Afghanistan-Pakistan : Aux Racines d’une Explosion Annoncée

En février 2026, l’impensable s’est produit : le Pakistan a déclaré l’état de guerre contre l’Afghanistan et lancé des frappes aériennes sur Kaboul et Kandahar. Ce n’était pourtant pas une surprise. Tout au long de 2025, les chiffres du terrorisme avaient sonné l’alarme. Avec 1 139 morts et 1 045 incidents terroristes enregistrés en un an, le Pakistan s’est hissé, pour la première fois depuis la création de l’indice, à la première place du Global Terrorism Index — devant Burkina Faso, Niger et Nigeria. Les morts y sont au plus haut depuis 2013. Six années consécutives de hausse. Et au cœur du problème : la frontière la plus dangereuse du monde.

Une Frontière Héritée du Colonialisme

La ligne Durand, tracée en 1893 par l’Empire britannique, n’a jamais été acceptée par Kaboul. Elle traverse des territoires pachtounes, divise des communautés tribales, et serpente sur 2 600 km à travers l’Hindou Kouch et les zones tribales. C’est sur ces reliefs que s’est forgée, depuis des décennies, l’architecture du terrorisme régional. Le rapport de l’IEP le résume sans ambiguïté : 41% de toutes les attaques terroristes dans le monde surviennent à moins de 50 km d’une frontière internationale, et 64% à moins de 100 km. La frontière afghano-pakistanaise illustre cette règle avec une brutalité particulière.

Depuis 2021 et le retour des Talibans au pouvoir à Kaboul, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) — les Taliban pakistanais — y a trouvé un sanctuaire de choix. Entre 6 000 et 6 500 combattants du TTP sont désormais basés en Afghanistan, notamment dans les provinces de Kunar, Nangarhar et Paktika, toutes frontalières du Pakistan. De là, ils franchissent la frontière pour frapper les forces de sécurité pakistanaises dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, avant de se replier en territoire afghan — hors de portée de l’armée pakistanaise.

Le TTP, Seul Groupe en Hausse parmi les Quatre Plus Meurtriers

Dans un contexte mondial où trois des quatre groupes terroristes les plus meurtriers ont vu leurs bilans diminuer, le TTP fait exception : ses attaques ont bondi de 24% en 2025, pour atteindre 595 incidents, faisant 637 morts — le chiffre le plus élevé depuis 2011. L’organisation, fondée en 2007 dans les zones tribales à administration fédérale, partage l’idéologie des Taliban afghans et a toujours entretenu avec eux une relation de complicité. Le retour au pouvoir de ces derniers à Kaboul en 2021 a agi comme un catalyseur : le TTP s’est senti légitimé, protégé, et a considérablement amplifié ses opérations.

Ses tactiques ont évolué. Toujours fondées à 50% sur des assauts armés contre les forces de sécurité, elles intègrent désormais des drones pour des frappes ciblées, des prises d’otages en augmentation spectaculaire — 137 personnes kidnappées en 2025, contre 38 en 2024 — et une hausse de 450% des assassinations. En mars 2025, le BLA (Balochistan Liberation Army) a pris en otage 442 passagers du train Jaffar Express près de Quetta, dans l’une des prises d’otages les plus spectaculaires de l’histoire récente du pays.

L’Afghanistan Hors Classement : Un Trompe-l’Œil Statistique

L’une des données les plus trompeuses du GTI 2026 est le recul de l’Afghanistan : pour la première fois depuis la création de l’indice, le pays ne figure plus dans le top 10. Une amélioration statistique qui ne reflète en rien la réalité du terrain. L’explication est méthodologique : l’indice ne comptabilise pas les actes de répression étatique ni les violences perpétrées par des acteurs d’État. Or les Taliban gouvernent. Leurs exécutions, leurs purges, leurs restrictions, ne sont pas comptabilisées comme du terrorisme. L’Afghanistan occupe néanmoins la 11e place du classement avec un score de 6,678 — ce qui demeure une exposition très élevée au terrorisme.

Les morts attribuées au terrorisme y ont certes baissé de 65 en 2025, mais l’ISKP (Islamic State Khorasan Province) continue d’opérer depuis le territoire afghan, ciblant à la fois le régime taliban et les pays voisins. En Asie centrale, ses tentacules s’étendent : la province du Khorasan menace activement le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, recrutant en ligne dans ces pays en langues locales, exploitant les frontières poreuses du nord de l’Afghanistan.

