
Contexte : une rupture avec la pratique habituelle
En mars 2026, le Conseil de sécurité avait pris la décision inhabituelle de n’accorder à l’UNAMA qu’une prolongation de mandat de trois mois, au lieu du renouvellement annuel coutumier. Cette décision faisait suite à une demande américaine d’évaluer l’efficacité, les priorités et la capacité de la mission à opérer dans les conditions imposées par le régime taliban. C’est dans ce contexte de remise en cause partielle du format de l’UNAMA que se sont ouvertes les négociations sur le nouveau mandat.
Le vote attendu ce lundi 15 juin 2026
Le Conseil de sécurité doit se prononcer le 15 juin 2026 sur un projet de résolution visant à renouveler le mandat de l’UNAMA pour une durée d’un an, soit jusqu’au 17 juin 2027. Selon Security Council Report, organisation indépendante basée à New York spécialisée dans l’analyse du Conseil de sécurité, ce vote marquerait un retour au cycle annuel habituel.
La révision stratégique : un compromis laborieux
L’un des points les plus débattus concerne la demande faite au Secrétaire général António Guterres de conduire une révision stratégique de l’UNAMA et de remettre des recommandations en vue d’améliorer l’efficacité de la mission. Washington avait plaidé pour une évaluation large, portant sur la pertinence du mandat, ses priorités et son périmètre d’action. Plusieurs membres du Conseil y étaient réceptifs, mais d’autres ont exprimé des réserves, craignant que cet exercice ne génère une incertitude quant à l’avenir de la mission. La Russie, notamment, s’est opposée à toute formulation susceptible de rouvrir le débat sur la viabilité à long terme de l’UNAMA. Le texte final retient une formulation de compromis : la révision serait conduite « en vue de soutenir la mise en oeuvre effective » du mandat.
La question de la terminologie : « autorités de facto » contre « autorités compétentes »
Un autre désaccord majeur a porté sur la manière de désigner les talibans dans le texte de la résolution. Le projet de résolution ne reprend plus l’expression « autorités de facto », jusqu’ici employée pour qualifier le régime taliban, et lui substitue la formule « autorités compétentes » (relevant authorities). Ce changement est le résultat d’un bras de fer entre membres permanents : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont refusé le terme « autorités de facto », estimant qu’il pourrait conférer une forme de légitimité à un régime qui, depuis son retour au pouvoir en août 2021, n’est formellement reconnu par aucun État. La Chine et la Russie avaient, à l’inverse, soutenu le maintien de cette expression, au motif qu’elle reflète la réalité politique en Afghanistan, où les talibans exercent effectivement le contrôle des institutions et du territoire.
Divergences sur le cadre diplomatique
Les négociations ont également révélé des divisions sur la place du processus de Doha, principal cadre onusien d’engagement international sur l’Afghanistan. Plusieurs membres occidentaux ont cherché à préserver les références à ce processus dans le texte final. La Russie, de son côté, a plaidé pour une approche qu’elle qualifie de plus « pragmatique », accordant davantage de poids aux initiatives diplomatiques régionales. Faute d’accord, certaines formulations disputées ont finalement été retirées du texte.
Les droits humains maintenus dans le mandat
Malgré les tensions, le volet droits humains est conservé dans le projet de résolution. Plusieurs membres du Conseil ont oeuvré pour maintenir ou renforcer les dispositions relatives aux droits des femmes et des filles, à la paix et à la sécurité, ainsi qu’aux violences sexuelles et fondées sur le genre. Le texte demande à l’UNAMA de continuer à documenter la situation des droits humains en Afghanistan, y compris ceux des femmes et des enfants, dans un contexte de critiques internationales persistantes contre les restrictions imposées par les talibans en matière d’éducation, d’emploi et de participation à la vie publique.
Enjeux pour l’avenir
Si adoptée, la résolution ne renouvelle pas seulement le mandat de l’UNAMA jusqu’en juin 2027 : elle ouvre également la première révision d’ensemble des priorités et du rôle de la mission depuis plusieurs années, ce qui pourrait redéfinir durablement les modalités d’engagement de l’ONU en Afghanistan.