La situation des droits de l’homme en Afghanistan /Rapport du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’homme

Droits humains • ONU Afghanistan 26 février 2026

Volker Türk alerte : ne pas normaliser la répression talibane

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, met en garde contre la tentation de « normaliser » le régime taliban alors que la situation des droits humains continue de se dégrader en Afghanistan, en particulier pour les femmes et les filles.

Point clé : Türk appelle à revoir l’approche internationale vis-à-vis des talibans et à cesser toute forme d’engagement qui contribue à banaliser la persécution et les châtiments.

Ce qu’il souligne notamment :

  • la persécution systématique des femmes et des filles et l’effacement de leurs droits ;
  • l’extension des châtiments corporels et le recours accru à la peine de mort ;
  • la nécessité d’exiger des mesures concrètes et vérifiables plutôt que des promesses.


A/HRC/61/54

Ce rapport de l’OHCHR (Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme), publié en février 2026, dresse un portrait alarmant d’une nation s’enfonçant dans une crise systémique. Couvrant la période du 1er août 2025 au 31 janvier 2026, le document souligne l’institutionnalisation d’un cadre juridique qui bafoue les normes internationales sous couvert de principes religieux.+3

Voici une synthèse analytique des points clés de ce document :


1. L’Institutionnalisation de la Répression (Cadre Juridique)

Le rapport met en évidence une transition d’un vide juridique vers un système de lois délibérément discriminatoires :

  • La loi PVPV : Adoptée en août 2024, la « Loi sur la propagation de la vertu et la prévention du vice » est activement appliquée par des comités d’exécution provinciaux.
  • Nouveaux Décrets : Un décret de janvier 2026 criminalise de nombreux actes et étend l’application de la peine de mort et des châtiments corporels (fustigation publique), y compris pour des critiques envers le leadership de fait.+2
  • Arbitraire Judiciaire : Bien que des amnisties aient été accordées à environ 3 200 prisonniers en novembre 2025, la population carcérale reste élevée (30 000 à 32 000 personnes), avec une lenteur extrême dans le traitement des dossiers en détention préventive.+1

2. L’Effacement Systématique des Femmes et des Filles

Le document décrit ce que certains tribunaux civils qualifient désormais de « persécution de genre » ou « apartheid de genre »:

  • Exclusion de l’Éducation : Les femmes restent bannies de l’éducation au-delà de la 6ème année et ont été exclues des examens médicaux de sortie pour la deuxième année consécutive.+1
  • Restrictions de Mouvement : La règle du mahram (tuteur masculin) s’est durcie, exigeant parfois une escorte même pour des trajets de moins de 78 km ou pour accéder à des soins de santé.
  • Bannissement de l’ONU : Depuis septembre 2025, les autorités de fait interdisent au personnel féminin afghan d’entrer dans les locaux des Nations Unies, forçant le télétravail et limitant l’action humanitaire.+1
  • Élimination Économique : En janvier 2026, les femmes fonctionnaires qui recevaient encore un salaire réduit ont vu leur emploi définitivement résilié sans préavis.

3. Contrôle de l’Information et Espace Civique

L’étau se resserre sur la liberté d’expression à travers des mesures technologiques et physiques :

  • Censure des Médias : Il est désormais interdit de diffuser des images d’êtres vivants, ce qui paralyse les stations de télévision. La musique et les débats politiques en direct sont proscris.+2
  • Blackout Numérique : Entre le 29 septembre et le 1er octobre 2025, une coupure nationale de la fibre optique a stoppé internet et les communications mobiles, causant un chaos généralisé et entravant les services d’urgence.+1
  • Censure Littéraire : Des centaines de livres (notamment ceux écrits par des femmes ou traitant des droits de l’homme) ont été retirés des bibliothèques et universités.+1

4. Crise Humanitaire et Tensions Régionales

L’instabilité intérieure est aggravée par des pressions extérieures :

  • Précarité Extrême : En 2026, on projette que 21,9 millions de personnes (45 % de la population) auront besoin d’une assistance humanitaire.
  • Retours Forcés : Près de 3 millions d’Afghans sont revenus de pays voisins (Pakistan, Iran) en 2025, souvent sans ressources, ce qui sature les capacités d’accueil.
  • Conflits Transfrontaliers : Entre octobre et décembre 2025, les tensions avec les forces pakistanaises ont causé des pertes civiles sans précédent (plus de 500 victimes, dont 47 morts).

Vers une Responsabilisation Internationale

Le rapport mentionne la création du Mécanisme d’enquête indépendant pour l’Afghanistan par le Conseil des droits de l’homme, chargé de collecter des preuves de crimes internationaux. Il souligne également le verdict symbolique du « Tribunal populaire pour les femmes d’Afghanistan » tenu à Madrid en octobre 2025, appelant à codifier l’apartheid de genre comme crime international.+2

Tableau récapitulatif des indicateurs clés

DomaineSituation relevée dans le rapport
Aide humanitaire45 % de la population en aura besoin en 2026
Éducation des fillesInterdite au-delà de la 6ème année (primaire)
Peine de mort12 exécutions publiques recensées depuis 2021
Liberté de la presseInterdiction des images d’êtres vivants et de la musique +1