
Selon les médias pakistanais, le Pakistan occupe et clôture en permanence 32 kilomètres carrés de territoire afghan à Gudwana depuis plus d’un mois. L’incident avait été rapporté par les médias arabes il y a quelque temps, mais les talibans avaient tenté de l’étouffer et avaient fait comme si de rien n’était.
La région se situe au sud de l’Hindou Kouch, entre Panchir et Pakistan.
Ses cours d’eau principaux sont les rivières Pech, Kunar et Bachgal (ou Landai Sin River).
Le point culminant de la province est le Mir Samir (en), ou Simirdar, avec une altitude de 5 805 m.
La région compte un parc national, le Parc national du Nouristan (en), créé en 2020.
Ce qui est bien documenté, c’est qu’à la fin février 2026, des sources pakistanaises ont publiquement affirmé que leurs forces avaient franchi la frontière dans la zone de Gudwana, en face du secteur de Zhob, et pris le contrôle de 32 km² à l’intérieur de l’Afghanistan après les combats des 27–28 février. Cette version a été relayée par Arab News, qui cite un responsable sécuritaire pakistanais, et reprise ensuite par Business Recorder. Reuters avait déjà confirmé le 26 février l’existence d’échanges de feu transfrontaliers à plusieurs points de la frontière. (Arab News)
En revanche, la partie la plus spectaculaire du récit, à savoir la “prise permanente”, la clôture complète de la zone et sa transformation en sorte de zone tampon pakistanaise, repose surtout sur des médias et relais pakistanais proches de la narration sécuritaire officielle. Times of Islamabad affirme le 25 mars que les 32 km² auraient été “fenced off” et durablement tenus par le Pakistan, mais le même article reconnaît qu’il n’existe pas de vérification internationale indépendante de ce changement territorial. (TIMES OF ISLAMABAD)
Autre point important : au moment où le Pakistan a revendiqué cette prise de territoire, Arab News écrivait explicitement qu’il n’y avait “pas de confirmation immédiate” de la part des autorités talibanes à Kaboul concernant une perte territoriale à Gudwana. Cela ne prouve pas à lui seul une dissimulation, mais cela montre bien que les talibans n’ont pas fourni de démenti clair et documenté ni d’explication publique transparente sur ce point précis. (Arab News)
L’idée d’un étouffement de l’information n’est pas invraisemblable. Amu TV a rapporté dès le 1er mars puis le 5 mars que les services de renseignement talibans avaient averti les médias afghans de ne pas couvrir les sites frappés par le Pakistan, puis de ne pas rendre compte des frappes visant les positions militaires talibanes. Amu a aussi signalé, le 17 mars, des pressions pour empêcher la publication d’informations sur les pertes militaires. Autrement dit, même sans preuve directe d’un “silence sur Gudwana” ordonné nommément, il existe bien des indices sérieux de contrôle de l’information sur cette guerre frontalière. (Amu TV)
Sur le fond, il faut aussi replacer Gudwana dans une dynamique plus large. Pakistan militarise et clôture la ligne Durand depuis 2017, et selon une étude de l’Afghanistan Analysts Network, la clôture de l’ensemble de la ligne était déjà “presque complète” en 2024. Cette même étude rappelle qu’aucun gouvernement à Kaboul n’a jamais officiellement reconnu la ligne Durand comme frontière légitime. Donc, si le Pakistan a effectivement déplacé puis consolidé sa ligne de contrôle à Gudwana, on n’est pas face à un incident isolé, mais à un durcissement extrême d’une politique frontalière ancienne sur une frontière déjà contestée.
Sur le plan juridique et politique, des experts de l’ONU ont durci le ton le 24 mars. Ils ont estimé que les attaques pakistanaises en Afghanistan violaient l’interdiction du recours à la force posée par la Charte des Nations unies, sauf preuve d’une agression imputable aux autorités talibanes elles-mêmes, et ils ont relevé que le Pakistan n’avait pas publié d’éléments crédibles montrant que les attaques du TTP étaient dirigées ou contrôlées par Kaboul. Si la prise et la clôture de Gudwana sont confirmées par des preuves indépendantes, cela renforcerait encore la qualification d’une pénétration armée suivie d’un contrôle territorial de facto à l’intérieur de l’Afghanistan. (OHCHR)
Donc, en clair : la revendication pakistanaise d’avoir pris 32 km² à Gudwana n’est pas une simple rumeur, elle a été formulée publiquement dès fin février et répétée ensuite. En revanche, l’affirmation d’une annexion durable et clôturée repose encore principalement sur des sources pakistanaises et n’a pas, à ce stade, été confirmée de manière indépendante. Le silence taliban sur une éventuelle perte de territoire est réel dans les sources consultées, et il s’inscrit dans un contexte plus large de restriction médiatique. (Arab News)
Arab News — Pakistan says it seized 32 square kilometers inside Afghanistan
28 février 2026 — Article cité pour la revendication pakistanaise sur Gudwana.
