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Europol, l’ONU et la menace afghane

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La Lettre d’Afghanistan

Europol, l’ONU et la menace afghane

Le Conseil nomme la menace, la Commission la nomme, le rapport public d’Europol lui consacre une phrase

Le 13 juillet 2026, Europol publie le TE-SAT 2026, document de référence de la lutte antiterroriste européenne. L’État islamique province du Khorasan y tient en une phrase. Dix-huit mois plus tôt, le Conseil de l’Union européenne écrivait noter avec grande préoccupation la montée de ce groupe et sa capacité croissante à mener des opérations extérieures, y compris en Europe. Entre les deux, l’ONU a documenté 2 000 combattants, 600 recrues centrasiatiques dont certaines envoyées en Europe, et des camps d’entraînement au Badakhshan. L’Europe n’ignore pas cette menace. Elle la nomme partout, sauf dans le seul document que le public lira.

Ce que l’Europe dit ailleurs

Avant d’examiner ce que le TE-SAT ne dit pas, il faut établir ce que l’Union dit dans ses autres documents publics. C’est là que l’affaire se noue.

Le Conseil note avec grande préoccupation la montée de l’État islamique province du Khorasan, basé en Afghanistan et présent dans les zones voisines, y compris l’Asie centrale, ainsi que sa capacité croissante à inspirer et mener des opérations extérieures, y compris en Europe.

Conclusions du Conseil de l’UE, 16 décembre 2024, document 16175/24

Ces conclusions sont publiques. Elles ont été approuvées par les vingt-sept États membres. Le communiqué de presse du Conseil en reprend la formule. Le même texte ajoute que, face à la menace croissante de l’ISKP, le Conseil reconnaît l’importance des partenaires d’Asie centrale de l’UE comme acteurs clés des efforts antiterroristes dans la région.

Quatorze mois plus tard, le 26 février 2026, la Commission publie l’agenda ProtectEU, cadre stratégique de la politique antiterroriste européenne. Elle y écrit que la situation en Asie centrale et méridionale, avec des tensions régionales croissantes et l’influence grandissante de l’ISKP, nécessite une surveillance étroite.

Le même agenda décrit l’architecture d’analyse dont dispose l’Union. La capacité unique d’analyse du renseignement, le SIAC, point d’entrée unique des contributions de renseignement des États membres, produit des évaluations de la menace en temps utile, tandis qu’Europol produit des rapports de tendance réguliers fondés sur des informations de police. Le SIAC combine le centre civil INTCEN et la direction du renseignement de l’état-major militaire.

Une note de bas de page de l’agenda achève la démonstration : le paysage de la menace y est décrit sur la base des récents TE-SAT d’Europol et des évaluations de la menace de l’EU INTCEN, ces dernières étant confidentielles.

L’instrument prospectif existe donc. Il fonctionne. Le Conseil confirme d’ailleurs le rôle de l’INTCEN, qui continue de soutenir l’Union avec une conscience situationnelle fondée sur le renseignement des États membres concernant les menaces actuelles et potentielles liées au terrorisme. Ce que produit cet instrument est classifié.

Ce que dit le TE-SAT 2026

Une seule mention substantielle. Plusieurs États membres estiment que les groupes jihadistes d’Asie centrale et orientale, en particulier l’ISKP, restent résilients et continuent de poser des menaces potentielles pour la sécurité, dans la région comme à l’extérieur.

Trois mentions incidentes : certains suspects étaient en contact direct avec des membres d’organisations terroristes dans d’autres pays, dont l’Afghanistan, le Pakistan et l’Irak ; le cas italien du 18 juin 2025, un homme de 20 ans en contact avec un membre de l’ISKP en Afghanistan ; Al-Azaim, principal média pro-EI associé à l’ISKP, affaibli par l’arrestation d’un membre clé lors d’une opération conjointe turco-pakistanaise.

Aucune section dédiée. Aucun effectif. Aucun financement. Aucune structure de commandement. Aucune mention des taliban. La section prospective du rapport, qui anticipe la persistance des attentats de faible intensité et l’élargissement du vivier d’auteurs, ne cite pas une fois l’ISKP.

Il faut mesurer l’écart de langage. Le Conseil : note avec grande préoccupation, capacité croissante, opérations extérieures y compris en Europe. Europol : plusieurs États membres estiment, résilients, menaces potentielles. Ce sont les mêmes États membres.

