Sécurité & Conflits
Des forces pakistanaises ont conduit des tirs de mortiers sur Asadabad, capitale de la province de Kounar, contraignant des habitants à fuir leurs domiciles. Ces frappes s’inscrivent dans le conflit ouvert déclenché fin février 2026 après des attentats sur le territoire pakistanais. Islamabad accuse le Taliban de maintenir un environnement permissif pour le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), groupe que l’ONU qualifie de l’un des plus importants opérant depuis l’Afghanistan.
La police Taliban de Baghlan fait état de trois personnes tuées et quatre blessées lors d’une attaque armée à l’intérieur d’une mosquée du district de Khwaja, durant les prières du soir. Les autorités n’ont pas encore identifié les responsables. La province de Baghlan est régulièrement le théâtre de violences impliquant des groupes d’opposition armés — notamment le Front national de résistance — ainsi que des tensions communautaires liées au contrôle des ressources et des routes commerciales.
Des centaines de personnes ont manifesté à Herat lors des funérailles des victimes d’une attaque contre des fidèles chiites, appelant à la protection des lieux de culte et à la liberté de croyance. Un second rassemblement s’est tenu le lendemain pour exiger l’ouverture d’une enquête. La communauté chiite hazara est la principale cible du groupe État islamique – Khorasan (ISKP), qui multiplie les attentats contre des mosquées depuis le retour au pouvoir du Taliban en 2021.
Des chefs tribaux de Kounar et Nuristan ont conclu un accord directement avec des forces pakistanaises à Chitral, sans passer par le Taliban. Islamabad aurait conditionné la réouverture des routes à l’engagement des communautés locales de ne plus accorder de refuge aux combattants du TTP. Cette démarche de jirga inédite reflète l’érosion de l’autorité Taliban dans certaines zones frontalières.
Le vice-ministre Taliban Noor Mohammad Haqqani a déclaré que le groupe ne cherchait pas la guerre mais répondrait à toute attaque contre l’Afghanistan. Ces déclarations interviennent alors que des responsables Taliban auraient exprimé leur inquiétude face aux récentes opérations militaires américaines en Amérique latine, qu’ils interpréteraient comme le signal d’une politique étrangère plus interventionniste de Washington.
Diplomatie & Relations régionales
Les deux pays ont engagé des négociations dans la ville chinoise d’Urumqi, sous médiation de Pékin. L’administration Taliban a déclaré que des progrès « utiles » avaient été réalisés pour mettre fin au conflit. La Chine, premier pays à avoir formellement accepté les accréditations diplomatiques Taliban en juin 2024, s’est imposée comme médiateur clé depuis l’ouverture du conflit déclaré par Islamabad fin février 2026.
Le ministère chinois des Affaires étrangères indique que l’Afghanistan et le Pakistan ont convenu de poursuivre une solution globale à leur conflit, en s’engageant à éviter toute escalade. Cette médiation intervient alors que les autres acteurs régionaux — Qatar, Turquie, Arabie saoudite — se trouvent désormais impliqués dans le conflit irano-américain et ne peuvent plus jouer un rôle d’intermédiaire.
Ishaq Dar est arrivé à Kaboul pour sa première visite officielle depuis sa prise de fonctions. Il est accompagné de Mohammad Sadiq Khan et de plusieurs hauts responsables. Dar doit rencontrer le Premier ministre Taliban Mullah Hassan Akhund, le vice-Premier ministre Baradar et le ministre des Affaires étrangères Muttaqi. Sadiq Khan s’était déjà rendu à Kaboul le même jour pour la septième session du comité de coordination conjoint Afghanistan-Pakistan.
L’Inde a livré 13 tonnes de vaccins contre la tuberculose et de fournitures médicales à l’Afghanistan, en coopération avec l’OMS. Cette livraison s’inscrit dans la politique humanitaire indienne visant à soutenir le peuple afghan directement, en dehors de toute considération politique vis-à-vis du régime Taliban.
L’envoyé pakistanais et les envoyés spéciaux de l’Union européenne pour l’Afghanistan ont échangé sur les menaces terroristes et les perspectives politiques et sécuritaires régionales. Ces discussions se tiennent dans un contexte où l’UE maintient une position attentiste vis-à-vis du Taliban, tout en soutenant le processus de Doha conduit par l’ONU.
Zamir Kabulov, envoyé présidentiel russe pour l’Afghanistan, a déclaré que les tensions entre le Pakistan et le Taliban retardaient des projets régionaux auxquels la Russie participe. La Russie est le seul pays au monde à avoir formellement reconnu l’administration Taliban. Kabulov a indiqué qu’aucune réunion internationale sur l’Afghanistan n’était encore planifiée pour 2026.
Droits humains & Société
La Cour suprême Taliban annonce que cinq personnes — dont une femme — ont été publiquement fouettées dans les provinces de Maidan Wardak et de Zabul pour vol, adultère et relations homosexuelles. Ces châtiments s’inscrivent dans l’application du code pénal adopté en janvier 2026. Depuis 2024, le Taliban a publiquement fouetté plus de 2 000 personnes, dont 291 femmes, selon des recherches d’Afghanistan International.
