Le bulletin afghan du 22 au 28 avril 2026

Bulletin Afghan — 22 au 28 avril 2026

La Lettre d’Afghanistan

Bulletin Afghan


22 au 28 avril 2026

🌟 À la une

⚔️ Sécurité & Conflits

Frappes pakistanaises sur Asadabad : une université et des quartiers résidentiels touchés

Le 22 avril, des tirs de mortier et de roquettes pakistanaises ont frappé Asadabad, capitale du Kunar, visant notamment le campus de l’université Sayed Jamaluddin Afghani ainsi que des habitations dans les villages de Kochi, Shahbaz et Koremar. Le porte-parole adjoint taliban Hamdullah Fitrat a annoncé entre 4 et 7 morts selon les sources, et entre 70 et 85 blessés, dont une trentaine d’étudiants et des professeurs. Il a qualifié l’attaque de « crime de guerre inexcusable ». Le ministre afghan de l’Enseignement supérieur a confirmé que les bâtiments et les espaces de l’université avaient subi des dommages étendus. Pakistan n’a pas reconnu avoir ciblé le campus universitaire.

27 avril : nouvelles violations mutuelles — quatre morts côté afghan, trois blessés côté pakistanais

Le 27 avril, les deux parties se sont à nouveau mutuellement accusées d’avoir tiré les premières. Les autorités talibanes ont annoncé quatre morts dans le Kunar ; les autorités pakistanaises ont signalé trois civils blessés par des tirs depuis l’Afghanistan en Waziristan-du-Sud. Selon TOLOnews, l’incident aurait été déclenché par le tir d’une force pakistanaise sur un enfant afghan près de Spin Boldak, suivi d’une riposte immédiate des forces talibanes. L’analyste sécuritaire Tameem Bahiss a déclaré à Al Jazeera que les négociations d’Ürümqi « n’ont pas abouti à un accord clair » et que « les mêmes problèmes reviennent une fois les discussions terminées ».

Un civil tué par des tirs talibans contre un drone pakistanais à Zaranj

Le 20 avril, des forces talibanes ont ouvert le feu sur un aéronef non identifié soupçonné d’être un drone pakistanais survolant Zaranj, capitale du Nimroz. Les tirs ont touché un véhicule civil circulant dans la ville, tuant un Afghan et en blessant un autre. Des médias afghans signalent que des aéronefs pakistanais patrouillent régulièrement l’espace aérien afghan depuis plusieurs mois, forçant les forces talibanes à réagir — avec, dans certains cas, des victimes civiles en résultat direct.

Déplacés : 115 000 Afghans fuyant les combats frontaliers depuis février

Le HCR indique qu’environ 115 000 personnes ont été déplacées en Afghanistan et quelque 3 000 au Pakistan depuis le début des hostilités en février. Les zones les plus touchées comprennent le Kunar, le Nangarhar, la Paktia et la Paktika. Des familles rapportent avoir été déplacées plusieurs fois, certains villages étant désormais presque entièrement abandonnés. Le PAM a été contraint de suspendre temporairement ses distributions alimentaires d’urgence dans plus de 46 districts frontaliers, affectant quelque 160 000 bénéficiaires. Les talibans ont par ailleurs reconnu avoir exercé des pressions sur des commerçants à Bamyan pour qu’ils participent à des manifestations anti-Pakistan, menaçant de fermer leurs commerces en cas de refus.

Jirga tribale : des anciens des deux côtés de la frontière tentent une médiation locale

Des chefs tribaux afghans et pakistanais ont tenu deux séries de réunions en fin de semaine afin de stabiliser les zones frontalières là où la diplomatie formelle a jusqu’ici échoué. Selon des sources locales citées par KabulNow, les discussions visaient à obtenir un cessez-le-feu immédiat, à mettre fin aux accrochages et à faire cesser les frappes pakistanaises sur le Kunar. Aucun accord n’avait été conclu à la date de publication. De telles jirgas ont par le passé contribué à rouvrir des postes frontière et à réduire des tensions locales, mais leur influence sur les décisions politiques de haut niveau reste limitée.