La comparaison chiffrée

Élément TE-SAT 2026 S/2025/796 et S/2026/44
Statut Résilient, menace potentielle Principale menace terroriste émanant d’Afghanistan selon les États membres
Effectif Non mentionné Environ 2 000 combattants
Direction Non mentionnée Sanaullah Ghafari (QDi.431), alias Shahab al-Muhajir
Recrutement centrasiatique Non mentionné Environ 600 volontaires recrutés par Abu Munzir et Kaka Younis, majoritairement du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan
Destination des recrues Non mentionnée Certains partis en Afghanistan, certains restés dans leur pays, certains envoyés en Europe
Profil des recrues Non mentionné Beaucoup de 17 à 18 ans, jusqu’à 40 ans, aucun antécédent terroriste, recrutement en ligne via des groupes de discussion religieux
Composition Non mentionnée Direction majoritairement pachtoune afghane, base largement d’origine centrasiatique
Opérations extérieures Non mentionnées Capacité et intention conservées ; objectif d’attentats à fort retentissement à l’échelle mondiale
Cibles Non mentionnées Communautés chiites, autorités de fait, étrangers ; aspiration à frapper des lieux de culte chiites en Iran
Cellules dormantes Non mentionnées Préoccupation du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan sur l’établissement de cellules dormantes
Endoctrinement de mineurs Non mentionné Madrasas du nord et zones frontalières, cours de formation au suicide pour des mineurs d’environ 14 ans
Infiltration Non mentionnée Niveau d’infiltration des structures des autorités de fait inconnu mais considéré comme étendu
Financement Non mentionné Dons, enlèvements contre rançon, cryptomonnaies, en particulier Monero ; perte d’environ 100 000 dollars en Monero après plusieurs arrestations
Usage de l’IA Générique pour le jihadisme L’ISKP est à l’avant-garde : instructions générées par réseaux de neurones pour la fabrication d’EEI et l’impression d’armes en 3D, manuels de contournement des dispositifs antiblanchiment
Implantation Non mentionnée Nord de l’Afghanistan, particulièrement le Badakhshan, et zones proches de la frontière pakistanaise
Réseau extérieur Non mentionné Basé à Nimroz avant 2024, où les attentats de Kerman et du Crocus City Hall ont été planifiés et facilités

Le point de friction central tient en une ligne. Le rapport S/2025/796 indique que certaines des 600 recrues centrasiatiques ont été envoyées en Europe. Le TE-SAT 2026, qui recense 486 arrestations dans 21 États membres dont 347 pour jihadisme, ne mentionne à aucun moment de filière ISKP en Europe, ni de recrutement centrasiatique, ni de cellule tadjike ou ouzbèke.

Pourquoi le TE-SAT se tait

L’instrument mesure autre chose

Europol l’écrit en introduction : le rapport repose sur les informations fournies par les États membres sur les attentats et sur les arrestations, condamnations et peines, et les données statistiques reflètent la qualification des affaires comme infractions terroristes par les États membres au titre de leur législation nationale.

Le TE-SAT mesure l’activité judiciaire des polices européennes. Un groupe qui prépare des opérations extérieures sans qu’aucune arrestation ne soit qualifiée à son nom est, pour cet instrument, invisible. La directive (UE) 2017/541 ne distingue pas les affiliations régionales : un individu recruté par l’ISKP et arrêté pour appartenance à l’EI est comptabilisé comme arrestation jihadiste, sans mention de la province Khorasan. Le rapport le confirme lui-même en notant que l’attribution à des groupes terroristes était généralement indirecte et que, dans la plupart des cas, il y avait peu de preuves que les auteurs aient été instruits par l’EI.

Les services européens ne sont pas d’accord entre eux

C’est l’explication la plus éclairante, et elle vient d’une enquête de l’International Centre for Counter-Terrorism auprès des services de sécurité européens. Selon cette enquête, l’ISKP est unique dans sa capacité à infiltrer certains de ses opératifs en Europe, notamment via les flux de réfugiés, en particulier par l’Ukraine. Mais les répondants étaient divisés sur la menace ISKP, certains la considérant comme la plus sérieuse pour l’Europe, d’autres non.

La formule du TE-SAT, plusieurs États membres estiment, n’est donc pas une précaution rédactionnelle. C’est la trace visible d’un désaccord entre services. Europol agrège par consensus et produit le plus petit dénominateur commun. Le Conseil, lui, tranche politiquement et écrit note avec grande préoccupation.

