
HERAT. UN ADOLESCENT TUÉ, DES DIZAINES DE BLESSÉS. LES HOMMES DESCENDENT DANS LA RUE.
9-10 juin 2026
Tout a commencé par des arrestations. Depuis le 7 juin, la police des mœurs des talibans ratisse le quartier de Jebrail et plusieurs zones résidentielles d’Hérat, interpellant les femmes jugées non conformes au code vestimentaire imposé. Une trentaine de détentions sont confirmées par l’UNAMA dans son briefing au Conseil de sécurité du 8 juin. Le chiffre réel est probablement plus élevé : le Front de la Liberté afghan évoque des dizaines d’enlèvements documentés par vidéos, diffusées sur les réseaux sociaux.
Ce que ces images révèlent va au-delà de la répression ordinaire. Selon le Front de la Liberté, les talibans ont exigé, pour libérer chaque femme détenue, 12 000 afghanis en espèces ainsi qu’une garantie écrite signée par un tuteur masculin. Une extorsion systématique, en plein jour, dans les rues d’une ville afghane.
La population d’Hérat ne s’est pas tue. Le 9 juin, des habitants descendent dans les rues de Jebrail pour protester. Des hommes marchent aux côtés des femmes, scandant « Éducation, travail, liberté ». Les talibans ouvrent le feu sur la foule. Des manifestants sont blessés. D’autres arrêtés. Un adolescent de 12 ans est tué. Sa mort est confirmée par l’UNAMA.
Ce qui suit aggrave l’horreur. Le Front de la Liberté rapporte que des combattants talibans se sont rendus dans les hôpitaux d’Hérat pour en enlever des blessés. Des pressions auraient été exercées sur le personnel médical pour refuser l’admission des victimes de la répression. Des blessés soignés pour avoir manifesté, arrachés à leurs lits.
Des vloggers locaux qui avaient filmé et dénoncé les arrestations ont été convoqués par les autorités talibanes. Le gouverneur d’Hérat, Noor Ahmad Islamjar, aurait réuni les représentants de district pour coordonner l’étouffement de toute manifestation supplémentaire. Selon des sources locales citées par 8am.media, Islamjar serait lui-même sous menace de destitution en raison de l’insécurité croissante dans la province. La répression des femmes serait devenue le moyen le plus sûr de démontrer sa loyauté à Hibatullah Akhundzada.
Trois organisations ont réagi sans délai. Le Front de résistance nationale condamne ce qu’il qualifie de guerre multidimensionnelle contre le peuple afghan, rappelant que l’humiliation des femmes a toujours annoncé la chute des régimes. Le Mouvement pour la liberté et la justice dénonce des actes contraires à toute norme religieuse et culturelle, et appelle la communauté internationale à rompre le silence. Le Front de la Liberté afghan est plus direct : il qualifie les talibans d’émirat criminel, dénonce un système d’esclavage territorial, et rappelle à ceux qui, au nom du refus de la guerre, entravent les combattants pour la liberté, qu’ils seront couverts de honte par l’histoire.
Sur la scène internationale, Amnesty International qualifie l’utilisation de munitions réelles contre des manifestants d’escalade choquante. Human Rights Watch exige la libération immédiate des détenus. Richard Bennett, rapporteur spécial de l’ONU pour l’Afghanistan, dénonce pour le troisième jour consécutif des arrestations arbitraires illégales et inacceptables.
Ce silence, justement, est au cœur de ce que soulève l’analyse publiée le 10 juin par le quotidien afghan Hasht-e Subh. Hérat, autrefois connue pour sa culture, sa littérature, son art et la dignité de ses habitants, respire à nouveau sous la peur, l’humiliation et la répression. Si la souffrance des femmes d’Hérat n’est pas documentée aujourd’hui, les responsables reviendront demain avec de nouveaux visages et nieront que ces jours ont jamais existé.
La résistance n’est pas seulement la lutte armée. Parfois, la plus grande résistance est de préserver la mémoire, de dire la vérité, et de refuser de laisser les victimes seules.
À Hérat, les talibans nient les faits. L’ONU les confirme. Les morts, eux, ne parlent plus.