« L’AVENIR DE L’AFGHANISTAN NE DOIT ÊTRE LE BUTIN DE GUERRE D’AUCUN GROUPE »

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La Lettre d’Afghanistan
« L’AVENIR DE L’AFGHANISTAN NE DOIT ÊTRE LE BUTIN DE GUERRE D’AUCUN GROUPE »
La vision du leader du Front de la Liberté pour l’avenir du pays

À l’aube du cinquième anniversaire de la chute de la République islamique d’Afghanistan et du retour des taliban au pouvoir, un entretien exclusif d’un média afghan réputé avec le général Mohammad Yasin Zia, leader du Front de la Liberté d’Afghanistan, présente une vision différente de ce que ce mouvement envisage pour l’avenir du pays : une vision dans laquelle la lutte contre les taliban ne se limite pas à un simple changement de gouvernement, mais devient une tentative de transformer la relation entre le pouvoir et les citoyens, d’empêcher l’exclusion politique et de redonner au peuple le droit de déterminer son propre destin.

L’importance de cet entretien réside dans le fait que M. Zia, contrairement aux promesses générales et aux slogans politiques habituels, s’efforce, dans différentes parties de l’échange, d’expliquer les grandes lignes du programme de son mouvement et du Front de la Liberté concernant les femmes, le système futur, la transition du pouvoir, la justice, la participation politique et la prévention de la guerre civile. Il reconnaît également que les forces opposées aux taliban ne peuvent pas simplement compter sur leur passé de lutte pour obtenir la confiance du peuple.

Les femmes : pas un objet de transaction, mais des détentrices de droits

L’un des aspects les plus marquants de la vision du général Zia est la place des femmes dans l’Afghanistan futur. Il considère que les droits des femmes ne sont pas un privilège accordé par les gouvernements, et insiste sur le fait que l’éducation, le travail, la liberté de choix et la participation politique sont des droits naturels et civiques.

Il met en garde, en se fondant sur les expériences amères du passé, que les droits des femmes ne doivent plus être sacrifiés aux négociations politiques, et considère la réouverture des écoles, des universités et des lieux de travail pour les femmes comme l’une des premières actions d’une période de transition. Selon lui, une simple promesse politique ne suffit pas : la véritable garantie des droits des femmes doit se traduire dans la constitution, un système judiciaire indépendant, des institutions responsables, des médias libres et une participation réelle des femmes dans les centres de prise de décision.

M. Zia déclare, dans l’une des parties les plus directes de son discours : « Nous ne devons pas demander aux femmes de simplement croire nos paroles. Cette confiance doit être gagnée grâce à la participation réelle des femmes dans les structures de prise de décision, à des lois applicables et à des actions mesurables. » Si cette approche se traduit en politique, elle peut réduire le fossé entre les slogans politiques et les aspirations réelles des femmes afghanes.

« L’Afghanistan n’est le butin de guerre d’aucun groupe »

L’un des messages les plus importants de l’entretien avec M. Zia est que la défaite des taliban ne doit pas signifier un transfert de pouvoir d’un groupe armé à un autre. Il déclare clairement : « Aucun groupe politique ou militaire ne peut prétendre à la souveraineté sur l’Afghanistan simplement en raison de sa lutte contre les taliban. »

Pour la période suivant les taliban, M. Zia propose une phase de transition limitée et dotée d’un calendrier précis : une phase dont la mission n’est pas de consolider le pouvoir d’un groupe, mais d’assurer la sécurité, de restaurer les institutions étatiques, de faciliter le retour des réfugiés, de créer un espace politique libre et de préparer l’Afghanistan à l’élection d’un système futur. Il insiste sur le fait qu’à la fin de ce processus, le peuple doit décider de l’avenir politique du pays par le biais d’élections libres, de référendums ou de mécanismes démocratiques convenus.

En d’autres termes, même un groupe qui a joué un rôle dans la lutte contre les taliban ne doit pas être considéré comme le propriétaire du pouvoir politique. Cette approche est l’un des points remarquables de sa vision, car l’un des problèmes historiques de l’Afghanistan a été la transformation des victoires militaires en monopoles politiques.

Le système futur : pouvoir limité, la loi au-dessus du leader

Le leader du Front de la Liberté décrit le système idéal comme une structure décentralisée dans laquelle les citoyens participent à l’élection des institutions du pouvoir, du centre aux provinces et aux districts.

Il insiste sur la séparation des pouvoirs, l’indépendance du pouvoir judiciaire, un parlement efficace, des élections libres, des médias indépendants et une répartition logique des compétences entre le centre et les unités locales. Mais peut-être le plus important est son insistance à passer d’une politique tribale à une politique citoyenne. Il souhaite un Afghanistan où les Tadjiks, les Pachtounes, les Hazaras, les Ouzbeks, les Turkmènes, les Baloutches, les Nouristanis et les autres citoyens, sans avoir besoin du soutien d’un chef tribal ou d’un commandant, jouissent des mêmes droits.