🤝 Diplomatie & Relations régionales

L’UE prépare une délégation talibane à Bruxelles pour négocier les expulsions d’Afghans

Selon l’AFP et Euractiv, une délégation technique des talibans est attendue à Bruxelles dans les prochaines semaines pour discuter du rapatriement des Afghans déboutés du droit d’asile dans l’UE. La Commission européenne et plusieurs États membres coordonnent cette visite, à la suite de deux déplacements de fonctionnaires européens en Afghanistan pour des échanges exploratoires. Les négociations doivent rester strictement techniques — identification des ressortissants, procédures documentaires, capacités de l’aéroport de Kaboul — sans conférer de reconnaissance politique au régime taliban. La Belgique, qui hébergerait les réunions, a précisé qu’aucune invitation officielle ne proviendrait de Bruxelles, mais que les règles de pays hôte pourraient l’obliger à accueillir les réunions sur son sol. Une vingtaine d’États membres explorent des voies d’expulsion ; l’Allemagne avait déjà renvoyé 81 Afghans en juillet 2025.

Le rapporteur spécial de l’ONU alarme : tout retour forcé risque de violer le non-refoulement

Le 22 avril, Richard Bennett, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Afghanistan, a exprimé sa profonde préoccupation face aux négociations UE-talibans sur les expulsions, avertissant que tout retour risquait de violer le principe de non-refoulement en raison des violations généralisées des droits humains en Afghanistan, notamment à l’encontre des femmes, des défenseurs des droits et des anciens fonctionnaires. La Commission européenne n’a pas répondu à sa déclaration. Des organisations de droits humains ont averti que ces retours pourraient normaliser les relations avec un gouvernement accusé de crimes contre l’humanité à caractère de persécution de genre.

L’envoyé spécial russe Kabulov à Kaboul pour des entretiens avec les dirigeants talibans

Zamir Kabulov, envoyé spécial de la Russie pour l’Afghanistan, est arrivé à Kaboul le 28 avril pour des « réunions consultatives » avec de hauts responsables talibans, dont le ministre des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi, selon le ministère taliban des Affaires étrangères. Les discussions devaient porter sur l’élargissement de la coopération bilatérale et multilatérale, ainsi que sur le renforcement de l’engagement régional. La Russie est le seul pays à avoir reconnu le régime taliban — de facto — en maintenant son ambassade à Kaboul ouverte et en entretenant des relations diplomatiques et économiques actives avec les autorités de facto.

Les pourparlers d’Ürümqi n’ont pas produit d’accord contraignant

Les négociations tenues à Ürümqi (1–7 avril) sous médiation chinoise avaient réuni des délégations de niveau intermédiaire — diplomates, représentants de la défense et de la sécurité. Pékin avait évoqué des échanges « constructifs et pragmatiques ». Mais Islamabad conditionne tout accord durable à des garanties écrites que le territoire afghan ne sera pas utilisé par le TTP. Kaboul rejette cette accusation et accuse le Pakistan d’abriter des groupes hostiles à l’Afghanistan. La Turquie, le Qatar, les EAU et l’Arabie saoudite continuent leurs efforts de médiation en parallèle. La reprise des tirs dès le 22 avril confirme le constat de l’analyste Tameem Bahiss : sans mécanisme de vérification, aucun cessez-le-feu ne tient.

Ligne Durand : l’ex-représentant pakistanais Asif Durrani conteste le récit identitaire des talibans

Asif Durrani, ancien représentant spécial du Pakistan pour l’Afghanistan, a déclaré publiquement que les Pachtounes pakistanais reconnaissent la ligne Durand comme une frontière établie et se considèrent avant tout comme des citoyens pakistanais. Dans une déclaration aux médias, il a soutenu que la grande majorité des Pachtounes du Pakistan aiment leur pays et ne considèrent pas l’Afghanistan comme une autorité politique ou un point de référence identitaire. Il a reconnu la communauté ethnique entre Pachtounes des deux côtés de la frontière comme un lien naturel, mais a précisé que cela ne crée ni problème politique ni revendication frontalière.

Ces déclarations sont lues par les observateurs comme une critique indirecte du discours taliban sur la ligne Durand. Là où les talibans maintiennent la question ouverte comme une blessure politique et idéologique — refusant de reconnaître toute frontière officielle et invoquant l’unité des Pachtounes des deux côtés —, Durrani affirme qu’une large part des Pachtounes pakistanais se définit dans le cadre de l’État pakistanais. Ce faisant, il conteste directement la prétention talibane à parler au nom d’une identité pachtoune transnationale, et fragilise la rhétorique de Kaboul sur la « solidarité des Pachtounes des deux côtés de la frontière ».

