Trente·huitième rapport de l'équipe de soutien analytique et de surveillance des sanctions (régime 1267/1989/2253, ISIL·Daech, Al·Qaïda et entités liées). Document S/2026/651, transmis par lettre du 6 août 2026, publié le 10 août 2026. Période couverte : 16 décembre 2025 au 9 juin 2026.
Rapport S/2025/482, équipe de surveillance, Comité 1988. Effectifs des combattants étrangers en Afghanistan, juillet 2025.
UN report : Taliban unable to suppress terrorist threat in Afghanistan, 13 août 2026. amu.tv/249882
The Military Balance 2026. Effectifs des forces sous commandement taliban, environ 150 000, février 2026.
Les jeunes aux côtés d’Al-Qaïda, du TTP et de Daech :
Comment les talibans ont-ils transformé l’Afghanistan en un terrain de rassemblement pour les terroristes internationaux ?
Auteur : Yima Jalaluddin pour Bazgasht News
Un récent rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les activités de Daech, d’Al-Qaïda et des groupes qui leur sont liés, a une fois de plus placé l’Afghanistan au centre des préoccupations sécuritaires régionales. Le 38e rapport de l’équipe de soutien analytique et de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité, publié le 10 août 2026, fait état de la présence et des activités continues de réseaux terroristes en Afghanistan, du transfert d’un certain nombre de combattants étrangers vers ce pays et du maintien des capacités opérationnelles de certains groupes.
Parmi les conclusions de ce rapport, l’affirmation selon laquelle un grand nombre de combattants du groupe al-Shabaab en Somalie se sont rendus en Afghanistan, la présence d’éléments liés à Al-Qaïda, à Daech-Khorasan, au mouvement islamique du Turkestan oriental et à d’autres groupes armés, ainsi que le soutien des talibans au Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP), revêtent une importance particulière.
Ce rapport est bien entendu basé sur des informations et des évaluations fournies par les États membres de l’ONU. La juxtaposition des conclusions du rapport avec les événements sur le terrain et les rapports régionaux soulève une question sérieuse : l’Afghanistan est-il en train de redevenir un terrain de rassemblement et de reproduction de réseaux armés transfrontaliers ?
- Al-Shabaab, d’Afrique de l’Est à l’Afghanistan : un autre signe de la nature transfrontalière de la crise terroriste.
L’un des points importants du rapport du Conseil de sécurité est la mention du déplacement d’un grand nombre de combattants et de commandants d’al-Shabaab de Somalie vers l’Afghanistan. Le document ne fournit pas de détails précis sur le nombre de ces personnes, leurs itinéraires d’entrée ou leurs lieux de résidence ; cependant, le simple fait de mentionner un tel déplacement indique que les développements en Afghanistan ne peuvent être analysés que dans le cadre d’une crise interne.
Al-Shabaab est l’un des groupes les plus importants liés à Al-Qaïda en Afrique de l’Est. Si le transfert de membres de ce groupe vers l’Afghanistan est confirmé et se poursuit à l’avenir, cela pourrait être le signe de liens transfrontaliers entre les réseaux extrémistes et de l’attrait de l’Afghanistan en tant qu’abri pour une partie des forces extrémistes internationales.
Dans le même contexte, le rapport du Conseil de sécurité mentionne également l’arrivée en Afghanistan d’un certain nombre de personnes liées à d’autres groupes en provenance de Syrie.
- Daech-Khorasan
Le Conseil de sécurité considère toujours Daech-Khorasan comme la plus grande menace terroriste pour la région. Ce groupe a subi des pertes importantes ces dernières années en raison des opérations menées au Pakistan, mais le rapport indique qu’il a conservé sa capacité à mener des attaques en dehors de l’Afghanistan.
La diminution des attaques de Daech-Khorasan en Afghanistan, parallèlement à l’augmentation de son activité au Pakistan, ne signifie pas nécessairement la destruction de ce groupe. Le rapport parle d’une phase de reconstruction de Daech-Khorasan, une phase qui pourrait inclure le recrutement de nouveaux membres, la formation, le déplacement de réseaux et le développement de capacités opérationnelles.
L’accès de ce groupe à de nouveaux équipements en Afghanistan, notamment des drones, des dispositifs de vision nocturne et des caméras thermiques, est une autre source de préoccupation.
Le transfert d’une partie des forces de Daech-Khorasan vers le nord de l’Afghanistan et la dispersion des centres de formation dans les régions méridionales et frontalières de l’Afghanistan montrent également que les frontières géographiques ne constituent pas un obstacle insurmontable pour les réseaux armés.
L’attaque suicide contre un restaurant chinois à Kaboul en janvier et l’attaque mortelle contre un lieu de pèlerinage chiite à Hérat en avril sont pertinentes dans ce contexte ; ces attaques montrent que, même dans des conditions de réduction de certaines opérations, la capacité de violence de Daech-Khorasan reste intacte. Bien que les médias pensent que certaines de ces opérations contre les chiites sont menées par les talibans eux-mêmes, et que, en raison d’une certaine affinité qui existe entre ce groupe et Daech, le groupe Daech revendique la responsabilité de ces actes.