L’Axe Central-Asiatique : Une Menace Silencieuse

Au nord, l’Afghanistan borde trois républiques d’Asie centrale — Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan — séparées par l’Amou-Daria. Depuis la prise de pouvoir des Taliban, ces frontières sont devenues des foyers d’inquiétude croissante. Les Taliban ont délégué le contrôle de la province de Badakhshan, frontalière du Tadjikistan, à Jamaat Ansarullah, un groupe islamiste tadjik dont les combattants contrôlent des portions entières de la frontière. Douchanbé a refusé de reconnaître les Taliban, et en 2022, des échanges de tirs ont eu lieu entre gardes-frontières tadjiks et forces talibanes.

L’ISKP a quant à lui accéléré son recrutement en langues ouzbèke, tadjike et kirghize, et les autorités russes estimaient à 4 000 le nombre de membres de l’ISKP présents dans le nord de l’Afghanistan, prêts à déstabiliser l’Asie centrale. L’organisation a été impliquée dans un complot visant l’ambassade du Turkménistan à Kaboul, et plusieurs ressortissants ouzbeks ont été arrêtés pour planification d’attaques contre l’Ouzbékistan. Le Tadjikistan (+10 places en 2025 sur l’indice GTI) illustre cette contamination progressive.

La Dynamique du Miroir : Chaque Côté Abrite les Ennemis de l’Autre

Le rapport de l’IEP décrit avec précision la logique perverse qui anime la région : une symétrie des sanctuaires. Les Taliban afghans ont longtemps trouvé refuge au Pakistan pendant leur insurrection contre les forces américaines et le gouvernement de Kaboul. En retour, le TTP a trouvé refuge en Afghanistan une fois les Taliban au pouvoir. Chaque État abrite les ennemis de l’autre, rendant toute coopération anti-terroriste quasi impossible.

Depuis 2017, le Pakistan tente de fermer physiquement la frontière en construisant un mur et en installant des capteurs électroniques. Mais dans les zones montagneuses les plus reculées, où les passes se comptent par centaines, la progression est lente et les résultats limités. Les attaques au Pakistan restent massivement concentrées le long de la frontière afghane : les provinces de Baloutchistan et Khyber Pakhtunkhwa concentrent 74% des attaques et 67% des morts. L’opération gouvernementale Azm-e-Istehkam, lancée pour endiguer la menace, n’a jusqu’à présent obtenu que des résultats modestes.

2026 : L’Embrasement

Le rapport est publié à un moment charnière. En février 2026, les tensions accumulées entre Islamabad et Kaboul ont franchi le seuil du conflit ouvert. Le Pakistan, après avoir accusé les Taliban de protéger le TTP et de laisser passer des combattants responsables de centaines de morts, a lancé des frappes aériennes sur Kaboul et Kandahar. Pour les analystes de l’IEP, les conséquences sont prévisibles et alarmantes : des déplacements de population massifs, un affaiblissement du contrôle des frontières, et la création de vides sécuritaires dans lesquels le TTP et l’ISKP ont historiquement prospéré.

L’histoire de cette région est celle d’une tragédie circulaire. Plus les États se fragilisent, plus les groupes armés s’y implantent. Plus les frontières deviennent des champs de bataille, plus elles deviennent incontrôlables. Le Global Terrorism Index 2026 ne laisse guère de place à l’optimisme : pour la première fois, le Pakistan tient le haut du classement mondial — et les conditions qui l’y ont propulsé n’ont pas disparu avec les bombes du mois de février.


Source principale : Institute for Economics & Peace, Global Terrorism Index 2026, Sydney, mars 2026.

Sources
Global Terrorism Index 2026 – Institute for Economics & Peace
Rapport principal utilisé pour l’article, notamment les sections sur le Pakistan, l’Afghanistan, les borderlands et les menaces vers l’Asie centrale.
Institute for Economics & Peace
Site de l’institution qui publie le Global Terrorism Index.
Vision of Humanity – Resources
Portail documentaire donnant accès aux publications et indices de l’IEP.

Tendances et dynamiques mondiales

Il s’agit de la 13e édition du Global Terrorism Index (GTI), qui présente une synthèse complète des principales tendances et dynamiques mondiales du terrorisme au cours des deux dernières décennies.

L’Indice de cette année enregistre une baisse substantielle du terrorisme dans le monde. Le nombre de morts dus au terrorisme a reculé de 28 pour cent, à 5 582, tandis que le nombre d’attaques a diminué de près de 22 pour cent, à 2 944. L’amélioration a été largement généralisée, avec 81 pays affichant des progrès. Seuls 19 pays ont connu une détérioration, soit le nombre le plus faible depuis la création de l’Indice. Toutefois, une hausse significative du terrorisme a été observée dans les pays occidentaux, qui représentent sept des 19 détériorations enregistrées.

