LE FRONT QUI TIENT LA LIGNE

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La Lettre d’Afghanistan
LE FRONT QUI TIENT LA LIGNE
L’AFF et le NRF, seuls face au djihad mondial, à la lumière du seizième rapport de l’ONU

Publié le 8 décembre 2025 sous la cote S/2025/796, le seizième rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité couvre la période allant de mai 2024 au 11 novembre 2025. Il décrit un pays où plus de vingt organisations terroristes internationales et régionales restent actives, tandis que le Front pour la liberté de l’Afghanistan et le Front national de résistance poursuivent la lutte armée. Son constat central tient en une phrase. Les taliban affirment qu’aucun groupe terroriste n’opère depuis leur territoire. L’ONU juge cette affirmation non crédible.

Plus de vingt organisations terroristes internationales et régionales restent actives dans le pays. Le rapport documente un fait qui pèse lourd dans la lecture de la guerre en cours au Badakhshan. Les autorités de facto ont intégré à leurs forces de sécurité locales d’anciens combattants de divers groupes terroristes, afin de tirer parti de leur expérience du combat, une pratique qui nourrit les craintes d’infiltration et d’alignement idéologique.

Les autorités de facto maintiennent qu’aucun groupe terroriste n’opère sur leur territoire ou à partir de celui-ci. Cette affirmation n’est pas crédible.

Rapport S/2025/796, résumé

L’EIIL-K, menace jugée la plus sérieuse

L’État islamique Khorassan demeure la première menace émanant d’Afghanistan, à l’intérieur comme au-delà des frontières. Les taliban ont neutralisé des centaines de ses membres depuis le début de 2025, mais le groupe conserve sa résilience et opère désormais en petites cellules dans le nord et l’est du pays, avec une expansion vers ces deux directions. Ses effectifs sont estimés à environ deux mille combattants, une direction encore majoritairement pachtoune mais une base désormais surtout centrasiatique.

Le rapport détaille un recrutement d’environ six cents volontaires d’Asie centrale, l’endoctrinement d’enfants dans des madrassas du nord et près de la frontière pakistanaise, et un cours d’entraînement au suicide destiné à des mineurs d’environ quatorze ans. L’EIIL-K se distingue aussi par un usage expérimental de l’intelligence artificielle, pour la fabrication d’engins explosifs, l’impression 3D de pièces d’armes et le contournement des dispositifs de lutte contre le blanchiment. Son financement repose sur les dons, les rançons et les cryptomonnaies, en particulier le Monero.

Le TTP, menace immédiate pour le régime

Le Tehrik-e Taliban Pakistan constitue, selon l’ONU, la menace la plus importante à court terme pour la stabilité du gouvernement de facto lui-même. Le groupe a mené depuis le sol afghan de nombreuses attaques d’envergure contre le Pakistan, plus de six cents attentats estimés en 2025, déclenchant des affrontements transfrontaliers et des frappes aériennes pakistanaises en octobre. La fermeture des points de passage coûterait à l’économie afghane environ un million de dollars par jour. Fort d’environ six mille combattants dans les provinces de l’est, le TTP continue d’être accueilli et soutenu par les taliban, qu’il est jugé peu probable de voir l’affronter, faute de volonté et peut-être de capacité.

Al-Qaida, une implantation inchangée

La situation, la capacité et l’implantation d’Al-Qaida n’ont pas évolué. Le groupe fournit une orientation idéologique et joue un rôle de prestataire de services, formation, conseil et appui logistique, auprès d’autres formations. De hauts commandants vivraient à Kaboul, et son allié le plus proche demeure le Réseau Haqqani. Sa branche pour le sous-continent indien, l’AQSI, forte de deux à trois cents membres, s’est intégrée au TTP et concentre son action sur le Pakistan.

Le Badakhshan, verrou stratégique face à la Chine

C’est le passage le plus directement lié à la guerre menée par la résistance. Le Mouvement islamique du Turkestan oriental, aussi appelé Parti islamique du Turkestan, s’est étendu au-delà de ses bases de Baghlan, Sar-e Pol et Kaboul pour s’installer au Badakhshan, notamment dans le corridor du Wakhan, en incitant ses membres à s’attaquer aux intérêts chinois. Le groupe finance ses opérations par des activités commerciales, minières et agricoles, et coopère avec le TTP par la formation, les armes et le financement.

Jamaat Ansarullah, qui vise à déstabiliser le Tadjikistan et l’ensemble de l’Asie centrale, a bénéficié de passeports afghans pour dix-huit de ses membres et de recrutements rémunérés de deux à trois cents dollars par mois. Apparu en avril 2025, Ittihad-ul-Mujahideen Pakistan, plus de cent cinquante attentats revendiqués et environ cinq cents combattants, est présenté comme une façade permettant à des éléments du TTP et de l’AQSI d’agir sous couvert de déni plausible.