Ressources minières afghanes : le Lowy Institute alerte sur des contrats opaques au profit de la Chine

Dans une analyse publiée le 27 avril, le Lowy Institute australien souligne que les talibans ont accordé des centaines de contrats miniers — zinc, plomb, cuivre, antimoine — depuis leur retour au pouvoir, avec des termes opaques et une priorité aux rentrées immédiates de trésorerie. Des entreprises principalement chinoises, mais aussi iraniennes, pakistanaises et turques, extraient les minerais bruts et les exportent, laissant à l’Afghanistan une part marginale de la valeur. L’Institut avertit que cette logique de court terme prive l’Afghanistan de tout levier sur le traitement, la fixation des prix et la puissance stratégique associés à ses ressources en lithium, terres rares et cuivre, consolidant la domination de Pékin sur ces chaînes de valeur.

⚖️ Droits humains & Société

Kaboul, 28 avril : la Dr Badriya Jalali assassinée en se rendant au tribunal taliban pour défendre ses droits

La Dr Badriya Jalali a été assassinée le 28 avril à Kaboul alors qu’elle se rendait au tribunal taliban pour y poursuivre une procédure judiciaire. Les circonstances exactes de l’attaque n’ont pas encore été établies avec certitude, et aucune revendication n’avait été publiée à l’heure de la mise en ligne de ce bulletin.

Ce meurtre illustre une réalité que les chiffres et les rapports parviennent difficilement à restituer : sous le régime taliban, les femmes afghanes ne sont pas seulement privées de leurs droits fondamentaux — éducation, travail, liberté de mouvement, accès à la justice —, elles sont également exposées au danger dans les rares espaces qu’elles tentent encore d’occuper. La Dr Jalali se rendait précisément à une audience pour faire valoir ses droits lorsqu’elle a été tuée. Son assassinat survient dans un contexte de violence documentée contre les femmes qui osent résister à leur exclusion de la vie publique. Il est aussi le rappel brutal que la sécurité proclamée par les talibans demeure une fiction pour des millions de femmes afghanes.

UNICEF : les restrictions talibanes pourraient faire disparaître 25 000 enseignantes et soignantes d’ici 2030

Dans une analyse publiée le 28 avril, l’UNICEF avertit que les restrictions sur l’éducation des filles et l’emploi des femmes pourraient priver l’Afghanistan de plus de 25 000 professionnelles d’ici 2030 : quelque 20 000 enseignantes et 5 400 agents de santé. La représentation des femmes dans la fonction publique a reculé de 21 % à 17,7 % entre 2023 et 2025. Plus d’un million de filles sont exclues de l’enseignement secondaire depuis septembre 2021. Ces exclusions coûtent à l’Afghanistan 84 millions de dollars par an en production économique perdue, soit environ 0,5 % du PIB — une perte appelée à s’aggraver à mesure que le déficit en capital humain se creuse.

Les femmes afghanes exclues pour la quatrième année consécutive de l’examen médical national de qualification

La session nationale de l’examen de sortie médicale, exigée pour obtenir une licence de médecin ou de dentiste, s’est tenue cette semaine pour la quatrième année consécutive sans candidates féminines. Environ 7 000 hommes ont passé l’examen à travers le pays. Plusieurs jeunes femmes ayant accompli des années d’études médicales ont témoigné à AMU TV de leur impossibilité à exercer ou à se perfectionner. Des experts de santé rappellent que dans certaines provinces, les femmes sont déjà interdites d’être soignées par des médecins masculins : sans nouvelles professionnelles de santé féminines formées et diplômées, des pans entiers de la population féminine se retrouveront privés d’accès aux soins.

HRW : les règles talibanes s’exportent et réduisent au silence les femmes afghanes à l’étranger

Le 24 avril, Human Rights Watch a documenté comment le ministère taliban de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice impose ses directives aux médias afghans, leur demandant de contraindre les femmes afghanes — où qu’elles se trouvent dans le monde — à apparaître voilées à l’antenne. La chercheuse afghane de HRW autrice d’un rapport sur l’Afghanistan s’est vu demander d’être remplacée par un collègue masculin pour commenter ses propres travaux. Selon HRW, ce mécanisme réduit de fait les femmes afghanes au silence dans l’espace public international et constitue une extension inédite du système de répression taliban au-delà des frontières afghanes.

