AFGHANISTAN, le combat pour la liberté

Partager
La Lettre d’Afghanistan
BADAKHSHAN, LE COMBAT POUR LA LIBERTÉ
Le Front de la Liberté ouvre une nouvelle phase de la guerre du Badakhshan

Depuis le vendredi 24 juillet, le district de Zebak, aux confins montagneux du Badakhshan, est le théâtre des affrontements les plus soutenus opposant les taliban aux forces républicaines depuis 2021. Le Front de la Liberté de l’Afghanistan y revendique une offensive coordonnée, la prise de positions en altitude et de lourdes pertes dans les rangs adverses, tandis que ses roquettes clouent au sol les renforts héliportés du régime.

Le Badakhshan se situe à l’extrême nord-est de l’Afghanistan, adossé au Tadjikistan, à la Chine et au Pakistan par le corridor du Wakhan. C’est une province de haute montagne, isolée, difficile d’accès, où l’insurrection républicaine se maintient depuis quatre ans à travers plusieurs fronts armés, dont le National Resistance Front et l’Afghanistan Freedom Front. Le district de Zebak, au sud de Baharak et de Jurm, à l’entrée du Wakhan, en constitue aujourd’hui l’un des points de friction les plus vifs.

Une escalade en plusieurs temps

Les combats de Zebak s’inscrivent dans une série d’actions menées tout au long du mois de juillet 2026. Le 17 juillet, le groupe Sepahiyan-e Mihan s’était brièvement emparé du district de Yaftal-e Payin, près de Fayzabad, la capitale provinciale. Les 23 et 24 juillet, l’Afghanistan Freedom Front revendiquait déjà des combats à Zebak, marqués par l’arrivée de renforts taliban par hélicoptère. Sur une vidéo diffusée par la résistance, un relief montagneux vallonné, une colonne de fumée et un appareil au loin illustraient l’un de ces épisodes, présenté comme le tir sur un hélicoptère taliban contraint de faire demi-tour.

C’est toutefois à partir du jeudi 24 juillet que l’affrontement change d’échelle. Le Front de la Liberté annonce avoir lancé, dès le matin, une opération vaste et coordonnée contre les bases, les unités et les positions des taliban dans le district de Zebak, menée depuis plusieurs axes. Selon son communiqué, ses forces sont parvenues à repousser l’adversaire de plusieurs positions situées sur les hauteurs entourant le poste frontalier de Zebak, et les tentatives taliban de reprendre ces zones n’avaient, dans un premier temps, pas abouti.

Un bilan lourd, des commandants tués

Le Front fait état d’au moins 21 combattants taliban tués, dont plusieurs commandants, et de 37 blessés, soit un total de 58 hommes mis hors de combat. Il reconnaît de son côté la perte d’un de ses propres combattants. Les blessés taliban auraient été évacués par hélicoptère vers les hôpitaux de Fayzabad et vers plusieurs districts du Badakhshan. Le Front affirme également avoir saisi une quantité importante d’armes légères et lourdes, de munitions et d’équipements militaires, ajoutant que les commandos de son unité opérationnelle tiennent des positions fortifiées dans les zones libérées.

Des sources locales, citées le 25 juillet, précisent que trois commandants taliban clés auraient péri dans les combats du secteur de Hoz-e Topkhane, à Zebak, présentés comme Shadab Kohistani, responsable de la section laser, Gul Ahmad, commandant de l’artillerie, et Faridullah Wahdat, chef de secteur. Les corps de plusieurs membres du groupe auraient été évacués de la zone, un hélicoptère en transportant une partie vers Fayzabad, tandis que le régime envoyait de nouveaux renforts. Ces mêmes sources avaient d’abord évoqué plus de 25 tués ou blessés dans les rangs taliban lors des combats nocturnes précédents.

Le combat avec les taliban est entré dans une nouvelle phase.

Dawood Naji, président du comité politique du Front de la Liberté de l’Afghanistan

Les renforts héliportés cloués au sol

L’un des faits marquants de l’offensive tient à la neutralisation des renforts adverses. Selon des sources locales rapportées le vendredi 25 juillet au soir, les taliban entendaient acheminer des troupes de soutien vers les hauteurs et les zones difficiles d’accès du Badakhshan par hélicoptère. L’opération aurait échoué sous les tirs de roquettes du Front de la Liberté, les appareils n’étant pas parvenus à débarquer leurs hommes. Le relief et l’isolement de Zebak, qui imposent le recours à l’aviation pour tout renfort, se retournent ainsi contre le régime.

Les sources insistent sur le fait que les forces du Front ont conservé les positions et les postes précédemment repris aux taliban, et que les mouvements du régime dans la région sont désormais étroitement surveillés, ce qui rend extrêmement difficile tout renforcement sur les lignes de front.