L’évaluation néerlandaise illustre cette divergence. Le NCTV estimait en juin 2025 que la menace physique pour l’Europe posée par l’EI Syrie et l’EI Somalie semble avoir diminué mais n’a pas disparu, tout en maintenant une entrée distincte pour l’Asie centrale et le Caucase.

Une décrue réelle, deux lectures opposées

Europol et l’ONU constatent les mêmes faits. Le TE-SAT note que le volume de propagande officielle de l’EI est resté faible en 2025 et que les menaces pro-EI contre des événements publics ont diminué par rapport à 2024. Le 37e rapport indique que l’ISKP était soumis à une pression significative du fait des opérations régionales et des actions militaires des taliban, et que le nombre d’attentats a diminué. Le 16e rapport précise que des commandants et idéologues clés ont été neutralisés et que le nombre de combattants a probablement été réduit.

Mais l’ONU ajoute ce qu’Europol n’ajoute pas : le groupe conserve une capacité opérationnelle et de combat significative, la capacité de remplacer rapidement ses combattants y compris par le recrutement en ligne, et continue de développer son réseau de cellules pour projeter une menace régionale et au-delà.

Des mêmes faits, Europol tire une réduction de la place accordée à l’ISKP. L’ONU tire un avertissement sur la reconstitution.

Le volet syrien

C’est ici que le silence pèse le plus lourd, car les rapports onusiens décrivent un flux dont le TE-SAT ne dit rien.

Le rapport stratégique du Secrétaire général sur l’EI avertit que des combattants ayant participé à la campagne de décembre 2024 contre l’ancien gouvernement syrien pourraient se relocaliser en Afghanistan et y projeter des menaces régionales.

Le 37e rapport nuance sur le mouvement de masse : aucun mouvement de grande ampleur de combattants terroristes étrangers vers ou depuis la Syrie n’a été observé, et sur l’axe Syrie-Afghanistan, seuls quelques cas isolés ont été signalés. Mais les États membres restaient préoccupés par les flux potentiels de combattants, y compris depuis l’Asie centrale, vers l’Afghanistan ou l’Afrique.

Les États d’Asie centrale restaient préoccupés par le risque de mouvement de combattants centrasiatiques vers le nord de l’Afghanistan, en vue de planifier des attentats contre leurs pays d’origine. Il y avait des rapports selon lesquels des combattants terroristes étrangers étaient entraînés dans des camps dédiés dans la province du Badakhshan.

Équipe de surveillance, 37e rapport, S/2026/44, 4 février 2026

Le vecteur ETIM/TIP

Le lien Syrie-Afghanistan le mieux documenté ne passe pas par l’ISKP mais par le Mouvement islamique du Turkestan oriental.

Côté syrien, l’ETIM/TIP est l’un des plus grands groupes de combattants étrangers intégrés au ministère syrien de la Défense, où ils reçoivent, en tant qu’employés, une formation destinée à renforcer leurs capacités militaires. La 84e division, dirigée par Abdulaziz Dawood alias Zahid, compte plus de 3 500 combattants étrangers, majoritairement de l’ETIM/TIP, basée à Jisr al-Shughur dans l’Idlib. Le gouvernement syrien considère Zahid comme l’un de ses commandants les plus loyaux et les plus capables.

Côté afghan, sous le patronage des autorités de fait, qui inclut la délivrance de documents d’identité, les membres de l’ETIM/TIP se déplacent librement et se sont progressivement concentrés au Badakhshan. Environ 250 membres auraient rejoint les forces de police taliban en 2025. Depuis mars 2025, le groupe s’est déployé au-delà de ses bases de Baghlan, Sar-e Pul et Kaboul vers le Badakhshan, y compris le corridor du Wakhan, en incitant ses membres à attaquer les intérêts chinois.

Et le lien entre les deux : un État membre a noté que l’ETIM/TIP en Afghanistan a appelé ses membres en Syrie et dans les pays voisins à se rendre en Afghanistan en préparation d’un retour au Xinjiang pour le jihad.

Il existe donc un appel explicite, documenté par l’ONU, à un transfert de combattants de Syrie vers l’Afghanistan, émis par une organisation sanctionnée disposant de 3 500 hommes en Syrie et d’une implantation protégée au Badakhshan.

Le TE-SAT mentionne la Syrie à propos des organisations jihadistes qui conservaient l’intention d’accroître leur présence dans le pays, de quelques déplacements d’individus depuis l’UE, et de la présence de combattants incarcérés, de femmes et d’enfants. Il ne mentionne ni l’ETIM/TIP, ni la 84e division, ni les camps du Badakhshan, ni l’appel au transfert vers l’Afghanistan.