Flagellation publique au Badakhshan : 39 coups de fouet ordonnés par la Cour suprême talibane

La Cour suprême talibane a ordonné la flagellation publique d’un homme et d’une femme dans la province du Badakhshan, condamnés à 39 coups de fouet chacun pour relations extraconjugales, selon Afghanistan International. Les châtiments corporels publics sont régulièrement prononcés et exécutés depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021. L’ONU a documenté des centaines de cas de punitions corporelles en 2025, la grande majorité pour des « crimes moraux ».

Rapport du Centre afghan des droits humains : la répression s’étend aux minorités, aux journalistes et aux anciens militaires

Un rapport du Centre afghan des droits humains publié début avril dresse un tableau de violations systématiques touchant femmes, journalistes, militants, anciens membres des forces de sécurité et minorités ethniques et religieuses. Le document fait état de tortures dans les centres de détention des services de renseignement talibans, notamment à la Direction 40, et de cas d’abus sexuels contre des militantes. Il signale également des expulsions forcées de familles Hazara, l’interdiction de matériaux religieux chiites dans certaines provinces et des pressions de conversion sur des membres de la communauté ismaélienne. Le rapport avertit que si l’interdiction d’éducation des filles au-delà de la sixième année se poursuit jusqu’en 2030, près de quatre millions de filles seront définitivement privées d’enseignement secondaire.

🚨 Humanitaire & Catastrophes

100 000 personnes coupées de toute aide humanitaire au Nuristan depuis fin février

Selon l’OCHA, environ 100 000 personnes dans les districts de Bargi Matal et Kamdesh (Nuristan) demeurent privées de tout accès humanitaire depuis fin février. L’unique route d’accès longe le district de Nari (Kunar), à portée directe des tirs transfrontaliers pakistanais, et est jugée impraticable pour les convois civils et humanitaires. En mars, une travailleuse humanitaire d’une ONG internationale a été tuée avec son fils par des tirs transfrontaliers sur cet axe. Des habitants ont averti qu’ils pourraient chercher assistance du côté pakistanais si la situation perdurait, accentuant le risque d’un déplacement transfrontalier non contrôlé.

PAM : 21,9 millions d’Afghans en besoin d’aide, fonds d’urgence sur le point d’être épuisés

Le Programme alimentaire mondial alerte sur l’épuisement imminent de ses fonds d’urgence pour l’Afghanistan. Sur les 21,9 millions de personnes — 45 % de la population — ayant besoin d’aide humanitaire en 2026, 17,4 millions sont en situation d’urgence alimentaire, dont 3,7 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë. Le PAM chiffre ses besoins pour les six prochains mois à 313 millions de dollars. Le plan de réponse humanitaire pour l’Afghanistan était financé à moins de 20 % à fin 2025, dans un contexte de réduction drastique de l’aide internationale, notamment américaine.

Inondations printanières : au moins 13 morts en 24 heures dans plusieurs provinces

L’autorité talibane de gestion des catastrophes a annoncé au moins 13 morts et 9 blessés en vingt-quatre heures à la suite de pluies torrentielles et de crues soudaines ayant touché plusieurs provinces afghanes. Les inondations de printemps frappent en priorité les zones rurales de montagne déjà fragilisées par des années de sécheresse, l’effondrement des services publics et le tarissement de l’aide internationale. Plus de 400 centres de santé ont fermé faute de financement depuis 2021, compliquant la réponse d’urgence.

Le Pakistan a expulsé près de 3 000 Afghans en une seule journée via Torkham et Spin Boldak

La commission talibane chargée des affaires migratoires a indiqué que le Pakistan a expulsé au moins 2 990 migrants afghans en une seule journée, via les postes de Torkham et de Spin Boldak. Ces expulsions massives s’inscrivent dans un mouvement de retours forcés qui s’est intensifié depuis 2023. Selon l’OCHA, plus de 5 millions d’Afghans sont rentrés au pays au cours des deux dernières années, exerçant une pression considérable sur des communautés d’accueil déjà en situation de détresse aiguë. Les ONG avertissent que ces retours peuvent contribuer à une re-déstabilisation économique locale dans les provinces les plus touchées.