Il demeure incertain que les améliorations constatées en 2025 puissent se maintenir. Compte tenu de l’état actuel des conflits émergents dans le monde, une remontée du terrorisme est probable.

L’État islamique (EI) et ses affiliés sont restés l’organisation terroriste la plus meurtrière en 2025, bien que le groupe ait été actif dans moins de pays, passant de 22 à 15. Les quatre organisations terroristes les plus meurtrières en 2025 ont été l’EI, le Jamaat Nusrat Al-Islam wal Muslimeen (JNIM), le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) et Al-Shabaab. Ensemble, elles ont été responsables de 3 869 morts, soit 70 pour cent de l’ensemble des décès liés au terrorisme. Trois de ces quatre groupes ont enregistré une baisse du nombre de morts, le TTP étant le seul à connaître une hausse.

Le terrorisme demeure très concentré. Un peu moins de 70 pour cent des morts liées au terrorisme se sont produites dans seulement cinq pays : le Pakistan, le Burkina Faso, le Nigeria, le Niger et la République démocratique du Congo (RDC). Six des dix pays les plus touchés par le terrorisme se trouvent en Afrique subsaharienne, devenue aujourd’hui l’épicentre mondial du terrorisme.

Pour la première fois, le Pakistan a obtenu le score le plus élevé de l’Indice et devient le pays le plus touché par le terrorisme. Cela fait suite à une forte résurgence de l’activité terroriste, en partie alimentée par le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021. Les relations tendues du Pakistan avec ses voisins, combinées à la montée de la violence du TTP et de l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA), ont créé d’importants risques sécuritaires. Les morts liées au terrorisme au Pakistan atteignent désormais leur niveau le plus élevé depuis 2013, avec 1 139 décès et 1 045 incidents enregistrés en 2025.

Le Nigeria a enregistré la plus forte hausse en 2025, avec une augmentation de 46 pour cent des décès, à 750. La Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et Boko Haram ont été responsables de 80 pour cent de tous les décès liés au terrorisme dans le pays.

La République démocratique du Congo (RDC) a également connu une forte hausse du terrorisme, atteignant sa pire position jamais enregistrée dans l’Indice. Les morts en RDC ont augmenté de près de 28 pour cent, à 467, sous l’effet d’attaques menées par les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’EI, qui ont visé des civils, des églises, des hôpitaux et des funérailles.

La Colombie a rejoint pour la première fois depuis 2013 le groupe des dix pays les plus touchés. Les morts liées au terrorisme en Colombie ont augmenté de 70 pour cent et les attaques de près de 47 pour cent, sous l’effet principalement des factions dissidentes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et de l’Armée de libération nationale (ELN). Les deux groupes ont adopté la guerre par drones, s’inspirant directement des innovations observées sur le champ de bataille en Ukraine, avec 77 attaques de drones recensées entre 2024 et 2025.

En Afrique subsaharienne, les décès ont baissé dans dix pays tandis qu’ils ont augmenté dans seulement quatre. Les morts dans la région du Sahel ont représenté plus de la moitié de l’ensemble des décès liés au terrorisme dans le monde.

Cinq pays du Sahel ont enregistré une baisse à la fois du nombre de morts et du nombre d’incidents par rapport à l’année précédente. Le Nigeria est le seul pays de la région à avoir connu une hausse dans les deux catégories.

Le Burkina Faso, pays le plus touché en 2023 et 2024, a enregistré la plus forte baisse du nombre de morts au niveau mondial, avec 686 décès en moins, soit une diminution de 45 pour cent. Malgré ce recul, la létalité a augmenté, traduisant un schéma fait de moins d’attaques, mais plus meurtrières. Le principal facteur de cette baisse a été une forte réduction des victimes civiles, en recul de 84 pour cent.

L’année a été marquée, à l’échelle mondiale, par l’absence d’attentats de grande ampleur. L’attaque la plus meurtrière a fait 120 morts, contre 237 en 2024 et plus de 1 100 en 2023. Il s’agissait également de la seule attaque en 2025 ayant fait plus de 100 morts, contre cinq attaques de cette ampleur l’année précédente. La létalité moyenne a elle aussi diminué, passant de 2,1 à 1,8 mort par attaque.