Les jeunes aux côtés d’Al-Qaïda, du TTP et de Daech :
Comment les talibans ont-ils transformé l’Afghanistan en un terrain de rassemblement pour les terroristes internationaux ?
- Al-Qaïda : un réseau préservé et renforcé en Afghanistan
L’un des messages les plus importants du rapport du Conseil de sécurité est que Al-Qaïda est toujours présent en Afghanistan. Des rapports avaient déjà été publiés à plusieurs reprises concernant la présence d’Al-Qaïda, y compris de Hamza ben Laden, le fils d’Oussama, dans certaines parties de l’Afghanistan. Quoi qu’il en soit, bien que ce groupe ait une structure différente de celle de son apogée, ses réseaux affiliés, ainsi que ses relations idéologiques et opérationnelles, restent actifs.
Ce rapport récent mentionne la présence de dirigeants d’Al-Qaïda dans le sous-continent indien, à Kaboul, et indique que des cartes d’identité afghanes auraient été délivrées à des membres de ce réseau. Si cette évaluation est correcte, cela ne se limite pas à offrir un refuge à quelques individus ; cela pourrait indiquer une relation organisée entre les éléments des réseaux d’Al-Qaïda et les structures dirigeantes en Afghanistan.
De plus, le soutien médiatique d’Al-Qaïda au Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) est très important. En avril, pour la première fois, le fondation Al-Sahab, le média officiel d’Al-Qaïda, a publiquement soutenu le TTP dans ses opérations contre le Pakistan.
- Le TTP : un maillon entre la crise afghane et pakistanaise
Peut-être qu’aucun groupe n’a autant joué un rôle direct dans le lien entre la politique des talibans afghans et la crise de sécurité pakistanaise que le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP).
Le Conseil de sécurité indique que les talibans afghans ont continué à apporter un soutien important au TTP, et que l’augmentation des attaques de ce groupe contre le Pakistan a exacerbé les tensions entre les deux pays. Le rapport indique également qu’environ deux mille combattants du TTP et leurs familles ont été transférés de régions proches de la frontière pakistanaise vers des régions intérieures de l’Afghanistan.
Parallèlement, le rapport fait état d’avertissements non publics d’Hibatullah Akhundzada aux dirigeants du TTP, soulignant la nécessité de cesser les attaques contre le Pakistan, et suggérant que, dans le cas contraire, le soutien des talibans pourrait être retiré.
Cette situation crée une contradiction importante : d’une part, les talibans cherchent à se présenter comme un gouvernement stable en Afghanistan et un acteur régional responsable, mais, d’autre part, leurs relations avec des groupes qui combattent des pays voisins restent l’un des principaux facteurs de méfiance régionale.
- Le nord et l’est de l’Afghanistan : de Badakhshan à Wakhan, de nouvelles préoccupations
Le rapport du Conseil de sécurité contient également des points importants concernant le mouvement islamique de l’Asie centrale (IMU). Selon l’évaluation, ce groupe s’est de nouveau concentré à Badakhshan, en particulier dans le corridor de Wakhan, et a établi des bases à Kunduz.
Badakhshan est d’une importance capitale en raison de sa situation géographique particulière. Cette province est liée géographiquement au Tadjikistan, à la Chine et au Pakistan, et tout déploiement de réseaux armés dans cette région peut accroître les préoccupations des pays voisins.
Parallèlement, des rapports sur le terrain font état de combats armés à Zibak, dans le district de Badakhshan, ce qui donne une image plus complexe de la situation sécuritaire de cette province. Dans l’un des rapports publiés, le Front de libération de l’Afghanistan, en collaboration avec d’autres groupes, a déclaré avoir ciblé des forces étrangères soutenant les talibans sur la route de Zibak, tuant ou blessant cinq personnes.
Si la présence de forces étrangères dans de tels endroits est confirmée, cela indiquerait des dimensions transfrontalières de la crise sécuritaire afghane.
- L’Afghanistan et l’accumulation de groupes extrémistes armés
En plus du rapport du Conseil de sécurité, des listes de plus de 20 groupes armés et terroristes qui seraient présents en Afghanistan ou dans les régions environnantes ont été publiées. Ces groupes sont actifs et disposent de capacités opérationnelles indépendantes en Afghanistan.
Cependant, la principale préoccupation demeure. La présence de réseaux d’Asie centrale, du Pakistan, de la Chine, du Moyen-Orient et même de l’Afrique aux côtés des talibans afghans montre que la crise de ce pays a dépassé les frontières nationales.
Le problème principal n’est pas seulement le nombre de groupes ; il s’agit également du réseau de communication, du transfert de personnel, du financement, de la formation, de l’accès aux armes et de la possibilité d’utiliser la géographie de l’Afghanistan (avec l’aide des talibans) comme lieu d’organisation ou de repos pour les forces.