⚔️ SÉCURITÉ
Frappes pakistanaises du 10 juin. Le Pakistan a mené de nouvelles frappes aériennes en Afghanistan le 10 juin, ciblant selon Islamabad des positions du TTP dans les provinces de Khost et Paktika. Les autorités talibanes affirment que 13 personnes ont été tuées, dont 11 enfants et une femme à Spera, district de Khost. Le Pakistan revendique l’élimination de 26 militants. La reprise des frappes, après plusieurs semaines de relative accalmie, fragilise davantage le cessez-le-feu de mars 2026, jamais formalisé.
+57,7 % d’incidents sécuritaires (rapport S/2026/431). Le rapport trimestriel du Secrétaire général (S/2026/431, 22 mai 2026) recense 3 687 incidents liés à la sécurité en Afghanistan entre le 1er février et le 30 avril 2026, soit une hausse de 57,7 % par rapport à la même période l’an dernier. Les hostilités transfrontalières avec le Pakistan constituent l’événement sécuritaire dominant du trimestre. Les groupes armés d’opposition, dont le NRF, l’AFF, le FNM et Afghanistan Green Trend, ont revendiqué 18 incidents entre le 1er février et le 13 avril, dont 16 vérifiés par l’ONU.
764 victimes civiles en deux mois. Le rapport S/2026/431 attribue aux hostilités entre l’Afghanistan et le Pakistan 764 victimes civiles entre le 26 janvier et le 31 mars 2026 : 372 morts et 392 blessés. La frappe du 16 mars sur le centre de réhabilitation Omid, à Kaboul, a tué au moins 269 personnes et blessé 122 autres selon l’UNAMA, principalement des patients. Le 27 avril, des tirs transfrontaliers dans la province de Kunar ont causé au moins 88 victimes civiles supplémentaires, dont des étudiants et des professeurs de l’université Sayed Jamaluddin Afghani. Depuis le 26 janvier, 94 000 personnes ont été déplacées par les combats frontaliers.
Cessez-le-feu en lambeaux. Le cessez-le-feu conclu en mars sous médiation chinoise, avec l’appui du Qatar, de la Turquie et de l’Arabie saoudite, n’a jamais donné lieu à un accord formel. La fermeture de la frontière Afghanistan-Pakistan depuis octobre 2025 a fait chuter les volumes commerciaux de plus de 90 % sur ce corridor. Les routes alternatives par l’Iran et l’Asie centrale coûtent 30 % de plus. L’inflation est passée de 6,4 % en février à 7,6 % en mars 2026.
Frappes pakistanaises du 10 juin. Le Pakistan a mené de nouvelles frappes aériennes en Afghanistan le 10 juin, ciblant selon Islamabad des positions du TTP dans les provinces de Khost et Paktika. Les autorités talibanes affirment que 13 personnes ont été tuées, dont 11 enfants et une femme à Spera, district de Khost. Le Pakistan revendique l’élimination de 26 militants. La reprise des frappes après plusieurs semaines de relative accalmie fragilise davantage une trêve déjà morte dans les faits.
🤝 DIPLOMATIE
Conseil de sécurité, 8 juin. Lors d’une séance d’information trimestrielle, la représentante spéciale adjointe Georgette Gagnon a alerté le Conseil sur l’isolement persistant de l’Afghanistan, aggravé par le conflit avec le Pakistan et la guerre au Moyen-Orient. Les délégations ont affiché des divergences marquées sur l’utilité du dialogue avec les talibans dans le cadre des négociations de Doha.
Mandat MANUA prorogé jusqu’au 17 juin. Faute de consensus sur le contenu, le Conseil de sécurité a renouvelé le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan pour trois mois seulement, contre douze habituellement. La Chine, porte-plume du texte, a justifié ce raccourcissement par la nécessité d’un examen approfondi du mandat. Un nouveau représentant spécial doit être nommé d’urgence, le poste étant vacant depuis septembre 2025.
⚖️ DROITS HUMAINS
Manifestation d’Herat réprimée par balles, 9 juin. Des dizaines d’hommes se sont rassemblés à Herat pour protester contre les arrestations de femmes par la police des mœurs, accusées de ne pas porter la burqa ou le tchador. Les forces de sécurité ont dispersé le rassemblement par la force. La MANUA a confirmé qu’au moins un garçon a été tué par balle, plusieurs manifestants battus, et vérifie des informations faisant état d’une deuxième victime. Le rapporteur spécial de l’ONU Richard Bennett s’est dit alarMé par l’usage excessif de la force.
Nouvelles restrictions vestimentaires à Herat, 10 juin. Au lendemain de la répression, la police des mœurs de Herat a annoncé de nouvelles interdictions, incluant l’exposition des pieds nus et le port de maquillage en public pour les femmes et les filles. Les manifestations restent un phénomène exceptionnel depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021.