Conflit frontalier et crise humanitaire : les agences ONU réclament un accès immédiat

L’IOM a averti le 22 avril de l’impact humanitaire croissant des hostilités afghano-pakistanaises sur les civils et les personnes en déplacement. Selon l’agence, la confrontation militaire le long de la ligne Durand a entraîné des victimes civiles, des dommages aux infrastructures critiques — centres de santé, marchés, logements — et le déplacement de dizaines de milliers de personnes dans l’est et le sud-est de l’Afghanistan. Des équipes humanitaires ont été contraintes de suspendre leurs opérations dans plusieurs districts en raison de l’insécurité, y compris dans des zones où la malnutrition infantile dépasse les seuils d’urgence.

🏛️ ONU & Sanctions

Résolution 2816 : le Conseil de sécurité reconduit les sanctions contre les talibans pour douze mois

Le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 2816 (2026), renouvelant pour douze mois — jusqu’en février 2027 — le mandat de l’équipe de surveillance du Comité des sanctions contre les talibans (Comité 1988). Le régime maintient le gel des avoirs, l’interdiction de voyager et l’embargo sur les armes à l’encontre des personnes et entités associées aux talibans. La résolution réaffirme la préoccupation du Conseil face aux violations des droits des femmes et des filles ainsi qu’à la présence de groupes terroristes en Afghanistan, et rappelle que le territoire afghan ne doit pas être utilisé pour menacer la sécurité d’autres États. Aucun changement de fond n’a été introduit.

L’ONU identifie quatre chocs simultanés aggravant la fragilité afghane

Dans son bilan trimestriel, la représentante spéciale du Secrétaire général pour l’Afghanistan a identifié quatre crises simultanées : le conflit frontalier avec le Pakistan, les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient (perturbation des corridors commerciaux, hausse des prix des denrées de base), les retours massifs d’Afghans expulsés d’Iran et du Pakistan (5 millions depuis 2023), et l’isolement diplomatique persistant. Le « processus de Doha » reste la seule plateforme multilatérale structurée permettant un dialogue entre la communauté internationale et les autorités talibanes de facto.

Procès aux États-Unis du suspect de l’attentat d’Abbey Gate (août 2021)

Le procès du suspect de l’attentat d’Abbey Gate — l’explosion à l’aéroport de Kaboul qui avait fait 183 morts le 26 août 2021, dont 13 militaires américains — s’est ouvert cette semaine aux États-Unis. Le suspect, Rahmanullah Lakanwal, ressortissant afghan évacué vers les États-Unis pendant l’administration Biden, a été arrêté après l’émergence d’informations sur son rôle présumé dans l’attentat revendiqué par l’État islamique Khorasan (ISKP).

Le rapporteur spécial Bennett : les restrictions médicales talibanes pourraient constituer un « féminicide »

Dans un rapport récent rendu public cette semaine, Richard Bennett, rapporteur spécial de l’ONU sur l’Afghanistan, avertit que les restrictions talibanes sur l’éducation et l’emploi des femmes dans le secteur de la santé pourraient, si elles persistent, être constitutives d’un « féminicide ». Seules 4,1 millions des 15 millions de femmes afghanes ont un accès fiable aux soins de santé, selon le rapport. Le rapporteur qualifie l’interdiction d’accès des femmes aux instituts médicaux de « complètement injustifiable », avertissant qu’elle conduira à des souffrances, maladies et décès évitables.

Mandats d’arrêt de la CPI contre des dirigeants talibans — où en est l’exécution ?

La Cour pénale internationale avait délivré en juillet 2025 des mandats d’arrêt contre de hauts dirigeants talibans pour crimes contre l’humanité à caractère de persécution de genre. Aucun des mandats n’a été exécuté à ce jour. Human Rights Watch réitère cette semaine son appel à la communauté internationale pour soutenir les mécanismes d’obligation de rendre des comptes établis par le Conseil des droits de l’homme en octobre 2025, tout en pressant les gouvernements de ne pas renvoyer de force des ressortissants afghans qui risquent d’être persécutés.

