INVITATION OFFICIELLE DE TÉHÉRAN ADRESSÉE À AHMAD MASSOUD

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La Lettre d’Afghanistan
INVITATION OFFICIELLE DE TÉHÉRAN ADRESSÉE À AHMAD MASSOUD
Entretien avec Nateq Malekzadeh, spécialiste des affaires internationales
Ahmad Massoud, chef du Front de résistance nationale d’Afghanistan, a été officiellement invité, aux côtés de dizaines de présidents, premiers ministres et représentants internationaux de haut rang, aux funérailles d’Ali Khamenei, guide de la République islamique d’Iran.
Cette invitation, survenue simultanément à la présence de représentants des taliban, pourrait à première vue sembler un geste protocolaire, mais sa portée diplomatique dépasse largement celle d’une cérémonie ordinaire.
La République islamique d’Iran, qui a toujours affirmé son soutien au peuple afghan face aux pouvoirs imposés, a par ce choix politique avisé non seulement contesté le récit des taliban revendiquant le monopole de la légitimité politique en Afghanistan, mais aussi envoyé un message clair aux acteurs régionaux et internationaux : le dossier afghan n’est pas clos, et le Front de résistance nationale demeure une réalité politique vivante, toujours présente sur les terrains militaire et politique.
Ce geste, inscrit dans le cadre d’un événement mondial de premier plan, dépasse la simple portée symbolique, car en diplomatie une présence dans un même cadre peut parfois transmettre plus de force qu’une centaine de déclarations officielles.
Ahmad Massoud s’est présenté à Téhéran non pas comme un invité ordinaire, mais comme le symbole et le représentant du peuple afghan dans l’équation d’un Afghanistan post taliban, ce qui apporte un démenti significatif au récit construit depuis quatre ans par les taliban.
Par ailleurs, cette invitation traduit une évolution de l’approche politique iranienne à l’égard de l’Afghanistan, une approche qui ne se limite plus au seul dialogue avec le pouvoir en place, mais qui, en maintenant des liens avec l’ensemble des courants influents, ouvre la voie à un rôle plus affirmé pour les opposants politiques aux taliban dans les équilibres régionaux.
L’agence Paygah s’est entretenue avec Nateq Malekzadeh, écrivain et spécialiste des affaires internationales, pour analyser les dimensions politiques de cet événement, son effet sur la position du Front de résistance et l’évolution possible du rapport de force en Afghanistan. Voici l’entretien.
Paygah : Étant donné que la République islamique d’Iran a toujours affirmé son soutien au peuple afghan face aux pouvoirs imposés, en quoi l’invitation simultanée du Front de résistance nationale d’Afghanistan, en tant que représentant légitime de la volonté du peuple, et des représentants des taliban, dépourvus de légitimité internationale, peut elle contribuer à renforcer le poids politique du Front dans les négociations régionales ?
Malekzadeh : À mon sens, cet épisode mérite d’être considéré sur le plan symbolique, mais il ne faut pas en exagérer la portée. En politique étrangère, une image ou une présence commune lors d’une cérémonie porte parfois davantage de sens et de message politique qu’une déclaration officielle. La présence d’Ahmad Massoud lors de cette cérémonie officielle en Iran, et la diffusion d’images à ses côtés avec des responsables iraniens et d’autres pays, transmettent le message suivant : l’Iran ne réduit pas l’équation afghane aux seuls taliban. Sur le plan politique, il s’agit là d’un acquis important pour le Front de résistance.
Depuis quatre ans, les taliban tentent de construire l’image selon laquelle ils seraient le seul interlocuteur légitime concernant l’Afghanistan. Mais la présence d’Ahmad Massoud lors d’un événement d’une telle importance, largement relayé par les médias régionaux et internationaux, vient en partie contester ce récit.
Il faut cependant noter que cette invitation, en elle même, ne modifie pas la position politique du Front de résistance, mais elle constitue sans conteste un nouveau capital politique pour ce mouvement.