Décret n° 18 sur le mariage des enfants. Publié le 14 mai par le ministère de la Justice, ce texte intitulé « Code sur la séparation judiciaire des époux » assimile le silence d’une fille pubère à un consentement matrimonial et rend le divorce quasi impossible si le mari s’y oppose. La MANUA l’a qualifié de violation grave du droit international. Pour la première fois, le mariage des enfants est ainsi inscrit dans la législation afghane. Des manifestations ont eu lieu à Kaboul.
Bilan ONU : cinq ans de fermeture totale. À l’occasion des cinq ans du retour des talibans au pouvoir (août 2021), l’ONU a dressé un tableau sombre. Plus de 230 décrets ont été adoptés contre les femmes, les filles et les personnes LGBTQI+. L’Afghanistan est plus stable qu’au sortir de la guerre, mais plus pauvre, plus dépendant de l’aide internationale et plus fermé que jamais aux femmes.
Une génération sacrifiée (rapport S/2026/431). Georgette Gagnon l’a dit sans détour devant le Conseil de sécurité le 8 juin : 3,8 millions de filles âgées de 7 à 18 ans sont exclues de l’école, dont 2,6 millions d’adolescentes. Chaque année, 250 000 filles supplémentaires quittent définitivement les filières d’enseignement secondaire. L’UNICEF estime que les restrictions imposées aux femmes coûtent déjà à l’économie afghane la perte de plus de 25 000 travailleuses qualifiées d’ici 2030.
228 châtiments corporels documentés. Entre le 26 janvier et le 31 mars 2026, l’UNAMA a recensé 228 cas de châtiments corporels imposés par les autorités talibanes : 196 hommes, 29 femmes et 3 garçons, pour des accusations d’adultère, de fuite du domicile, d’homosexualité, de consommation d’alcool ou de jeux d’argent. Le rapport recense aussi 5 meurtres, 20 arrestations arbitraires et 8 cas de torture visant d’anciens responsables ou militaires de la République afghane.
Médias, minorités, espace civique. Le rapport signale la révocation de licences d’organisations de soutien aux médias, la suspension de Rah-e-Farda TV et radio, ainsi que de Khushal Radio dans la province de Ghazni, pour une conversation entre une auditrice et un animateur. Le ministère de la Vertu a interdit la célébration de Nowruz et empêché des chiites de fêter l’Aïd selon leur propre calendrier. Des membres de la communauté ismaélienne ont subi des détentions et des contraintes de conversion.
🚨 HUMANITAIRE
OCHA au Conseil de sécurité, 8 juin. La directrice d’OCHA Edem Wosornu a alerté le Conseil sur la gravité de la crise. Quelque 21,9 millions de personnes, soit 45 % de la population, ont besoin d’une aide humanitaire en 2026. Sur 1,71 milliard de dollars requis, seulement 14 % avaient été versés au 30 avril. Les restrictions imposées aux travailleuses humanitaires, notamment l’interdiction faite aux femmes d’exercer au sein des ONG et des agences onusiennes, paralysent une part croissante de la réponse.
Retours massifs, bombe sociale. Entre le 1er janvier et le 30 avril 2026, quelque 548 603 Afghans sont revenus d’Iran et du Pakistan. Ces retours s’ajoutent aux 2,9 millions enregistrés en 2025. Le rapport S/2026/431 souligne que les rapatriés arrivent dans des communautés et une économie incapables de les réintégrer. La fermeture de la frontière pakistanaise depuis octobre 2025 a fait chuter les volumes commerciaux de plus de 90 % sur ce corridor, augmentant les coûts de transport de 30 % et portant l’inflation à 7,6 % en mars 2026.
Malnutrition, santé, climat. Le rapport estime à 17,4 millions le nombre d’Afghans en insécurité alimentaire aiguë, et à 4,9 millions les enfants de moins de cinq ans, femmes enceintes et allaitantes nécessitant un traitement contre la malnutrition. Les hostilités avec le Pakistan ont perturbé plus de 25 établissements de santé. Après quatre années de sécheresse, les crues de mars-avril 2026 ont touché 31 des 34 provinces, aggravant une vulnérabilité déjà extrême.