🪖 Résistance armée — NRF & AFF

AFF
Logar — première opération dans la province (21 avril). Des combattants de l’Afghanistan Freedom Front ont attaqué un checkpoint taliban au carrefour de Bandar-e-Kabul, dans le 1er district de sécurité de Pul-e-Alam, capitale du Logar, aux alentours de 21h30. Selon le communiqué publié sur af-freedomfront.com, 2 talibans ont été tués et 2 autres blessés. L’AFF ne signale aucune perte. Il s’agit de la première opération revendiquée par le groupe dans cette province, qui constitue une nouvelle extension géographique de l’organisation.
AFF
Baghlan — attaque à la roquette, six tués et blessés (13 avril). L’AFF revendique une frappe de roquettes sur un compound taliban dans le district de Tala wa Barfak, faisant six pertes selon af-freedomfront.com. Le Baghlan constitue avec le Parwan un axe opérationnel central du groupe, actif dans plusieurs de ses districts montagneux depuis plusieurs mois.
AFF
Kaboul — attaque ciblée, quatre pertes talibanes (12 avril). L’AFF annonce quatre tués et blessés talibans lors d’une frappe sur un checkpoint à Kaboul. Après la trêve du Ramadan, le groupe — dirigé par le général Yasin Zia, ex-chef d’état-major de l’armée afghane — a repris et étendu ses opérations dans plusieurs provinces. Les talibans ne confirment pas ces pertes et nient tout incident.
NRF
Commander tué au Baghlan et opération à Kaboul (mars 2026 — contexte). Dernières revendications confirmées du Front national de résistance : en mars, le NRF a revendiqué la mort du commandant local taliban Mawlawi Siddiqullah et de son garde du corps au Baghlan, ainsi que trois talibans tués à Kaboul dans le secteur Dahan-e-Bagh. Aucune nouvelle revendication du NRF n’a été publiée dans la fenêtre du 22 au 28 avril. Le groupe maintient des activités de guérilla dans la vallée d’Andarab, le Parwan et le Takhar.

⚠️ Décompte des pertes talibanes revendiquées

Date Lieu Source Pertes
21 avr. Logar / Pul-e-Alam AFF 2 tués · 2 blessés
13 avr. Baghlan / Tala wa Barfak AFF 6 pertes*
12 avr. Kaboul AFF 4 pertes*
Mars Baghlan (dont cmd. Siddiqullah) NRF 2 tués
Mars Kaboul / Dahan-e-Bagh NRF 3 tués
Total revendiqué (période couverte) 17 pertes

* Tués et blessés confondus dans les communiqués AFF. Les talibans nient systématiquement ces pertes. Aucune vérification indépendante sur le terrain n’a pu être effectuée.

📌 En Bref

  • Kaboul — Dr Badriya Jalali assassinée (28 avril). La Dr Badriya Jalali a été tuée le 28 avril à Kaboul alors qu’elle se rendait au tribunal taliban pour faire valoir ses droits dans le cadre d’une procédure judiciaire. Son assassinat rappelle que la sécurité des femmes afghanes reste précaire jusque dans les rares espaces où elles tentent d’exercer leurs droits. → Voir rubrique Droits humains & Société.
  • Afghans alliés des États-Unis / plan RDC. L’administration Trump envisage de transférer quelque 1 100 alliés afghans bloqués au camp As Sayliyah (Doha, Qatar) vers la République démocratique du Congo — pays en guerre civile et sans capacité d’accueil. Anciens forces spéciales, interprètes et proches de militaires américains, la plupart ont pourtant été approuvés pour une réinstallation aux États-Unis, gelée en 2025. L’ONG AfghanEvac, dont plus de 400 enfants résident au camp, dénonce un mécanisme conçu pour contraindre ces personnes à rentrer en Afghanistan au péril de leur vie (22 avril).
  • Royaume-Uni. La ministre de l’Intérieur britannique n’a pas exclu le renvoi de demandeurs d’asile afghans déboutés vers l’Afghanistan, déclarant suivre de près les négociations UE-talibans avant de se prononcer.
  • Ligne Durand / Asif Durrani. Le ministre taliban des Frontières Noorullah Noori a réaffirmé que l’Afghanistan ne reconnaît aucune frontière officielle avec le Pakistan. Dans le même temps, l’ex-représentant pakistanais Asif Durrani conteste publiquement le récit identitaire des talibans sur la ligne Durand. → Voir rubrique Diplomatie & Relations régionales.
  • Drones talibans. Selon Afghanistan International, l’usage des drones par les talibans a évolué depuis 2021 de la surveillance commerciale vers un programme intégrant des appareils armés et des drones-munitions à usage offensif.
  • PIB par habitant. La Banque mondiale signale un recul de 5,6 % du PIB par habitant en Afghanistan en 2025, malgré une légère croissance nominale de l’économie — illustrant l’écart croissant entre les agrégats macroéconomiques et la dégradation réelle des conditions de vie de la population.