Comment le monde a appris à vivre avec l’exclusion des femmes afghanes

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Murwarid Ziayee, 7 août 2026

Il y a cinq ans, lorsque les taliban sont revenus au pouvoir en Afghanistan, le monde a assisté avec stupeur à l’apparition d’images d’Afghans désespérés tentant de fuir un pays dont l’avenir venait soudain de basculer. Pour les femmes et les filles afghanes, toutefois, la chute de l’Afghanistan marquait le début d’une entreprise systématique visant à les effacer de la vie publique et à priver toute une génération de son avenir.

Aujourd’hui, les filles sont exclues des écoles secondaires et des universités ; les femmes ont été chassées du monde du travail ; et les restrictions à la liberté de circulation, d’expression et de participation à la vie sociale se sont étendues. L’Afghanistan demeure le seul pays au monde où les filles et les femmes se voient interdire l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Plus de deux millions d’adolescentes se sont vu refuser leur droit de poursuivre leurs études.

Mais cinq ans plus tard, la question la plus troublante est de savoir comment le monde a appris à vivre avec la politique des taliban à l’égard des femmes et des filles.

Depuis août 2021, le discours entourant l’Afghanistan a changé. Après la prise de pouvoir des taliban, le monde exigeait le rétablissement des droits des femmes et des filles afghanes. Cinq ans plus tard, l’essentiel de la conversation s’est déplacé vers la manière de traiter avec les taliban tout en exprimant des préoccupations sur les droits des femmes. L’ONU et d’autres acteurs de la communauté internationale ont adopté une politique d’« engagement de principe », soutenant que le dialogue est nécessaire pour répondre à la crise humanitaire afghane tout en continuant de réclamer la fin des restrictions imposées aux femmes et aux filles.

L’engagement et la diplomatie relèvent de réalités complexes. L’Afghanistan traverse une crise humanitaire, et des millions d’Afghans dépendent de l’aide internationale. Mais il existe une frontière dangereuse entre le fait de dialoguer avec le régime oppressif d’un pays et celui de laisser se normaliser l’exclusion systématique de la moitié de sa population. En conséquence, la stratégie des taliban a consisté à attendre que l’attention mondiale portée au traitement des femmes finisse par retomber. Des politiques qui suscitaient autrefois l’indignation internationale ne sont plus qu’un élément parmi d’autres sur la longue liste des crises non résolues de l’Afghanistan.

Les taliban ont compris que contrôler la vie des femmes suppose de contrôler leur visibilité et de faire taire leurs voix. Les restrictions ont commencé par l’éducation, mais elles se sont étendues à des efforts plus larges visant à effacer la présence des femmes de l’espace public, du monde du travail, des médias et des instances de décision. Selon l’ONU, plus de 79 décrets et directives restreignant directement les droits des femmes et des filles afghanes ont été édictés depuis la prise de pouvoir des taliban, tandis que plus de 400 mesures supplémentaires ont indirectement affecté presque tous les aspects de leur vie.

Ainsi, la voix des femmes afghanes a quasiment disparu des récits publics. Le paysage médiatique afghan subit une pression considérable depuis 2021. Les femmes journalistes ont été évincées, les organes de presse fonctionnent sous des restrictions croissantes, et les débats publics sur les droits des femmes se sont raréfiés. L’UNESCO a relevé un durcissement des restrictions à la participation des femmes dans les médias, y compris des interdictions les empêchant de s’exprimer à la radio.

Cela soulève une question dérangeante pour les institutions médiatiques afghanes : documentent-elles la réalité que vivent les femmes afghanes, ou contribuent-elles, intentionnellement ou non, à sa normalisation ?

S’exprimant au Jaipur Literature Festival de Londres le 6 juin, Saad Mohseni, président-directeur général du groupe MOBY, la plus grande entreprise de médias privée d’Afghanistan, a décrit la situation dans le pays comme « normale », affirmant que « les femmes peuvent circuler dans les villes et conduire sans se couvrir le visage ».

Or, au moment même où ces propos étaient tenus à Londres, des informations en provenance de Herat faisaient état de l’arrestation par les autorités taliban de dizaines de femmes accusées d’avoir enfreint les règles sur le hijab, alors même que beaucoup étaient, semble-t-il, entièrement voilées. Le contraste entre ces témoignages met en évidence le danger qu’il y a à qualifier de « normale » la vie en Afghanistan, tandis que les femmes continuent de subir l’application arbitraire de restrictions en perpétuelle évolution.

Les organes de presse évoluent sous une pression extraordinaire dans les environnements autoritaires, et la survie impose souvent de douloureux compromis. Mais le journalisme consiste à faire entendre la voix des personnes les plus touchées. Lorsque les femmes disparaissent des rédactions, des interviews et des débats publics, leur exclusion devient plus facile à ignorer, et plus facile à accepter.

Mais la tentative des taliban d’effacer les femmes afghanes n’a pas totalement réussi.

Partout en Afghanistan, les femmes et les filles ont inventé d’autres voies d’accès au savoir. Elles étudient grâce à des plateformes en ligne, des salles de classe installées à domicile et des initiatives privées. Des enseignantes qui travaillaient autrefois dans les écoles sont devenues éducatrices dans des classes clandestines. Des élèves privées d’accès à l’enseignement formel ont cherché de nouveaux moyens de continuer à apprendre. Ainsi, la technologie est devenue pour les filles afghanes bien plus qu’un outil : une forme de résistance.

Ces efforts témoignent du courage et de la détermination des femmes et des filles afghanes qui refusent de renoncer à l’éducation. Elles ont créé des bouées de sauvetage pour l’apprentissage là où les voies officielles ont été supprimées. Mais aucun programme alternatif ne saurait remplacer un système éducatif digne de ce nom. Une fille ne devrait pas avoir à trouver une classe clandestine, à se procurer un appareil ou à surmonter des obstacles extraordinaires pour accéder à un droit humain fondamental. L’accès de tous à l’éducation devrait être garanti.

Les conséquences de l’exclusion des femmes de l’éducation affecteront l’Afghanistan pour des générations. L’UNICEF a averti que la persistance des restrictions à l’éducation des filles aurait des conséquences dévastatrices pour l’économie afghane, son système de santé et sa main-d’œuvre future.

Les taliban croient peut-être qu’en limitant l’éducation des femmes ils préservent leur vision de la société. En réalité, ils affaiblissent le pays. Lorsqu’une fille est privée d’éducation, elle perd la chance de bâtir son avenir ; sa famille perd l’espoir d’une fille qui aurait pu devenir enseignante, médecin ou dirigeante ; et l’Afghanistan perd le talent et le potentiel de toute une génération de femmes.

Les taliban ont fermé les portes des écoles, mais les femmes afghanes n’ont cessé de chercher les moyens de les rouvrir.

Au cours des cinq dernières années, le monde a maintes fois salué la résilience des femmes afghanes. On les a dites courageuses, déterminées, inspirantes. Mais leur résilience ne saurait servir de prétexte pour laisser perdurer cette injustice.

Le monde a la responsabilité d’agir concrètement : maintenir ouvertes les voies alternatives d’apprentissage tant que l’éducation formelle reste restreinte ; apporter un soutien durable aux initiatives éducatives menées par des Afghans ; demander des comptes aux taliban pour la violation du droit fondamental à l’éducation ; et veiller à ce que les droits des femmes demeurent au cœur de l’engagement diplomatique, tout en œuvrant pour le jour où chaque fille afghane pourra retrouver un système éducatif sûr et reconnu.

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