Une guerre de tranchées

Ce que décrivent les sources sur le terrain n’est plus la guérilla mobile et tactique qui a caractérisé l’essentiel des opérations de la résistance ces dernières années, mais un affrontement de position. Dans la zone d’artillerie de Zebak, forces taliban et combattants du Front tiennent des lignes de défense en vis-à-vis et se battent face à face, chaque camp cherchant à préserver ou à conquérir ses lignes. Les combats, engagés le jeudi 24 juillet, se sont poursuivis une quinzaine d’heures, ont marqué une accalmie le vendredi 25 juillet au matin avant de reprendre avec intensité dans l’après-midi, s’élargissant à d’autres secteurs du district.

Les taliban ont confirmé les affrontements, tout en avançant un bilan très différent, faisant état d’au moins cinq combattants de l’opposition tués. Le Front, de son côté, n’a pas communiqué au-delà de la perte reconnue d’un seul de ses hommes. Des pertes ont été infligées de part et d’autre, mais leur ampleur exacte demeure impossible à établir de source indépendante. Ce qui se joue à Zebak, à l’entrée du corridor du Wakhan, confirme en tout cas que le Badakhshan reste, cinq ans après la chute de Kaboul, l’un des rares théâtres où l’opposition armée conserve la capacité de tenir un terrain et de contester, ligne par ligne, le contrôle du régime.

La parole de la résistance
« Nous vaincrons les taliban, quoi qu’il nous en coûte, nous les vaincrons »
Général Yasin Zia, leader du Front de la Liberté afghan

✦ ✦ ✦

Salahudin Pamir
Le Cdt qui dirige les opérations à Zebak depuis deux jours

Badakhshan, district de Zibak
Abdul Qayoum, l’ombre qui traquait les taliban

Hommage aux soldats qui ont fait preuve d’héroïsme lors des combats dans le district de Zibak, au Badakhshan. Il se nomme Abdul Qayoum. Depuis au moins neuf ans, il participe aux opérations les plus difficiles et les plus complexes.

Lors de la reprise du district de Zibak, ce soldat a traqué les taliban comme leur ombre. Durant ces neuf années, sur les trente-quatre provinces de l’Afghanistan, il n’en reste que quatre où il n’a pas servi : « Nous ne sommes pas allés en mission dans quatre d’entre elles seulement. Dans trente provinces d’Afghanistan, j’ai accompli mon devoir, des missions essentielles et cruciales ».

On raconte qu’après près de dix heures de marche dans la neige, avec ses vingt-sept combattants, il s’est emparé de la position la plus importante du district de Zibak et y a éliminé au moins vingt-sept combattants taliban :

« Notre seul sentiment, c’est d’anéantir l’ennemi. De combattre l’ennemi et de lui tenir tête. Et l’ennemi, face à nous, par la grâce de Dieu, ne parvient pas à avancer. À plusieurs reprises, j’ai appelé à la radio pour dire de ne pas aller à ce point-là mais de nous porter sur un autre. C’était un objectif réel, et le commandant nous disait de ne pas reculer. Ce soldat cher et aimé nous a dit : le commandant Saif ne recule pas dans notre secteur. Coûte que coûte, nous anéantirons l’ennemi. Notre objectif était là, et c’était à eux de prendre la décision, car c’était un point très dangereux, avec des avalanches des deux côtés et un sommet de crête. »

L’ennemi voulait le prendre en premier, et Qayoum voulait que ce soit nous qui le prenions d’abord. Ce sont ces forces qui, après près de quinze jours, ont réussi à arracher ce district des griffes des taliban. Je les félicite pour la défaite infligée aux terroristes et je les félicite pour leur victoire. Car si d’autres terroristes venaient à vouloir prendre pied dans cet Afghanistan, à mon sens, cela ne restera qu’un rêve irréalisable.

Cent quatorze autres hommes viennent de rejoindre nos rangs à l’issue de leur entraînement militaire, et les tranchées brûlantes du combat les attendent. L’ennemi qui se dresse face à vous sur le champ de bataille, ne lui montrez aucune pitié, chassez-le du théâtre des opérations. Les militaires du pays, notamment les unités spéciales de l’armée, de la sécurité et de la police nationale, affrontent désormais une épreuve encore plus rude. Des forces engagées dans au moins trente provinces du pays dans la lutte contre la terreur, intérieure et étrangère.

Le Front de la liberté de l’Afghanistan a revendiqué avoir abattu deux drones – probablement utilisés pour la surveillance par les talibans dans la région de Zebak, dans la province du Badakhchan. L’AFF a déclaré que ces drones avaient été abattus dans des zones sous leur contrôle.

Partager