📊 CHIFFRES CLÉS — RAPPORT S/2026/431
Rapport trimestriel du Secrétaire général — Nations Unies — 22 mai 2026
3 687
incidents sécuritaires (fév.-avr. 2026), +57,7 % sur un an
764
victimes civiles du conflit Afghanistan-Pakistan (26 jan. — 31 mars)
21,9 M
personnes en besoin d’aide humanitaire en 2026 (45 % de la population)
14 %
du plan humanitaire 2026 financé au 30 avril (240,9 M$ sur 1,71 Md$)
3,8 M
filles de 7 à 18 ans exclues de l’école, dont 2,6 M d’adolescentes
548 603
Afghans rentrés d’Iran et du Pakistan entre janvier et fin avril 2026
228
châtiments corporels documentés par l’UNAMA (jan.-mars 2026)
307
incidents d’accès humanitaire signalés entre janvier et fin mars 2026
Source principale
La Lettre d’Afghanistan
L’ONU signale une augmentation de 57 % des incidents liés à la sécurité en Afghanistan
Analyse du rapport S/2026/431 du Secrétaire général des Nations Unies — 10 juin 2026
Analyse détaillée du rapport trimestriel S/2026/431 (22 mai 2026) et du briefing de Georgette Gagnon au Conseil de sécurité le 8 juin 2026. Le rapport déconstruit la thèse talibane de la stabilité : 3 687 incidents sécuritaires (+57,7 %), 764 victimes civiles du conflit Pakistan-Afghanistan, plan humanitaire financé à 14 %, 3,8 millions de filles exclues de l’école. Derrière le contrôle territorial, un pays qui s’enfonce dans la pauvreté, l’exclusion et la coercition systémique.
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🏛️ ONU & SANCTIONS
Résolution 2816 (2026) sur les sanctions. Le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité en janvier 2026 la résolution 2816, reconduisant pour douze mois le régime de sanctions contre les talibans (gel des avoirs, interdiction de voyager, embargo sur les armes). Les États-Unis, délégation porte-plume, ont accusé les talibans de pratiquer la « diplomatie des otages ». Le préambule exprime une vive préoccupation sur l’interdiction faite aux femmes de travailler pour l’ONU.
Nomination d’un représentant spécial adjoint. Le Secrétaire général António Guterres a nommé Bruno Georges Lemarquis, de nationalité française, au poste de représentant spécial adjoint pour l’Afghanistan et coordonnateur résident. Le poste de représentant spécial en chef reste vacant depuis septembre 2025. La résolution 2818 presse le Secrétaire général de pourvoir ce poste dans les meilleurs délais.
🪖 NRF & AFF
| Groupe |
Zone |
Action / Information |
| NRF |
Kunduz / Nord |
Le NRF a revendiqué en mars une opération à Kunduz ayant tué trois combattants talibans dont un commandant, lors d’une patrouille nocturne près de l’aéroport. Les opérations se poursuivent dans le couloir Baghlan-Andarab-Takhar, axe montagneux stratégique pour la guérilla. Le NRF signale une hausse des recrutements en exploitant les fractures internes du régime. |
| AFF |
Nationwide |
L’AFF, fondée par le général Yasin Zia, maintient une cadence opérationnelle soutenue. En mai 2026, le groupe a revendiqué une frappe sur un convoi logistique des talibans dans le district de Surobi (Kaboul), un combattant tué et trois blessés. Le groupe a suspendu ses opérations pendant le Ramadan en février avant de les reprendre. Des bureaux de liaison ont été établis au Pakistan depuis 2024, selon des sources diplomatiques. Coordination maintenue avec le NRF dans le cadre du Conseil national de résistance. |
| Contexte |
Régional |
La guerre Pakistan-Afghanistan offre aux deux groupes un contexte opérationnel inédit. Le Pakistan envisage un soutien logistique et de renseignement aux forces de résistance pour exercer une pression sur Kaboul. Les talibans, engagés sur le front oriental, ne peuvent concentrer pleinement leurs ressources contre-insurrectionnelles au nord. |
📌 EN BREF
Conférence d’Ankara, 25 avril 2026. La conférence « Political Transformation and Regional Order », organisée par Lajivard Yolu sous la direction d’Aliya Yilmaz, a réuni à Ankara des figures de l’opposition afghane dont Rahila Dostum et Shukria Barakzai. Thèmes centraux : monopole politique des talibans, marginalisation ethnique, rôle de l’Afghanistan comme foyer d’instabilité régionale. La Turquie, seul membre de l’OTAN maintenant une présence à Kaboul sans reconnaissance officielle, cherche à s’affirmer comme plateforme de dialogue.
Fractures internes au régime. Une enquête de la BBC révèle une tension croissante entre Hibatullah Akhundzada, réfugié à Kandahar avec la ligne dure, et les ministres kaboulois qui prônent un pragmatisme diplomatique. Des enregistrements audio du chef suprême évoquant un risque d’effondrement interne circulent.
Nouveau groupe armé. Le Front national de mobilisation (FNM) a été fondé le 18 mars 2026 par une coalition de jeunes activistes et d’anciens membres des forces de sécurité des provinces du Nord et de l’Est. Il serait dirigé par Hamid Saifi, ancien commandant de la 5e brigade du 203e Corps Thunder de l’Armée nationale afghane. Il se présente comme un mouvement socio-politique et paramilitaire d’opposition au régime taliban.