L’asile pour les Afghans refoulés ou pour les terroristes ?

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La Lettre d’Afghanistan

L’asile pour les Afghans refoulés ou pour les terroristes ?

Kaboul annonce un cadre légal pour accueillir des demandeurs d’asile. La question est de savoir qui, au juste, l’Émirat cherche à protéger.

Le 15 juillet 2026, le ministère des Réfugiés de l’Émirat a annoncé avoir finalisé un projet de loi sur l’asile. Le texte doit être transmis au ministère de la Justice. Aucun détail n’a été rendu public. Dans un pays d’où plus de deux millions et demi de personnes ont été expulsées pour la seule année 2025, l’initiative mérite qu’on s’y arrête.

Il y a d’abord l’ironie brute des chiffres. L’Afghanistan reste l’un des premiers pays producteurs de réfugiés au monde. Depuis août 2021, des millions d’Afghans ont fui vers l’Iran, le Pakistan, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie. En 2025, l’Iran et le Pakistan ont à eux seuls renvoyé de force plus de 2,6 millions de personnes vers ce pays, dont environ 60 pour cent de femmes et d’enfants. Que le régime qui provoque cet exode se dote d’une loi pour accueillir des demandeurs d’asile relève d’une inversion difficile à lire autrement que comme un geste de communication à destination des chancelleries.

Le vice-ministre des Réfugiés, Abdul Rahman Rashid, a précisé que la loi reposerait sur les principes islamiques et de la charia, et qu’un comité spécialisé en avait rédigé le texte. Cette référence à la charia n’a rien d’anodin. Elle définit à l’avance le champ des bénéficiaires possibles. Une loi d’asile taxée d’universalité protège quiconque fuit la persécution. Une loi d’asile indexée sur l’interprétation talibane de la charia protège ceux que l’Émirat juge dignes de l’être. La distinction n’est pas rhétorique. Elle détermine tout.

Qui l’Émirat cherche-t-il à protéger

C’est ici que l’analyse doit avancer avec prudence, mais sans naïveté. Le texte de la loi n’étant pas connu, nul ne peut affirmer qu’elle vise explicitement les combattants étrangers. Mais le contexte dans lequel elle apparaît autorise une lecture inquiète. Selon le rapport annuel de l’Équipe de surveillance des sanctions de l’ONU, publié en décembre 2025, l’Émirat étend son offre de sanctuaire aux groupes terroristes à visées régionales et internationales, continuant de laisser Al-Qaïda et le TTP opérer sur son sol. L’ETIM, aligné sur Al-Qaïda, y compte des centaines de membres, actifs au Badakhshan, à Faryab, à Kaboul et au Nuristan.

Dès décembre 2024, des représentants du Parti islamique du Turkestan ont discuté avec les taliban du transfert de combattants ouïghours depuis la Syrie vers l’Afghanistan. La question du statut de ces hommes se pose donc concrètement. Un cadre légal d’accueil pourrait, dans les faits, régulariser une présence que l’Émirat s’était engagé à ne plus tolérer. Car en février 2020, à Doha, les taliban avaient promis d’empêcher sur leur territoire le recrutement, l’entraînement, le financement, l’hébergement, mais aussi l’abus de l’asile et l’usage frauduleux de documents de voyage. Une loi d’asile lue à la lumière de cet engagement en devient l’exact renversement.

Institutionnaliser ce qu’on avait juré d’empêcher : tel pourrait être le sens caché d’un texte présenté comme humanitaire.

Cette lecture est une hypothèse, et il faut la nommer comme telle. Rien dans les déclarations officielles ne confirme une intention de couverture. Mais l’Émirat a une pratique documentée du sanctuaire, un précédent d’engagement violé, et une population de combattants étrangers dont le statut juridique reste flou. Réunis, ces trois éléments suffisent à justifier la vigilance.

Un message aux capitales occidentales

Le calendrier compte aussi. L’annonce intervient alors que l’engagement diplomatique avec l’Émirat s’intensifie. En juin 2026, l’Union européenne recevait à Bruxelles une délégation talibane pour discuter du renvoi des demandeurs d’asile afghans déboutés. Kaboul cherche la reconnaissance, et sait qu’un vernis d’État de droit, une loi ici, un comité là, sert cette ambition. Une loi d’asile fait bien dans le dossier d’un régime qui plaide sa normalisation. Elle donne aux capitales qui veulent renvoyer les Afghans un argument commode : puisque l’Émirat légifère sur l’asile, il serait devenu un pays où l’on peut retourner sans risque.

C’est précisément le raisonnement qu’il faut refuser. Un régime qui bannit les filles de l’école au-delà de douze ans, qui traque les réseaux d’enseignement clandestin, qui persécute les anciens de l’armée nationale, ne devient pas un havre parce qu’il rédige un texte sur l’asile. La loi ne mesure pas la réalité qu’elle prétend encadrer. Elle mesure ce que le régime veut donner à voir. Et ce qu’il veut donner à voir, en ce mois de juillet 2026, c’est un État. Le nôtre est de rappeler que derrière le mot, rien n’a changé pour ceux qui fuient.

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SOURCES
L’asile pour les Afghans refoulés ou pour les terroristes ?
DID Press Agency
Taliban Finalize Draft Asylum Law
15 juillet 2026. Annonce du ministère des Réfugiés, déclarations d’Abdul Rahman Rashid, référence à la charia, absence de détails publiés.
The Afghan Digest (Mina)
The Week of July 13-19
Comité spécialisé, réunion inter-institutions du 15 juillet, transmission au ministère de la Justice.
Amnesty International
Forced returns to Taliban rule must end
16 décembre 2025. Plus de 2,6 millions d’expulsions depuis l’Iran et le Pakistan en 2025, dont 60 pour cent de femmes et d’enfants. Persécution des anciens de l’ANDSF.
The Diplomat
Afghanistan Under Taliban Rule Makes the World Less Safe
20 février 2026. Rapport annuel de l’Équipe de surveillance des sanctions de l’ONU (décembre 2025) : sanctuaire élargi à Al-Qaïda et au TTP.
South China Morning Post
ETIM remains active in Afghanistan, UN report says
ETIM aligné sur Al-Qaïda, centaines de membres au Badakhshan, Faryab, Kaboul et Nuristan.
Atlantic Council
ISIS has its sights set on a new potential ally
30 septembre 2025. Discussions de décembre 2024 entre le TIP et les taliban sur le transfert de combattants ouïghours depuis la Syrie.
ICCT (International Centre for Counter-Terrorism)
Recognition and the Taliban’s International Legal Status
Accord de Doha (février 2020) : engagement à empêcher recrutement, hébergement, abus de l’asile et usage frauduleux de documents de voyage.
Al Jazeera
EU to hold migration meeting with Taliban officials in Brussels
23 juin 2026. Réunion UE-taliban à Bruxelles sur le renvoi des demandeurs d’asile afghans déboutés.
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