Business Recorder — Strategically significant Ghudwana enclave secured
1er mars 2026 — Reprise pakistanaise de la version d’un contrôle effectif de 32 km².
OHCHR — Afghan–Pakistani border: UN experts urgently call for lasting peace
24 mars 2026 — Cadre juridique et condamnation internationale des violations du droit international.
Afghanistan Analysts Network — The Durand Line and the Fence
Avril 2024 — Rapport de fond sur la ligne Durand, la clôture et les réalités frontalières.
Amu TV — Taliban restrict media coverage of Pakistani strike sites, sources say
1er mars 2026 — Restrictions imposées aux médias afghans après les frappes pakistanaises.
Amu TV — Taliban intelligence warns media against reporting military casualties
17 mars 2026 — Pressions sur les médias au sujet des pertes talibanes et des frappes.
Le Nouristan : « pays de lumière » de l’Afghanistan à l’atmosphère peu commode
15/03/2023

Vidéo GEO France – Afghanistan
Un homme prie au bord de la rivière Parun, à 2500 mètres d’altitude. L’Islam sunnite n’a conquis les vallées du Nouristan qu’à la fin du XIXe siècle. © Sandra Calligaro
Par Anne Chaon
Mis à jour le 9 mai 2023 à 10h28. Initialement publié le 15 mars 2023.
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Les premiers cavaliers aux vestes de laine bouillie, le dos brodé de couleurs vives, sont arrivés à Parun depuis plusieurs jours déjà et paradent dans les sentes pierreuses sur leurs montures parées de sequins et de pompons. Prêts à en découdre. Les distractions sont rares dans cette vallée perchée du nord-est de l’Afghanistan, restée pratiquement coupée du reste du pays par les combats et les embuscades au cours des dernières décennies. Bien que peu éloignée de Kaboul, la région est toujours difficile d’accès. Nous sommes en août 2022 et ce festival, le premier depuis l’accession au pouvoir des talibans il y a tout juste un an, est jour de réjouissances. Avec les compétitions traditionnelles de tir à l’arc, le clou du spectacle, celui qui fait accourir les spectateurs juchés sur les talus autour du terrain et jusque dans les arbres, sera le bouzkachi, ce polo rustique et brutal qui se joue autour de la dépouille d’une chèvre décapitée.
Le Nouristan, accroché au flanc sud de la chaîne de l’Hindou Kouch, entre le Panchir, à l’ouest, et le Pakistan, à l’est, est l’une des plus mystérieuses régions d’Afghanistan. Elle est à l’image du pays, somptueuse, singulière mais pas commode. Longtemps considérée comme la plus violente des 34 provinces, elle demeure à part. Son nom, qui signifie «pays de la lumière» (de l’arabe nur et du persan stan), elle le tient des conquérants qui l’islamisèrent tardivement, à la toute fin du XIXe siècle, après des décennies d’une âpre résistance. Cette lumière, dans l’esprit des vainqueurs, ne devait rien aux rayonnements célestes sur ses pentes vertigineuses, et tout à la révélation de l’Islam enfin triomphant. Auparavant, ce vaste territoire de 25 000 kilomètres carrés – qui s’étendait au-delà de ses limites administratives actuelles – était désigné par les musulmans comme le Kafiristan, le «pays des infidèles» (kafir, en arabe), des païens rétifs et bagarreurs, à la réputation sauvage, récalcitrants aux enseignements du prophète.
Le Nouristan, une terre de l’Islam sunnite
Une terre qui inspira en 1888 à Rudyard Kipling une nouvelle, L’homme qui voulut être roi. Le premier Européen à s’y rendre fut un agent britannique de l’empire des Indes, Sir John Scott Robertson, en 1889. Son récit, minutieux – The Kafir of the Hindu Kush (non traduit) – reste pour les spécialistes la meilleure source d’information sur la région. Il relève que «les infidèles n’ont pas de nom particulier pour désigner leur pays» et que chaque vallée a non seulement sa langue, mais des coutumes différentes : «Leur seul point commun, c’est qu’ils sont tous non-musulmans.» Un siècle plus tard, les Nouristanis se plient sans réserve aux préceptes de l’Islam sunnite qu’ils observent avec rigueur, mais sans le zèle excessif des talibans. Les femmes, peu présentes dans l’espace public, portent un empilement de jupes et de voiles dont elles recouvrent leur visage en présence de tout homme étranger au premier cercle familial. La burqa reste néanmoins largement usitée dès qu’elles s’éloignent de leur foyer.
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