M. Zia résume cette vision ainsi : « Nous devons passer de la phase de collectivisme à la phase d’individualisme. » Cette déclaration, dans une société comme l’Afghanistan où la politique a souvent été axée sur la tribu, la religion, la région et les personnalités politiques, est une proposition importante pour redéfinir la citoyenneté.

Le passé ne doit pas être oublié : rendre des comptes est une condition de confiance

L’un des points forts de cet entretien est l’acceptation de la responsabilité par rapport au passé. Le général Zia ne considère pas la chute de la République comme le simple résultat de l’accord de Doha et du départ des forces étrangères. Il cite également la corruption, la concentration excessive du pouvoir, la politisation des institutions étatiques, la faiblesse de la gestion et le favoritisme comme des facteurs qui ont affaibli la République.

Il ne se considère même pas comme exempt de cette reddition de comptes, et déclare : « Ceux qui ont eu des responsabilités au sein de la République doivent assumer leur part de responsabilité. Je ne me considère pas non plus comme exempt de cette règle. » Cette position peut être l’une des parties les plus importantes de ses déclarations, car la société afghane n’a pas seulement subi les conséquences des taliban, mais a également été confrontée à de sérieuses questions concernant la corruption, le favoritisme, l’inefficacité et la responsabilité des gouvernements précédents.

C’est pourquoi, au lieu de demander la confiance, M. Zia demande aux citoyens d’évaluer les actions des forces politiques : « Ma réponse aux femmes et aux jeunes de notre pays n’est pas de nous faire confiance ; la réponse est : jugez-nous sur la base de notre programme, de notre structure et de nos actions. »

Unité des opposants : pas une fusion forcée, mais un accord sur des règles communes

Le leader du Front de la Liberté ne nie pas les divergences entre les différents courants qui s’opposent aux taliban, et les considère comme le résultat d’expériences passées, de la méfiance entre les dirigeants et de la rivalité pour le pouvoir futur. Cependant, il ne considère pas la création d’une organisation unique ou l’imposition d’un leader unique comme la solution. Selon lui, ce dont les opposants aux taliban ont le plus besoin, c’est d’un accord sur des règles politiques communes, notamment la souveraineté populaire, l’égalité des droits des citoyens, les droits des femmes, l’interdiction de la vengeance, l’abstention de discours de haine ethniques et religieux et l’acceptation des élections.

Pour éviter une guerre civile après les taliban, il insiste également sur un principe important : les groupes armés ne doivent pas conserver leurs propres armées privées permanentes, et l’Afghanistan doit avoir une structure de sécurité nationale, professionnelle et non partisane. Cette proposition vise en réalité à répondre à l’une des plus grandes préoccupations des Afghans : que la chute des taliban ne marque pas le début d’une nouvelle compétition armée entre les anciens opposants, au lieu de marquer la fin de la guerre.

Les taliban : mettre fin au favoritisme, pas éliminer les citoyens

La vision de M. Zia sur l’avenir des taliban comporte également une distinction importante. Il distingue les « taliban » en tant que partie de la société afghane et l’« émirat taliban » en tant que structure dirigeante actuelle. Il affirme que si des individus issus des taliban renoncent à la violence, acceptent la constitution et les règles du nouveau système politique et agissent en tant que courant politique non armé, ils ne devraient pas être privés de leurs droits politiques simplement en raison de leur affiliation passée.

Parallèlement, le général Zia insiste sur la nécessité de traiter les crimes et les violations des droits des victimes sur le plan judiciaire, et affirme qu’il n’est ni acceptable de recourir à une vengeance collective, ni de faire bénéficier d’une impunité collective. En fin de compte, le message le plus important de cet entretien pourrait résider dans sa réponse à la question de savoir quel est l’objectif de la lutte : simplement faire partir les taliban ou changer le système politique ?

Il a une réponse claire : « Si le seul objectif est de faire partir les taliban et de laisser d’autres personnes ou groupes prendre leur place dans la même structure monopolistique du pouvoir, l’Afghanistan n’aura rien gagné. » De ce point de vue, l’objectif ultime du Front de la Liberté est d’atteindre un système dans lequel la légitimité émane du peuple, le pouvoir est limité et transférable, les femmes et les hommes jouissent d’une égalité des droits et aucun individu ou groupe ne peut s’autoproclamer dirigeant permanent du pays en s’appuyant sur la force.

En conclusion, la vision présentée par le général Mohammad Yasin Zia dans cet entretien va au-delà de la simple promesse de la chute des taliban : elle se concentre sur la construction d’un Afghanistan qui ne retombera pas dans un cycle de favoritisme, de vengeance et de guerre après un changement politique. Son insistance sur les droits des femmes, les élections, la responsabilité, la décentralisation, la centralité du citoyen et la limitation du pouvoir, si elle est traduite en actions concrètes, pourrait constituer une partie de la réponse à la grande question de l’Afghanistan après les taliban : comment construire un gouvernement qui ne puisse plus être considéré comme la propriété de quiconque ?

Auteur : Niloufar Ghorian pour Bazgasht News.

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