contraindre ces individus à retourner en Afghanistan sous le régime des talibans, une décision qui pourrait les exposer à de graves risques pour leur sécurité et à d’éventuelles représailles.

Parallèlement, le département d’État américain n’a pas confirmé que le Congo serait la destination finale, mais a indiqué qu’une réinstallation volontaire dans un pays tiers était à l’étude. Un porte-parole a décrit cette réinstallation comme une solution potentiellement positive pour garantir la sécurité et permettre de reconstruire sa vie hors d’Afghanistan.

Dans le même temps, Tim Kaine, sénateur démocrate, a qualifié le plan d’« illogique », soulignant :

« Nous avons promis à ces Afghans qu’après avoir travaillé avec nous, leur sécurité serait garantie. Le respect de cet engagement est non seulement une obligation morale, mais aussi essentiel pour la crédibilité des États-Unis et leurs intérêts futurs en matière de sécurité nationale. »

Il a averti que le non-respect de tels engagements pourrait gravement compromettre la confiance des futurs alliés.

Selon le rapport, plus de 190 000 Afghans ont été réinstallés aux États-Unis depuis la chute du gouvernement précédent et le retour au pouvoir des talibans en 2021. Cependant, les politiques récentes de l’administration Trump, notamment la suspension générale des programmes de réinstallation des réfugiés, ont fortement restreint les admissions.

Ce changement aurait fait suite à un incident au cours duquel un citoyen afghan (identifié comme Pachtoune), qui avait auparavant travaillé pour les services de renseignement américains, a ouvert le feu sur des forces de la Garde nationale à Washington.

Selon les analystes, ces développements reflètent une tension plus profonde entre les obligations morales des États-Unis envers leurs anciens alliés et leurs politiques d’immigration de plus en plus axées sur la sécurité – un dilemme rendu encore plus complexe par les réalités humanitaires et politiques sous le régime taliban.

Pendant ce temps, dans les villages et les villes de l’Afghanistan, des hommes se terrent. Ils sont des dizaines de milliers — soldats de l’Armée nationale afghane, commandos, officiers de renseignement — à vivre cachés, changeant de maison, se coupant de leurs familles pour ne pas les exposer. Les talibans utilisent les archives militaires abandonnées dans la précipitation de l’été 2021 pour les retrouver un à un. Plus de 218 exécutions extrajudiciaires d’anciens membres des forces de sécurité ont été documentées par l’ONU entre août 2021 et juin 2023 — et ce chiffre ne couvre qu’une fraction des cas réels.

Ce n’est pas une métaphore. Selon le rapport annuel publié en janvier 2026 par le Front de Liberté d’Afghanistan, 123 anciens militaires ont été assassinés par les talibans en 2025 dans 29 provinces du pays, et 131 autres ont été arrêtés, torturés ou portés disparus de force dans 20 provinces. Une seule année. Ces hommes n’avaient pas fui. Ils vivaient cachés, changeant de maison, coupés de leurs familles — traqués grâce aux archives militaires abandonnées dans la précipitation d’août 2021.

Le général Yasin Zia, ancien chef d’état-major de l’ANA, aujourd’hui en exil à la tête du Front de Liberté d’Afghanistan, a dit l’essentiel : ce qui s’est effondré en août 2021 n’était pas une armée, mais un État — et l’inaction de Ghani face aux premières exécutions représentait déjà une forme de complicité. Ces hommes avaient servi, combattu, cru. Ils avaient cru aux Américains, à leurs promesses, à leur présence. Puis les Américains sont partis, en laissant derrière eux des milliers de pages de documents — noms, grades, affectations — que les talibans exploitent aujourd’hui pour traquer leurs anciens ennemis.

On ne pourra peut-être rien pour eux. Mais on n’oubliera pas.