L’État islamique continue de fonctionner comme un réseau mondial à affiliation lâche. En 2025, il était actif dans 15 pays répartis sur six régions. Malgré une baisse de 15 pour cent du nombre d’attaques attribuées au groupe, l’EI a été responsable d’un peu moins de 17 pour cent de l’ensemble des attaques dans le monde. Un glissement notable est intervenu dans son ancrage régional : les attaques en Afrique subsaharienne ont presque doublé au cours de l’année écoulée, passant de 111 à 221 incidents, tandis que les attaques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont chuté de 39 pour cent.

La Syrie a enregistré le plus grand nombre d’attaques de l’EI, avec 238 incidents. L’effondrement des Forces démocratiques syriennes kurdes dans le nord-est de la Syrie, le retrait des troupes américaines et les évasions massives de camps de détention abritant d’anciens combattants de l’EI devraient fortement façonner l’environnement sécuritaire en Syrie et en Irak en 2026. Le Nigeria a connu une hausse spectaculaire de l’activité de l’EI, les attaques du groupe passant de 20 en 2024 à 92 en 2025.

Al-Shabaab, bien qu’ayant connu une baisse du nombre de morts liés au terrorisme pour la troisième année consécutive, a lancé son offensive de Shabelle au début de 2025, submergeant les positions gouvernementales à travers le centre de la Somalie. À la mi-année, le groupe s’était avancé à moins de 50 kilomètres de Mogadiscio. Cette offensive a exploité la transition entre les missions de maintien de la paix de l’Union africaine, les fractures politiques entre le gouvernement fédéral et les États régionaux, ainsi qu’un approvisionnement en armes venu des Houthis du Yémen.

L’environnement politique mondial, de plus en plus fragmenté, décrit dans le rapport Great Fragmentation de l’IEP, se reflète dans une hausse des attentats terroristes à motivation politique, qui ont augmenté de près de 20 pour cent en 2025. L’Amérique du Sud a représenté 75 pour cent de l’ensemble des décès terroristes liés à une idéologie politique. Malgré la forte médiatisation des attentats en Occident, le moteur principal du terrorisme demeure le conflit. Seulement 1 pour cent des morts dues au terrorisme en 2025 se sont produites en dehors de pays touchés par un conflit.

En Occident, les morts liées au terrorisme ont fortement augmenté, bondissant de 280 pour cent pour atteindre 57 décès. Cette hausse a été largement alimentée par plusieurs attaques de masse, notamment l’attaque au camion de La Nouvelle-Orléans aux États-Unis en janvier, et la fusillade de Bondi Beach en Australie en décembre. L’attaque de Bondi Beach, menée par deux extrémistes djihadistes ayant tué 15 personnes dans une attaque ciblant des Juifs australiens, est désormais l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire du pays et sa fusillade de masse la plus meurtrière depuis 1996. Plusieurs autres attaques très médiatisées en Occident avaient une motivation politique, notamment l’assassinat de l’influenceur politique conservateur américain Charlie Kirk et le meurtre de deux membres du personnel de l’ambassade d’Israël à Washington.

La radicalisation des jeunes est devenue l’une des préoccupations sécuritaires les plus pressantes en Occident. Les jeunes et les mineurs ont représenté 42 pour cent de l’ensemble des enquêtes liées au terrorisme en Europe et en Amérique du Nord en 2025, soit un triplement depuis 2021. Le délai moyen de radicalisation s’est considérablement raccourci : celle-ci peut désormais se produire en quelques semaines seulement, sous l’effet de la propagande en ligne de format court, de l’amplification algorithmique et de l’exploitation des vulnérabilités propres au développement des jeunes.

Les motivations de la radicalisation des jeunes varient selon les régions. En Occident, l’aliénation et l’isolement social sont les principaux facteurs. En Afrique subsaharienne, en revanche, 71 pour cent des recrues ont cité les abus commis par les forces de sécurité de l’État en matière de droits humains comme élément déclencheur de leur entrée dans un groupe extrémiste violent, tandis qu’un quart a invoqué l’absence totale de perspectives d’emploi.

En Occident, on estime que 87 pour cent des mineurs radicalisés avaient des antécédents de négligence ou de maltraitance psychologique, tandis que 77 pour cent avaient connu l’abandon. Les attentats impliquant des mineurs ont aussi beaucoup plus de chances d’être déjoués, avec 97 pour cent interceptés par les services de sécurité entre 2022 et 2025, contre 68 pour cent pour les complots impliquant uniquement des adultes. Les acteurs solitaires ont mené 93 pour cent des attentats terroristes mortels en Occident au cours des cinq dernières années et avaient trois fois plus de chances de réussir à exécuter une attaque que des groupes de deux personnes ou plus.

