
Rapport de l’ONU sur l’Afghanistan sous les Talibans
Daoud Naji, chef du comité politique de l’Afghanistan Freedom Front (AFF, groupe de résistance anti-taliban et hazara), résume dans ce post un rapport de l’ONU sur l’Afghanistan sous les Talibans : 8 % d’inflation alimentaire, un tiers de la population en insécurité alimentaire aiguë, environ 30 000 prisonniers, assassinats ciblés militaires et fonctionnaires, et près de 3 000 incidents de sécurité en trois mois.
Afghanistan : les taliban n’assurent pas la sécurité des Afghans, ils la menacent
Le Secrétaire général des Nations unies a rendu public le 9 septembre son nouveau rapport sur l’Afghanistan (A/81/363, S/2026/724). Le document couvre en principe la période du 22 mai au 9 septembre 2026. Dans les faits, les données de sécurité s’arrêtent presque toutes au 31 juillet, et le mois d’août est absent. Le constat reste clair : entre le 1er mai et le 31 juillet, l’ONU a recensé 2 947 atteintes à la sûreté et à la sécurité, soit 11 % de plus que l’année précédente. Cinq ans après leur retour au pouvoir, les taliban n’ont pas apporté la sécurité aux Afghans. Ils en sont souvent la première menace.
Un rapport qui détaille la résistance et résume les assassinats
Le rapport consacre un long paragraphe aux groupes armés opposés aux taliban. Il en nomme quatorze et compte 88 incidents revendiqués dans 21 provinces, dont 55 confirmés. Il décrit leurs cibles : postes de contrôle, installations militaires, agents du ministère de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice. Il détaille deux opérations au Badakhchan. Le 17 juillet, le Front des soldats de la patrie (Sepah-e Mihan) a pris pour un temps des bâtiments administratifs à Yaftali Sufla. Le 24 juillet, le Front pour la liberté de l’Afghanistan (AFF) a attaqué un poste de contrôle à Zebak. Le rapport n’attribue aucune victime civile à ces groupes. Leurs cibles sont l’appareil militaire et répressif du régime.
Les assassinats qui frappent la population tiennent au contraire en une seule phrase. L’ONU relève au moins 12 homicides d’anciens responsables et de membres des anciennes forces de sécurité, 13 arrestations arbitraires et 3 cas de torture, en violation de l’amnistie annoncée par les taliban en août 2021. Aucun nom, aucun lieu, aucune date. Les meurtres commis par des « hommes armés inconnus », les disparitions et les corps retrouvés dans les provinces ne figurent pas dans le texte. La Lettre d’Afghanistan et les médias afghans indépendants les recensent pourtant semaine après semaine.
Le déséquilibre est net. Une embuscade contre un poste taliban est datée, située et attribuée. Un ancien soldat abattu devant sa maison devient une unité dans un total. Cette présentation laisse penser que la violence en Afghanistan vient surtout de l’opposition armée. Or la violence quotidienne vise d’abord les civils, et une grande partie vient du régime lui-même.
Un régime qui tire sur sa population
Le rapport en donne plusieurs exemples. Les 8 et 9 mai, dans le district d’Argo au Badakhchan, des habitants ont protesté contre la destruction de leurs champs de pavot. Les forces taliban ont tiré pour les disperser. Un garçon et un homme sont morts en fuyant.
Les 6 et 7 juin à Hérat, la police et les agents de la Vertu et du Vice ont arrêté au moins 30 femmes pour leur tenue vestimentaire. Le 9 juin, des femmes et des hommes ont manifesté contre ces arrestations. Des hommes des forces taliban en civil les ont frappés puis ont tiré sur eux. Un garçon a été tué, au moins quatre personnes ont été blessées et au moins 17 manifestants ont été arrêtés. En juillet, les arrestations de femmes ont repris dans la même ville.
La liste continue. L’ONU compte 21 châtiments corporels entre mai et juillet, infligés à 8 femmes et 13 hommes, sans aucune annonce officielle. Trois journalistes ont été détenus par les services de renseignement, pendant 19 jours à deux mois, et deux médias ont été suspendus. Entre avril et juin, 23 incidents ont visé le personnel, les biens ou les locaux humanitaires, dont la détention de 21 travailleurs humanitaires. Le ministère de la Vertu et du Vice est impliqué dans 40 incidents contre l’aide, dont 27 dans la seule province d’Hérat, où au moins huit espaces réservés aux femmes et aux filles ont été fermés.
Un territoire que les taliban ne protègent pas
Les taliban affirment contrôler tout le pays. Ils ne protègent pourtant ni les villages frontaliers, ni les villes, ni les enfants.
Entre avril et juin, les hostilités avec le Pakistan ont fait 399 victimes civiles en Afghanistan : 57 morts et 342 blessés. Le 28 juin, des frappes pakistanaises sur les provinces de Kounar, de Paktika et de Paktiya ont tué 28 civils et en ont blessé 189. Dans la province de Paktiya, la seconde frappe a touché des habitants venus secourir les victimes de la première. Les tirs d’artillerie pakistanais frappent régulièrement des districts de Paktiya, de Khost, de Paktika, du Nourestan et de Kounar. La réponse des taliban a pris la forme de frappes de drones au Pakistan le 30 juin et d’affrontements à la frontière en juillet, à Kandahar, au Nangarhar et en Paktiya. Aucune de ces actions n’a protégé les civils afghans, qui continuent de payer le prix de la présence des groupes que le régime héberge. L’équipe de surveillance des sanctions de l’ONU rappelle d’ailleurs que de nombreux États fournissent des preuves de la présence de groupes terroristes protégés sur le sol afghan.
L’État islamique au Khorassan reste actif. Il a revendiqué une attaque contre un poste militaire à Waygal, au Nourestan, le 30 juin, et l’assassinat d’un responsable taliban près de Faïzabad le 29 juillet. Le 5 juin, un kamikaze s’est fait exploser à Kaboul devant une école de garçons, près de la résidence d’un vice-gouverneur. L’attentat n’a pas été revendiqué et le rapport ne donne aucun bilan.
Les enfants sont les premières victimes. Entre avril et juin, l’ONU a confirmé 280 violations graves contre au moins 220 enfants. Les meurtres et les mutilations représentent 77 % de ces violations, et les engins explosifs en restent la première cause. Le 8 juin, à Barmal, dans la province de Paktika, un engin non explosé a fait 13 victimes, dont 10 enfants. Dans le même temps, les capacités de déminage ont baissé de 38 %. En juin, 65 des 235 appels d’urgence reçus par le service de déminage sont restés sans réponse immédiate.
S’y ajoutent des conflits violents autour des ressources au Badakhchan, à Baghlan et à Sar-e Pol, et 64 incidents visant directement le personnel de l’ONU en trois mois.
L’ordre, pas la sécurité
Le rapport parle d’une « apparente stabilité » qui cache une accumulation de risques. Le mot « apparente » est juste. Les taliban présentent leur contrôle du territoire comme une paix retrouvée. Les chiffres de l’ONU disent autre chose : une insécurité en hausse, des civils tués par les forces du régime, des femmes arrêtées pour leurs vêtements, des manifestants pris pour cibles, des enfants mutilés par des explosifs qu’aucun service ne vient plus retirer.
Le régime surveille jusqu’à ses propres fonctionnaires, à qui le chef des taliban a interdit les smartphones à partir du 16 juin. Il sait contrôler. Il ne sait pas protéger. Un pouvoir qui tire sur ceux qu’il gouverne et laisse ses villages sous les bombes n’assure pas la sécurité de ses citoyens. Il impose un ordre, et cet ordre se paie en vies afghanes.