
Le 25 août 2026, l’UNICEF a annoncé que 3,7 millions d’enfants afghans souffrent de malnutrition aiguë. Un million d’entre eux sont en danger de mort. Cette situation n’est pas due au hasard. Elle a quatre causes précises, qui sont toutes le résultat de décisions humaines.
LES CHIFFRES
Tajudeen Oyewale, représentant de l’UNICEF en Afghanistan, a présenté ces données lors d’un point presse à Genève. Depuis janvier 2026, plus de 500 000 enfants ont été admis dans des structures de santé pour malnutrition. Les cas les plus graves, ceux qui s’accompagnent de complications médicales, sont passés de 6 000 en juillet 2025 à plus de 8 000 en juillet 2026.
Les enfants de moins de deux ans représentent plus de 80 % des cas graves. Près de 40 % des enfants hospitalisés pour malnutrition sévère avec complications ont moins de six mois. Les mères sous alimentées donnent naissance à des enfants de faible poids, qui survivent difficilement sans service de néonatalogie.
Dans certaines provinces du sud, les hôpitaux reçoivent trois à quatre enfants sévèrement dénutris pour un seul lit disponible.
« ce million d’enfants risquent de mourir »
TAJUDEEN OYEWALE, UNICEF, KABOUL, 25 AOÛT 2026
1. LE MANQUE DE FINANCEMENT
Le programme de nutrition de l’UNICEF en Afghanistan a besoin de 180 millions de dollars pour 2026. Il n’est financé qu’à 22 %.
Les conséquences sont concrètes. Plus de 100 centres spécialisés dans le traitement de la malnutrition sévère ont fermé cette année. Des centaines d’autres structures destinées aux enfants et aux femmes enceintes ont perdu leur financement. Quand un centre ferme, les familles pauvres ne se rendent pas dans un autre établissement, souvent trop loin et trop cher à atteindre. Elles restent chez elles. Les décès qui suivent ne sont comptabilisés nulle part.
2. LES RETOURS FORCÉS
Depuis 2023, six millions de personnes sont rentrées en Afghanistan depuis l’Iran et le Pakistan. Plus de la moitié sont des enfants. Il s’agit dans la plupart des cas d’expulsions et non de retours volontaires.
Ces personnes arrivent sans logement, sans terre et sans revenu, dans un pays où le Programme alimentaire mondial recense déjà près de 14 millions de personnes en situation de faim aiguë, sur une population de plus de 45 millions d’habitants. Chaque vague d’expulsion se traduit quelques mois plus tard par une hausse des admissions dans les centres nutritionnels des provinces frontalières.
3. LA FERMETURE DE LA FRONTIÈRE PAKISTANAISE
Le conflit entre Kaboul et Islamabad a entraîné la fermeture quasi totale de la frontière terrestre entre les deux pays depuis octobre 2025. Cette fermeture a désorganisé les routes d’acheminement de l’aide humanitaire, qui passaient en grande partie par le Pakistan.
Les aliments thérapeutiques destinés aux enfants dénutris sont donc bloqués ou retardés. Le régime taliban connaît ce coût sanitaire et a choisi de le maintenir.
4. L’INTERDICTION FAITE AUX FEMMES DE SE FORMER AUX MÉTIERS DE LA SANTÉ
C’est la cause la moins citée, et elle est propre à l’Afghanistan. Fin 2024, sur ordre du chef suprême relayé par le ministère de la Santé, les femmes ont été interdites d’accès aux formations médicales. Environ 35 000 étudiantes, réparties dans plus de 150 instituts privés et une dizaine d’écoles publiques, ont été renvoyées. Elles se formaient aux métiers d’infirmière, de sage femme, de laborantine et d’assistante dentaire.
En Afghanistan, un soignant homme ne peut pas examiner une femme sans la présence d’un membre masculin de sa famille. La présence d’une soignante conditionne donc l’accès aux soins. Moins de sages femmes signifie moins de suivi de grossesse, donc plus de nourrissons de faible poids, donc plus de cas de malnutrition sévère chez les moins de six mois.
ONU Femmes estime que le pays pourrait perdre plus de 25 000 enseignantes et professionnelles de santé d’ici 2030 si ces restrictions se maintiennent. L’Afghanistan a déjà l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, avec une femme qui meurt toutes les deux heures de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Des experts des Nations unies avaient averti, dès l’annonce de la mesure, qu’elle entraînerait des décès de femmes et d’enfants.
CE QU’IL FAUDRAIT FAIRE
L’aide nutritionnelle d’urgence doit être financée immédiatement et sans conditions. Un enfant de dix huit mois en malnutrition sévère ne peut pas attendre l’issue d’un débat diplomatique.
Mais le financement de long terme du système de santé afghan pose une autre question. Reconstruire un système dont la moitié du personnel potentiel est exclue