La Cour suprême Taliban confirme deux flagellations publiques dans les provinces de Badghis et de Nangarhar. Ces sanctions surviennent au lendemain des cinq flagellations à Wardak et Zabul, illustrant le rythme soutenu d’application des châtiments corporels. Le 16 avril, des experts de l’ONU ont adressé une lettre ouverte au Taliban demandant l’abrogation de ce code pénal, le jugeant contraire au droit international.
Des forces Taliban ont arrêté 13 anciens membres des forces de sécurité du gouvernement précédent à Herat, sans explication. Le lendemain, la police de promotion de la vertu a fait une descente à l’Université de Herat, appréhendant plus de vingt étudiants pour violation du code vestimentaire. Ces arrestations reflètent les deux axes de répression Taliban : neutralisation des anciens combattants et contrôle comportemental de la population.
Un rapport d’ONU Femmes indique que moins d’une femme afghane rapatriée sur cinq est en mesure de percevoir un revenu, aggravant la pauvreté et l’insécurité alimentaire. En 2025, près de 900 000 Afghans ont été expulsés du Pakistan seul. ONU Femmes prévient qu’en 2026, les décès maternels pourraient augmenter de 50 % et les mariages d’enfants de 25 %.
Des rapporteurs spéciaux de l’ONU ont adressé une lettre ouverte au Taliban demandant l’abrogation du code de procédure pénale de janvier 2026. Ce texte de 119 articles autorise les maris à punir physiquement leurs femmes, prévoit 20 coups de fouet pour quiconque « insulte » un responsable Taliban, et criminalise le fait de ne pas dénoncer une réunion jugée subversive.
Amir Khan Muttaqi affirme que différents groupes ethniques — Pachtounes, Tadjiks, Hazaras et Ouzbeks — sont représentés au sein de l’administration. Ces déclarations interviennent dans un contexte de critiques de diplomates afghans en exil, qui soulignent la prédominance des Pachtounes fidèles à Akhundzada dans les postes de décision stratégiques.
Humanitaire & Catastrophes
Les autorités Taliban signalent la mort d’au moins trois personnes après que des crues ont frappé un site d’extraction d’or dans le district de Chahr-e-Bozorg (Badakhchan). L’incident survient dans un contexte de catastrophes multiples : des inondations éclairs ont frappé 22 provinces entre le 26 mars et le 6 avril. Le 5 avril, un séisme de magnitude 5,9 a également secoué le Hindu Kush, causant 14 morts à Kaboul.
L’Organisation internationale pour les migrations a distribué tentes et articles non alimentaires à 2 354 familles afghanes : 632 dans le nord, 650 dans le sud, 447 dans l’ouest, 560 dans l’est et 65 dans la région centrale. Le Plan humanitaire 2026 de l’ONU sollicite 1,7 milliard de dollars pour 17,5 millions de personnes — financé seulement à 38 % après la suspension totale de l’aide américaine début 2025.
ONU & Sanctions
Le comité des sanctions de l’ONU a actualisé les informations relatives à quatre responsables Taliban, dont le Premier ministre Mohammad Hassan Akhund et le ministre des Affaires étrangères Amir Khan Muttaqi. Les sanctions comprennent des interdictions de voyage et des gels d’avoirs, mais leur efficacité demeure limitée en l’absence de reconnaissance internationale du gouvernement de facto.
Zabihullah Mujahid a qualifié les sanctions mises à jour de déraisonnables, inefficaces et d’une injustice flagrante contre les Afghans. Il a réitéré la demande Taliban d’être retiré des listes de sanctions internationales, préalable revendiqué à tout rapprochement diplomatique. Le Taliban conditionne sa coopération avec l’ONU à la levée des mesures punitives adoptées depuis août 2021.
En Bref
Accord à Nuristan : routes rouvertes
Des anciens locaux ont conclu un accord permettant la réouverture des routes vers Barg-e Matal et Kamdesh, avec un cessez-le-feu à Chitral. Première fois que des populations afghanes frontalières négocient directement avec Islamabad sans intermédiaire Taliban.
199 prisonniers afghans rapatriés d’Iran
L’Iran a remis 199 prisonniers afghans au passage frontalier de Pul-e Abricham. 484 autres doivent encore être transférés. En échange, le Taliban a libéré deux prisonniers iraniens dans un geste de « bonne volonté ».
Séisme de magnitude 5,9 au Hindu Kush
Le 5 avril, un tremblement de terre a provoqué des effondrements à Kaboul : 14 personnes ont été tuées. Des secousses ont été ressenties dans plusieurs provinces dont Baghlan et Panjshir.
Marchés de change — 16 avril 2026
USD/Afs : 65,05 — EUR/Afs : 74,20 — GBP/Afs : 85,10 — PKR/Afs : 221 — CNY/Afs : 9,51. Le conflit avec le Pakistan continue de peser sur les échanges commerciaux régionaux.