L’Europe voit la Syrie comme un réservoir de retours vers l’Europe. L’ONU la voit aussi comme un réservoir de départs vers l’Afghanistan. Le second angle est absent.

Trois institutions, trois traitements

Le rapport du Secrétaire général du 8 juin 2026, couvrant février à avril, est laconique sur l’ISKP : durant la période considérée, le groupe n’a revendiqué aucun attentat significatif contre les autorités de fait, mais l’Équipe de surveillance a évalué qu’il conservait une capacité opérationnelle et de combat. Le Secrétaire général renvoie à l’Équipe de surveillance.

Ce que l’UNAMA documente en revanche est instructif. Le 10 avril, quatre hommes armés non identifiés à moto ont ouvert le feu sur des civils rassemblés près du sanctuaire de Sayed Mohammad Agha, district d’Injil, province de Herat, zone à majorité chiite. Onze civils tués, onze blessés. Aucune revendication.

Attaque contre des civils chiites, mode opératoire correspondant au profil ISKP décrit par l’Équipe de surveillance, aucune revendication. Europol ne le verrait pas, faute de qualification. L’UNAMA le décrit sans l’attribuer. L’Équipe de surveillance en tire une évaluation de capacité.

Le rapport documente aussi le contexte régional : les 21 et 22 février, le Pakistan a mené des frappes aériennes au Nangarhar et au Paktika en déclarant viser le TTP et l’ISKP, tuant selon lui un commandant opérationnel d’Al-Qaida. Le 16 mars, une frappe a touché l’hôpital de désintoxication Omid à Kaboul, tuant au moins 269 personnes et en blessant 122, majoritairement des patients. L’ISKP est devenu un objet de justification militaire dans un conflit interétatique. Cette dimension est absente du TE-SAT.

Les conséquences politiques

Le débat public se déroule sans les faits

Le TE-SAT est explicitement destiné à informer les responsables politiques, les forces de l’ordre et le grand public. C’est le document que la presse cite, que les parlementaires lisent, qui structure la conversation. Les évaluations de l’INTCEN, elles, sont confidentielles.

La Commission reconnaît elle-même le problème dans ProtectEU en demandant que, lorsque c’est possible, les rapports de tendance, briefs et analyses thématiques d’Europol soient fournis dans des formats non classifiés pour sensibiliser le public aux tendances émergentes en soutien à la détection et à la prévention précoces. C’est l’aveu que le format public actuel ne remplit pas cette fonction.

Le circuit vers l’ONU se tarit

Depuis son plan d’action antiterroriste sur l’Afghanistan de septembre 2021, l’Union prescrit à ses États de soutenir le reporting de haute qualité de l’ONU sur la présence et les actions des groupes terroristes en Afghanistan et de fournir les informations pertinentes au Comité 1267. Ce plan devait être révisé tous les six mois. Rien n’indique publiquement qu’il l’ait été depuis.

Le résultat est mesurable. L’Équipe de surveillance indique avoir adressé des demandes écrites à plus de 50 États membres et organisations internationales, mais avoir reçu moins de réponses que les années précédentes. Elle signale par ailleurs que ses déplacements ont été sévèrement contraints par la crise de liquidités du Secrétariat, et que seuls deux de ses membres ont pu se rendre à Kaboul en novembre 2025, une visite demandée en août et déjà reportée une fois.

L’instrument que l’Europe a décidé de soutenir s’affaiblit pendant qu’elle réduit sa propre communication publique sur le sujet.

La liste 1267 est gelée

La liste des sanctions reste relativement statique, avec 252 individus et 89 entités. L’Équipe de surveillance se dit préoccupée par l’absence persistante de nouvelles inscriptions, une seule en 2025, alors que la liste doit évoluer pour suivre le rythme d’une menace dynamique.

Le contraste avec la rapidité européenne quand la volonté politique existe est net. Le CGRI iranien a été désigné organisation terroriste par l’UE le 19 février 2026, et Europol a coordonné dès le 13 février une action contre les contenus terroristes en ligne qui lui sont liés. Trois mois entre décision et opération. Par ailleurs, The Base demeure le premier et unique groupe d’extrême droite inscrit sur la liste des sanctions terroristes de l’UE. La liste européenne est un instrument politique sélectif, pas un miroir de la menace.