La proximité des frontières constitue une caractéristique déterminante du terrorisme contemporain. Plus de 41 pour cent des attaques terroristes se sont produites à moins de 50 km d’une frontière internationale, et 64 pour cent à moins de 100 km. Le terrorisme dans les zones frontalières est devenu plus fréquent au cours des quinze dernières années, les attaques se produisant à plus de 100 km d’une frontière étant passées de 38 pour cent en 2011 à 23 pour cent en 2025.

Les zones frontalières représentent des espaces de vacance d’autorité où le contrôle de l’État est le plus faible, et l’incapacité des États à gérer efficacement la contre-insurrection transfrontalière a été un facteur clé dans la propagation du terrorisme dans plusieurs régions. Plusieurs des foyers terroristes les plus persistants du monde sont concentrés le long de zones frontalières, notamment la frontière Colombie-Venezuela, les zones frontalières entre l’Afghanistan et le Pakistan, la zone des trois frontières du Sahel central et le bassin du lac Tchad. L’activité militante transfrontalière dans les zones frontalières afghano-pakistanaises a été le principal moteur de l’escalade vers un conflit ouvert entre les deux pays en février 2026.

Malgré la forte baisse du nombre de morts liées au terrorisme, les conclusions de l’Indice 2026 soulignent l’évolution de la nature du terrorisme mondial. Si le niveau global du terrorisme diminue, la concentration croissante des attaques dans les régions frontalières, la montée de la radicalisation des jeunes et l’expansion de l’activité terroriste à travers l’Afrique subsaharienne mettent en lumière le caractère persistant et adaptable de la menace.

Au moment de la rédaction, le paysage géopolitique s’est fortement détérioré et les perspectives pour le terrorisme en 2026 sont préoccupantes. En Afrique subsaharienne, les améliorations constatées au cours de l’année écoulée masquent les gains territoriaux des groupes djihadistes. Ceux-ci réduisent leurs attaques terroristes contre les civils en cherchant à gagner les cœurs et les esprits et à consolider les territoires récemment conquis. Ils étendent également leurs activités en imposant des blocus économiques aux grandes villes.

En Asie du Sud, les tensions de longue date entre le Pakistan et l’Afghanistan ont dégénéré en conflit ouvert en février 2026, le Pakistan déclarant un état de guerre et lançant des frappes aériennes sur Kaboul et Kandahar. Un conflit ouvert entre les deux pays est susceptible de provoquer des déplacements de population, d’affaiblir les contrôles frontaliers et de créer les vides sécuritaires dans lesquels des groupes comme le TTP et l’EI-KP ont historiquement prospéré.

En Syrie, l’État islamique a annoncé une nouvelle phase de ses opérations à la fin février 2026. L’évasion massive de plus de 20 000 personnes de centres de détention abritant des combattants affiliés à l’EI et leurs familles plus tôt dans l’année représente l’un des risques terroristes émergents les plus importants au monde.

L’opération militaire conjointe américano-israélienne contre l’Iran, lancée le 28 février 2026, accroît considérablement le risque de terrorisme futur. Les frappes de représailles de missiles iraniens contre Israël et contre les alliés américains dans le Golfe, combinées aux relations de longue date de Téhéran avec des réseaux mandataires, notamment le Hamas, le Hezbollah et les Houthis, signifient que les conséquences de cette escalade affecteront toute la région et au-delà. Le risque d’attentats terroristes inspirés par ces réseaux contre les intérêts des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés, tant au Moyen-Orient que dans les pays occidentaux, a fortement augmenté.

En Occident, les conditions de fond qui ont alimenté la hausse de 280 pour cent des morts liées au terrorisme en 2025 ne devraient pas s’atténuer. La polarisation politique, la montée des violences antisémites et la radicalisation rapide des jeunes en ligne continuent de créer un environnement durable dans lequel le terrorisme demeure une menace sérieuse. Pris ensemble, ces crises convergentes suggèrent que l’amélioration mondiale du terrorisme enregistrée en 2025 pourrait n’avoir été qu’un répit temporaire pour de nombreux pays, plutôt que le début d’une tendance durable à la baisse.

Le Sahel demeure l’épicentre mondial du terrorisme, représentant plus de la moitié de l’ensemble des morts liées au terrorisme en 2024, tandis que le nombre de pays touchés continue d’augmenter.