L’AFF et le NRF, en première ligne

Dans son volet sécurité, le rapport note que le Front national de résistance, le Front pour la liberté de l’Afghanistan et le Mouvement de libération afghan poursuivent attaques sporadiques et assassinats ciblés, tout en les jugeant fragmentés, non coordonnés et sans menace réelle pour le régime. Les chiffres cités sont éloquents. En 2024, le Front pour la liberté aurait mené quatre-vingt-trois attaques et le Front national de résistance deux cent soixante et une. De janvier à juillet 2025, ils en revendiquaient respectivement quarante-trois et soixante-treize.

Or c’est précisément dans le nord-est, et au Badakhshan en particulier, que le rapport situe plusieurs des dynamiques les plus préoccupantes qu’il décrit. C’est vers cette province que le Parti islamique du Turkestan a étendu son implantation, jusque dans le corridor du Wakhan, en visant les intérêts chinois. C’est aussi au Badakhshan que la culture du pavot s’est déplacée depuis le sud-ouest du pays, et que des opérations d’éradication ont déclenché au printemps 2025 des manifestations meurtrières contre les administrations locales de facto. La province concentre ainsi, sur un même territoire de haute montagne adossé au Tadjikistan et à la Chine, présence djihadiste transnationale, économie illicite et contestation.

Le rapport apporte un autre éclairage sur ce même espace. À la suite de l’ordre donné par Hibatullah Akhundzada en avril 2025 de réduire de vingt pour cent les effectifs de sécurité, plus de quatre mille commandants et soldats ont été démis de leurs fonctions, dont environ un millier pour le seul Badakhshan. Après cette province, les licenciements les plus nombreux ont frappé le Kapissa, le Parwan et le Takhar, toutes régions abritant un fort contingent de taliban d’origine tadjike et ouzbèke. C’est sur ce terrain, où le régime affaiblit lui-même son maillage militaire tout en tolérant l’installation de groupes terroristes, que l’AFF et le NRF conduisent leur lutte.

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Mise en perspective

L’angle mort du calendrier onusien

 

Le rapport de l’ONU arrête ses informations au 11 novembre 2025. À cette date, l’Équipe de surveillance qualifie les fronts de résistance de fragmentés, non coordonnés et sans menace réelle pour la stabilité du régime. Cette évaluation, exacte au moment où elle est formulée, se heurte pourtant aux développements survenus depuis.

Depuis le 23 juillet 2026, le Front pour la liberté de l’Afghanistan mène dans le district de Zebak, au Badakhshan, l’un des épisodes de combats les plus soutenus depuis 2021. Le front revendique la prise de positions en altitude, la neutralisation de vingt et un taliban, la destruction de deux drones et la saisie d’armements. Quelques jours plus tôt, un nouveau groupe, Sepahian-e Mihan, s’était brièvement emparé du centre administratif du district de Yaftal-e Payeen, première perte temporaire d’un district par les taliban depuis leur retour au pouvoir.

Ces revendications émanent en partie des fronts eux-mêmes et demeurent, pour certaines, non vérifiables de façon indépendante. Elles suffisent néanmoins à interroger la grille de lecture onusienne. Le Badakhshan que le rapport décrit comme un point de convergence des réseaux djihadistes, avec l’implantation du Parti islamique du Turkestan dans le corridor du Wakhan, est aussi la province où le régime, affaibli par ses propres purges et par la réduction de vingt pour cent de ses effectifs de sécurité, fait désormais face à une résistance qui tient le terrain.

C’est tout le paradoxe de ce territoire de haute montagne, adossé au Tadjikistan et à la Chine. Sur le même sol se joue à la fois la question du sanctuaire terroriste que l’ONU documente et celle de la capacité militaire des fronts, que son calendrier ne pouvait pas encore mesurer.

Sources

Document et couverture

Conseil de sécurité des Nations unies

Seizième rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions, présenté en application de la résolution 2763 (2024) concernant les taliban et les personnes et entités qui leur sont associées

Cote S/2025/796, 8 décembre 2025, 29 pages, version française

documents.un.org, PDF officiel

Bibliothèque numérique des Nations unies

Fiche du document et versions multilingues du rapport S/2025/796

Notice bibliographique et accès aux traductions

digitallibrary.un.org, notice

Afghanistan International

Taliban Opposition Fronts Carried Out 116 Attacks, Says UN

18 décembre 2025, en anglais

afintl.com

Hasht-e Subh (8am.media)

UN Security Council Report: Taliban Disregard Public Will and Host More Than 20 Terrorist Groups

20 décembre 2025, en anglais

8am.media

Amu TV

UN report says Taliban absorbed former fighters from terrorist groups into security ranks

19 décembre 2025, en anglais

amu.tv
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