
En ce Memorial Day, nous rendons hommage aux soldats américains et afghans tombés ensemble dans la même guerre, unis par une mission commune et des valeurs partagées. Plus de 80 000 soldats afghans ont perdu la vie dans ce conflit. Ils se sont battus aux côtés de la coalition pendant vingt ans, et ils sont morts pour un Afghanistan libre. Leur sacrifice mérite d’être nommé aujourd’hui, au même titre que celui de leurs frères d’armes américains, français ou britanniques. Nous pensons aussi à leurs familles, qui portent un deuil que rien ne compense et que le monde a trop vite oublié.
Honorer leur mémoire, c’est aussi refuser de fermer les yeux sur ce qui s’est passé. L’accord de Doha, signé sans que le gouvernement afghan soit à la table, a ouvert la porte aux talibans. Le retrait de 2021 leur a remis les clés du pays. En coupant du jour au lendemain l’aviation, le renseignement et la logistique fournis pendant des années à l’Armée nationale afghane, les États-Unis ont rendu son effondrement inévitable. Ces hommes n’ont pas été vaincus par manque de courage. Ils ont été abandonnés. Leur reprocher de ne pas avoir tenu davantage dans ces conditions est une indécence que l’histoire retiendra.
Cette dérobade n’est pas sans précédent. On pense au Vietnam, livré après des années de sacrifices communs. On pense à l’Ukraine, soutenue jusqu’au moment où ce soutien devient politiquement coûteux. On pense à l’Iran, dont la population attend depuis des décennies un appui qui ne vient pas. Le schéma est toujours le même : des engagements solennels, un retrait brutal, puis des leçons de courage données à ceux qui paient seuls le prix de l’abandon.
Nos articles sur la résistance armée sont peu lus. Ceux sur les droits des femmes, oui. Ceux sur la diplomatie, un peu. Mais dès qu’il s’agit des combattants qui tiennent des positions dans les montagnes du Badakhshan, qui attaquent des convois talibans aux portes de Kaboul, qui maintiennent une ligne de front sans soutien international et presque sans visibilité, le silence s’installe. Comme si la question était réglée. Comme si les talibans allaient rendre le pouvoir d’eux-mêmes, convaincus par une conférence de plus ou un rapport de l’ONU de plus.
Ils ne le feront pas. Et des hommes se battent encore pour que cette évidence ne soit pas la dernière page de l’histoire afghane. C’est pour cela que nous continuons d’en parler.