Rapport de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) / HCDH

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Droits des femmes
Sur le front du travail, le 17 janvier 2026, des médias ont rapporté que les autorités de facto avaient retiré les femmes de la liste de paie de la fonction publique, mettant fin aux salaires réduits qui leur étaient encore versés depuis leur éviction des bureaux gouvernementaux en août 2021. Dans certaines provinces, les femmes ont été explicitement notifiées de leur licenciement ; dans d’autres, elles n’ont découvert leur révocation qu’à l’absence du versement mensuel. S’y ajoute une exclusion totale des locaux onusiens : depuis le 7 septembre 2025, les femmes afghanes — y compris les membres du personnel, les contractantes et les visiteuses — se voient refuser l’accès aux enceintes des Nations Unies dans tout le pays. Au 31 mars, cela représentait le 205e jour consécutif de cette interdiction.
Sur le plan éducatif, la nouvelle année académique débutée en mars marque l’entrée dans la cinquième année consécutive d’exclusion des filles et des femmes de l’enseignement au-delà de la sixième classe. Selon l’UNESCO, 2,2 millions d’afghanes se sont vu refuser l’accès à l’éducation secondaire et supérieure depuis 2021.
En matière de liberté de mouvement, les inspecteurs du Ministère de facto pour la Propagation de la Vertu et la Prévention du Vice continuent d’imposer le port du tchador dans la province de Hérat. La MANUA a documenté de nombreux incidents : le 11 janvier, une femme a été contrainte de quitter un taxi à Hérat pour ne pas porter le tchador ; le 12 février, deux femmes ont été débarquées d’un bus et retenues jusqu’à ce que des membres de leur famille leur apportent le vêtement requis ; le 23 mars, des inspectrices positionnées dans différents secteurs du quartier Jibreil de Hérat ont immobilisé au bord de la route des femmes sans tchador jusqu’à l’arrivée d’un parent. Dans les provinces d’Uruzgan, de Paktya et de Kandahar, des centres de santé ont été instruits de refuser les soins aux femmes non accompagnées d’un mahram, et les soignantes elles-mêmes se voient imposer cette escorte pour leurs déplacements professionnels. Dans les provinces d’Uruzgan et de Ghazni, des commerçants ont reçu l’ordre de ne pas vendre de marchandises aux femmes sans mahram ni hijab conforme ; un commerçant a d’ailleurs été arrêté et détenu une nuit pour avoir vendu à une femme seule. À Kandahar, des agents immobiliers ont été sommés de ne louer aucun bien à des femmes sans mahram.
Châtiments corporels
Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, le Service des droits humains de la MANUA a documenté l’application de châtiments corporels judiciaires à l’encontre d’au moins 312 personnes — 269 hommes, 39 femmes et quatre garçons. À titre d’exemple, le 5 février dans le district de Bagram, province de Parwan, cinq hommes et trois femmes ont reçu 39 coups de fouet chacun dans l’enceinte du lycée Shafaq, en présence d’officiels de la cour d’appel de facto, de représentants du Ministère de la Propagation de la Vertu et de responsables du Renseignement. Les condamnés avaient été reconnus coupables de « relations illicites » et écoppaient de peines d’emprisonnement allant d’un à quatre ans.
Anciens fonctionnaires et anciens membres des forces de sécurité afghanes
C’est l’un des chapitres les plus préoccupants du rapport. Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, la MANUA a documenté au moins 23 cas de détention arbitraire et au moins neuf cas de torture ou de mauvais traitements infligés à d’anciens fonctionnaires du gouvernement et à d’anciens membres des Forces nationales afghanes de défense et de sécurité (ANDSF), ainsi qu’au moins cinq meurtres d’anciens membres des ANDSF.
Les personnes renvoyées de force en Afghanistan demeurent particulièrement exposées. La MANUA a documenté huit cas de violations des droits humains — arrestations arbitraires, exécutions extrajudiciaires, torture — commises contre d’anciens membres des ANDSF ou des anciens fonctionnaires récemment rentrés contre leur gré au pays (entre quelques heures et six mois avant les faits). Le cas le plus documenté est celui du 7 janvier, dans le district de Khwaja Du Koh, province de Jawzjan : un ancien commandant de milice pro-gouvernementale, rentré d’Iran environ cinq mois auparavant, a été abattu par des inconnus qui ont forcé l’entrée de son domicile.
Liberté des médias
Le 26 janvier, le Ministère de facto de l’Information et de la Culture a annoncé via son compte X la révocation des licences de toutes les organisations de soutien aux médias, à l’exception de trois d’entre elles, invoquant un fonctionnement non professionnel ou une inactivité prolongée.
Deux médias ont été suspendus durant le trimestre. Le 28 février, la chaîne de télévision Rahe-Farda TV a été suspendue après que son directeur avait publiquement déclaré que les frappes militaires pakistanaises contre des civils afghans étaient justifiées et condamné les opérations de représailles des autorités de facto — un propos qualifié de menace à l’unité nationale. La chaîne demeurait suspendue à la date de publication du rapport. Le 3 mars, dans la province de Ghazni, la radio privée Khushal a été suspendue pour sept jours au motif que des lycéennes avaient participé à une émission en direct avec un présentateur masculin. La radio a repris ses émissions le 10 mars. Il n’existe aucun mécanisme formel permettant aux médias de contester ces suspensions.