En diplomatie, la légitimité ne s’acquiert pas uniquement par la reconnaissance officielle. Certains gestes symboliques, comme une invitation à une cérémonie officielle, des rencontres ou une présence aux côtés de responsables d’un pays, créent une forme de légitimité informelle qui compte dans les relations politiques.Nateq Malekzadeh
De ce point de vue, on peut dire que ce geste a en partie renforcé la position du Front de résistance. C’est pourquoi, si le Front de résistance parvient à exploiter correctement cette occasion dans ses futures relations avec les pays de la région, cet événement pourra jouer en sa faveur.
En revanche, si ce fait est perçu comme un épisode ponctuel, sans être converti en opportunités politiques et diplomatiques ultérieures, son effet restera limité et ne dépassera pas la portée d’un acquis symbolique.
Paygah : Que signifie la présence d’Ahmad Massoud lors de la cérémonie officielle à Téhéran pour les acteurs régionaux et internationaux quant à la position du Front de résistance ?
Malekzadeh : Le message principal est que le dossier afghan n’est pas clos. Les deux voisins majeurs de l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan, ont montré qu’ils continuent de suivre les évolutions afghanes sous des angles différents.
On rapporte que le Pakistan aussi souhaite dialoguer et interagir avec les opposants aux taliban. Par ce geste, l’Iran montre au monde que, contrairement à l’idée selon laquelle aucun courant politique influent n’existerait plus en Afghanistan depuis la domination des taliban, d’autres acteurs politiques demeurent bien présents.
La présence d’Ahmad Massoud à une telle cérémonie, malgré la réalité de la domination des taliban, transmet le message qu’une partie des acteurs régionaux, dont l’Iran et dans une certaine mesure le Pakistan, continuent de considérer le Front de résistance nationale comme l’une des réalités politiques de l’Afghanistan.
Pour les pays de la région, ce message revêt une importance considérable, car il montre qu’ils ne réduisent pas l’avenir de l’Afghanistan à un seul acteur, les taliban. Pour la communauté internationale également, cette présence rappelle que d’autres forces et courants politiques existent encore en Afghanistan, que les pays voisins considèrent comme faisant partie de la réalité politique du pays. Il est naturel que les acteurs internationaux doivent aussi tenir compte de cette réalité dans leurs analyses.
Il ne faut cependant pas surinterpréter cette présence. Ce geste ne signifie pas nécessairement un soutien politique ou militaire complet de l’Iran au Front de résistance ; il traduit surtout la volonté iranienne de maintenir des liens avec l’ensemble des courants importants de l’Afghanistan.
Cette approche s’inscrit en réalité dans la continuité de la politique de longue date de l’Iran, une politique déjà observée à l’époque républicaine. L’Iran entretenait alors des liens simultanés avec le gouvernement en place, les taliban et d’autres courants politiques, cherchant toujours à préserver ses canaux de communication avec l’ensemble des acteurs afghans. Cette présence doit donc être analysée dans le cadre de cette politique iranienne stable et de long terme.
Paygah : Ce geste iranien va-t-il modifier le rapport de force en Afghanistan en faveur du Front de résistance ?
Malekzadeh : À court terme, non, car le rapport de force en Afghanistan reste principalement déterminé par des facteurs de terrain, sécuritaires et économiques, et le niveau des soutiens extérieurs se forme selon ces mêmes critères, non selon des gestes protocolaires ou diplomatiques.
Mais sur le plan politique, l’invitation officielle d’Ahmad Massoud en tant qu’opposant aux taliban n’est pas sans effet. Ce que je disais plus tôt, c’est que la politique ne se joue pas seulement sur le champ de bataille, elle se joue aussi sur le terrain de la légitimité. Tout geste montrant que les taliban ne représentent pas l’unique réalité afghane peut, progressivement, peser sur l’équilibre politique et invalider le récit selon lequel seuls les taliban existeraient à l’intérieur de l’Afghanistan.
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SOURCE
Bulletin Afghan, entretien Ahmad Massoud
Paigah News
Entretien avec Nateq Malekzadeh sur l’invitation d’Ahmad Massoud aux funérailles d’Ali Khamenei
4 juillet 2026
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