Comptes factices et féminins des talibans, machine de déni des réalités et assassinats d’anciens militaires

Rapport exclusif

Les résultats d’une enquête de l’agence de presse Bazgasht montrent que l’appareil de propagande du groupe taliban sur les réseaux sociaux a créé des milliers de comptes factices avec des suffixes pentchéri, bamiani, badakhchani, mazari et des noms féminins. Les résultats indiquent que les services de renseignement talibans poursuivent plusieurs objectifs en créant ces comptes. Selon les résultats, ces comptes ne sont pas seulement des outils de propagande, mais une machine de déni des informations réelles et des rapports documentés sur les crimes de ce groupe en Afghanistan. Selon les informations obtenues, les comptes factices réagissent de manière coordonnée au nom de citoyens pour rejeter et discréditer les nouvelles et rapports publiés dans les médias concernant la torture, les arrestations, la corruption, les meurtres de civils et d’anciens militaires. Les opérateurs de ces comptes, que les talibans appellent « qalamwal » (écrivains), laissent des « commentaires » sous les nouvelles publiées pour montrer que l’information diffusée par ce média est fausse et éloignée de la vérité.

D’autre part, les services de renseignement talibans identifient via ces mêmes comptes les anciens militaires et ceux qui ont une opinion opposée à ce groupe. Les résultats montrent que récemment la direction générale du renseignement de ce groupe a lancé une adresse internet intitulée « Mobilisation des anciens militaires ». En utilisant cette fausse adresse, ils recueillent toutes les informations des anciens militaires du gouvernement précédent qui souhaitent rejoindre ce mouvement, avec la promesse d’enregistrement, puis les arrêtent et les tuent.

L’identification des anciens militaires par ces comptes ne se limite pas à l’Afghanistan, mais dans les pays d’Iran et du Pakistan, cette tactique piège également les anciens militaires et les assassine.

L’armée fantôme des talibans dans l’espace virtuel

Une source de la direction générale du renseignement des talibans a déclaré à l’agence Bazgasht que dans la structure officielle de chaque ministère de ce groupe, jusqu’à 150 personnes agissent en tant que « qalamwal » derrière ces comptes factices. Selon la source, ces personnes ont pour mission de publier quotidiennement des dizaines de textes, d’avis et de réactions coordonnées sur Facebook, X et TikTok ; des réactions fausses écrites au nom de citoyens ordinaires mais au service de l’agenda taliban.

La source ajoute que ces comptes s’activent de manière ciblée sous tous les rapports traitant de la torture, des meurtres, de la répression, du terrorisme des anciens militaires et des violations des droits humains, et qualifient les médias de « menteurs » et les rapports de « fabriqués par l’ennemi » avec un langage de déni. Dans le cas le plus récent de ces comptes factices, toutes les nouvelles concernant l’augmentation sans précédent des prix des denrées alimentaires en Afghanistan après la fermeture de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan ont été qualifiées de fausses et éloignées de la vérité. Alors que les réalités sur le terrain montrent que le prix des matières premières alimentaires en Afghanistan, en particulier dans la capitale, a fortement augmenté, avec une hausse allant jusqu’à mille afghanis pour chaque sac de riz de 25 kilos.

Selon la source, l’objectif principal des talibans est de contrôler l’opinion publique, de discréditer la vérité et de briser la confiance du public envers les médias indépendants et les réalités existantes en Afghanistan.

Penchir, Bamyan et Badakhchan ;
Ingénierie identitaire pour déformer la réalité

Les résultats montrent que l’appareil de propagande taliban utilise spécialement des suffixes géographiques sensibles et des noms féminins attrayants. Des comptes portant les noms pentchéri, bamiani, badakhchani et mazari s’activent précisément sous les nouvelles faisant référence à la violence des talibans dans ces mêmes régions. Lorsqu’un rapport sur la torture de civils à Penchir est publié, un compte avec l’identité « pentchéri » le rejette ; une méthode calculée pour faire passer le message que « les habitants eux-mêmes » ne croient pas ces récits.

Par ailleurs, des sources de la direction de l’information et de la culture des talibans à Penchir ont déclaré à l’agence Bazgasht que cette direction a employé des dizaines d’habitants de Penchir, Parwan et Kapisa, principalement des étudiants, avec un salaire mensuel de 5 000 afghanis. Ces personnes travaillent sous des pseudonymes et ont des réunions régulières en secret avec le chef de l’information et de la culture des talibans dans cette province. La source a confirmé que ce processus est géré sous la direction directe des services de renseignement de ce groupe.

Selon les experts, ce que le groupe taliban a construit dans l’espace virtuel n’est pas seulement une campagne de propagande, mais une structure organisée de tromperie, de répression et d’élimination. Ce réseau factice montre que le groupe taliban n’est pas un gouvernement, mais un groupe terroriste avec des outils modernes de guerre psychologique ; un groupe qui considère la vérité comme son ennemi et la conscience comme une menace pour sa survie.

Les talibans et l’exploitation instrumentale de l’identité des femmes

Une autre partie de ce réseau fictif est constituée de comptes aux noms féminins ; des comptes qui, sur X et Facebook, comptent des milliers d’abonnés et s’emploient à blanchir le groupe taliban. Ces comptes parlent de « sécurité » et de « tranquillité » alors que les femmes afghanes sont totalement privées d’éducation, de travail et de présence sociale. Les résultats montrent que le contenu de ces comptes est souvent copié, coordonné et tiré des pages officielles du groupe taliban.

Les activistes des médias affirment que l’utilisation instrumentale de l’identité des femmes n’est pas seulement une action immorale, mais aussi une tentative délibérée de blanchir un régime fondé essentiellement sur l’exclusion des femmes.

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