Par ailleurs, le journaliste Mahdi Ansari, arrêté par le Renseignement en octobre 2024 et condamné à 18 mois de prison en janvier 2025 pour propagande contre les autorités de facto, a été libéré le 18 mars. Trois journalistes de l’Afghanistan Media Organization, arrêtés en juillet 2025 et accusés de promouvoir l’éducation des femmes, de diffuser l’immoralité et d’espionnage, demeuraient en détention à la date de publication : deux avaient été condamnés à des peines de deux ans et demi et trois ans respectivement en décembre 2025, tandis que le troisième n’avait pas encore été jugé.
Propagation de la vertu et prévention du vice
Entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, la MANUA a documenté au moins 336 arrestations et détentions arbitraires et 59 actes de maltraitance commis par les inspecteurs du Ministère de facto de la Propagation de la Vertu et de la Prévention du Vice. Les motifs principaux sont les barbes taillées ou les coupes de cheveux jugées occidentales pour les hommes, l’écoute ou la pratique de la musique, et le non-respect des instructions vestimentaires pour les femmes.
Des opérations d’application ont également visé les fêtes et le calendrier religieux. Le 14 février, des inspecteurs ont surveillé les fleuristes pour empêcher les achats liés à la Saint-Valentin, et des arrestations ont été effectuées dans au moins trois provinces. Durant le Ramadan (17 février – 18 mars), des personnes ont été maltraitées et détenues pour avoir consommé de la nourriture pendant les heures de jeûne ou pour n’avoir pas fermé leur commerce à l’heure de la prière. Le 21 mars, le Ministère a rappelé via X l’interdiction de célébrer Norouz, le Nouvel An persan, conformément à la Loi sur la propagation de la vertu.
Liberté de religion
Dans au moins huit provinces, des représentants des autorités de facto — forces de l’ordre, Renseignement, gouverneurs de district, responsables religieux — ont ordonné aux communautés chiites de ne pas célébrer le premier jour de l’Aïd-ul-Fitr selon le calendrier chiite, leur imposant la date fixée par les autorités. Dans l’une de ces provinces, un groupe de religieux chiites a été arrêté pour avoir refusé de s’y conformer. À Kaboul, des inspecteurs ont interdit aux femmes l’accès à un sanctuaire à l’occasion de Norouz, alors que les hommes étaient admis. À Hérat, en janvier, une mosquée chiite a été contrainte d’empêcher les femmes d’assister aux prières du soir.
Administration de la justice
Le document le plus significatif du trimestre sur ce plan est le Décret n° 12 sur les règles pénales des tribunaux, approuvé par le chef des talibans et transmis à l’ensemble des juridictions le 7 janvier 2026. Ce texte criminalise de nombreux actes et réglemente les peines discrétionnaires.
Parmi les dispositions notables : la peine de mort peut être appliquée, avec l’autorisation personnelle du chef des talibans et pour des raisons d' »opportunité publique », à des infractions telles que la « persistance dans la corruption », la promotion de « fausses croyances contraires à l’islam », la sorcellerie, l’hérésie, le blasphème, la sodomie et le vol. Les « coups sévères » infligés par un mari à son épouse et entraînant fracture, blessure ou ecchymose sont passibles de 15 jours d’emprisonnement. Une femme qui se rend répétitivement chez son père ou des proches « sans permission de son mari » s’expose à trois mois de prison, ainsi que les membres de la famille qui ne la « restituent » pas à son conjoint après décision de justice.
Le Décret désigne le sunnisme comme doctrine religieuse dominante et qualifie les autres croyances d' »hérétiques ». Il criminalise également la critique des autorités de facto sous toutes ses formes : la dérision de la charia est passible de deux ans d’emprisonnement, l’insulte à l’imam de 39 coups de fouet et un an de prison, l’insulte à tout dirigeant de facto de 20 coups de fouet et six mois de prison, et le défaut de signalement de réunions d' »opposants au gouvernement » de deux ans d’emprisonnement.
Une disposition discriminatoire établit par ailleurs une gradation des peines selon le rang social : les « oulémas » et « nobles » sont passibles d’avertissements et de convocations judiciaires, tandis que les personnes des « classes moyenne et inférieure » sont exposées aux flagellations et à l’emprisonnement. Face aux critiques, le porte-parole des autorités de facto a affirmé que cette distinction visait non à diviser la société par classe, mais à tenir compte des antécédents judiciaires et de la récidive.
Droits des détenus
Dans une circulaire du 20 janvier, la Cour suprême de facto a rappelé à l’ensemble des tribunaux que la durée de garde à vue en détention de facto du Ministère de l’Intérieur ou du Renseignement est limitée à dix jours, prolongeables de cinq jours sur demande. Au-delà, les investigations doivent être conduites en collaboration avec la juridiction compétente.
Le 2 mars, l’Administration pénitentiaire a annoncé la signature d’un accord avec le Ministère du Travail visant à faciliter l’insertion professionnelle des détenus libérés ayant suivi des formations professionnelles en prison. Le 18 mars, la Cour suprême de facto a annoncé la libération de 4 596 prisonniers et la réduction de peine de 4 407 personnes à l’occasion de l’Aïd-ul-Fitr, après révision supervisée par un comité judiciaire et validation personnelle du chef des talibans.