Le paradoxe de la normalisation

Le 16e rapport est catégorique : les autorités de fait continuent de nier qu’un quelconque groupe terroriste ait une empreinte ou opère depuis leur territoire, et cette affirmation n’est pas crédible. Le 37e rapport ajoute qu’aucun État membre ne soutient cette position.

Il documente la protection active : passeports afghans fournis à 18 membres de Jamaat Ansarullah, dont des combattants expérimentés recrutés et payés entre 200 et 300 dollars par mois ; le TTP et ses 6 000 combattants, dont le chef Noor Wali Mehsud passerait du temps à Kaboul, sa famille recevant environ 43 000 dollars par mois ; des armements sophistiqués, fusils d’assaut, vision nocturne, systèmes de tir de précision et drones, fournis par les autorités de fait avec permis d’armes et documents de voyage.

Le TE-SAT ne mentionne pas une fois les taliban. Le débat européen sur la normalisation avec Kaboul se déroule donc sans que le document antiterroriste de référence ne dise quoi que ce soit du rôle des autorités de fait dans l’écosystème terroriste régional.

Conclusion

L’hypothèse d’une occultation par Europol ne tient pas. Le TE-SAT fait ce pour quoi il est conçu : compter des dossiers judiciaires. Il ne peut pas évaluer une capacité.

Mais l’hypothèse de l’angle mort ne tient pas davantage. L’Europe voit. Le Conseil, à vingt-sept, écrivait en décembre 2024 que la capacité de l’ISKP à mener des opérations extérieures en Europe est croissante. La Commission écrivait en février 2026 que son influence grandissante nécessite une surveillance étroite. Le SIAC produit des évaluations. Elles sont classifiées.

Ce qui se joue est un déclassement. Sur sept mois, de décembre 2025 à juillet 2026, l’ONU a documenté un groupe de 2 000 hommes qui entraîne des combattants étrangers au Badakhshan, expérimente l’IA pour la fabrication d’explosifs, conserve l’intention d’opérations extérieures et a envoyé des recrues en Europe. Pendant la même période, l’Union a produit un document public de référence où tout cela tient en une phrase, formulée au conditionnel du désaccord : plusieurs États membres estiment.

La connaissance existe. Elle circule entre chancelleries. Elle ne descend pas jusqu’au citoyen, ni jusqu’au parlementaire qui votera les crédits, ni jusqu’au journaliste qui couvrira le prochain attentat. Ce n’est pas un angle mort. C’est une conversation à huis clos dont le compte rendu public a été vidé.

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DOCUMENTATION

Sources

UNION EUROPÉENNE

Conseil de l’Union européenne

Conclusions du Conseil sur le renforcement des liens externes et internes dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent

Document 16175/24, 16 décembre 2024

data.consilium.europa.eu

Commission européenne

ProtectEU : programme de prévention et de lutte contre le terrorisme

COM(2026) 101 final, 26 février 2026

home-affairs.ec.europa.eu

Europol

European Union Terrorism Situation and Trend Report 2026 (EU TE-SAT)

Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg, 13 juillet 2026, ISBN 978-92-9414-099-9

europol.europa.eu

Coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme

Afghanistan : plan d’action antiterroriste

Document 12315/21, 29 septembre 2021

consilium.europa.eu

 

NATIONS UNIES

Conseil de sécurité

Trente-septième rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions présenté en application de la résolution 2734 (2024) concernant l’EIIL (Daech), Al-Qaida et les personnes et entités qui leur sont associées

S/2026/44, 4 février 2026

Document PDF

Conseil de sécurité

Seizième rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions présenté en application de la résolution 2763 (2024) concernant les taliban et les personnes et entités associées constituant une menace pour la paix, la stabilité et la sécurité de l’Afghanistan

S/2025/796, 8 décembre 2025

documents.un.org

Assemblée générale et Conseil de sécurité

La situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales, rapport du Secrétaire général

A/80/745-S/2026/431, 22 mai 2026, publié le 8 juin 2026

unama.unmissions.org

 

SERVICES NATIONAUX ET RECHERCHE

International Centre for Counter-Terrorism

In Their Eyes: How European Security Services Look at Terrorism

Winkelmuller Real, Rekawek et Renard, La Haye, mai 2025

icct.nl

NCTV et AIVD, Pays-Bas

Terrorist Threat Assessment for the Netherlands

Juin 2025

english.aivd.nl

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