Taliban à Paris : la porte reste fermée

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La Lettre d’Afghanistan
Taliban à Paris : la porte reste fermée
Vingt-six ans après les premières visites de l’an 2000, Paris ferme à nouveau sa porte aux émissaires de Kaboul, selon Intelligence Online

Ce n’est pas la première fois que des taliban posent le pied à Paris. En l’an 2000, deux responsables du régime avaient déjà été reçus au Quai d’Orsay. Un quart de siècle plus tard, une nouvelle délégation a tenté sa chance dans la capitale française, sans plus de succès.

L’épisode est documenté par une réponse écrite du ministère des affaires étrangères à une question parlementaire du député Bruno Bourg-Broc. Deux responsables du régime des taliban avaient alors été reçus au Quai d’Orsay. Le maulawi Abdul Rahman Zahid, premier vice-ministre des affaires de l’Émirat islamique, était venu à Paris le 7 février 2000, après avoir été reçu en Allemagne et en Suisse, puis une seconde fois le 14 septembre. Le mollah Abbas, ministre de la santé, s’était rendu en France le 7 février également.

Le ministère précisait alors que ces représentants n’avaient pas été invités par le gouvernement français et n’avaient obtenu, à leur demande, que des contacts exclusivement techniques. À l’inverse, rappelait le Quai d’Orsay, le commandant Ahmed Shah Massoud avait été reçu au niveau ministériel. Ces contacts, soulignait le texte, n’avaient en rien modifié la nature des relations de la France avec les taliban, Paris s’étant toujours refusé à reconnaître leur régime ou à accéder à toute demande d’ouvrir un bureau de représentation. Ces visites intervenaient un an avant la chute du premier émirat, dans un contexte marqué par les massacres de Mazar-i-Sharif et de Bamyan et par une répression féroce de la presse afghane.

Vingt-six ans plus tard, la scène se répète, avec la même froideur française. Selon des informations publiées par Intelligence Online le 16 juillet 2026, la délégation talibane venue en Europe fin juin ne s’est pas contentée de Bruxelles. D’après le média, qui dit s’appuyer sur plusieurs témoins et des documents consultés, elle n’est pas rentrée en Afghanistan depuis la Belgique, mais par un vol au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle à destination d’Istanbul, le 24 juin.

Toujours selon Intelligence Online, la délégation était composée de Yar Mohammed Haqmal, directeur général des affaires consulaires du ministère taliban des affaires étrangères, de Hedaya Paktin, officier des affaires consulaires, de Shamsurrahman Ahmadzai, chargé du protocole, et de Hasan Bahiss, porte-parole de la direction de la communication et responsable de la 4e division politique en charge de l’Europe. Le média cite également la présence de Ghuncha Gul Arman, directeur d’une 5e division politique dédiée aux rencontres internationales et onusiennes, présenté comme un pilier de la diplomatie du régime, envoyé à tous les rounds de négociation avec le Pakistan tenus à Doha, Tachkent et Istanbul ces derniers mois.

La délégation avait été reçue le 23 juin à Bruxelles par un représentant de la Commission européenne et par des émissaires de plusieurs États membres, notamment la Suède et le Danemark, venus discuter des possibilités d’expulser des Afghans réfugiés en Europe. Intelligence Online rappelle que Berlin a déjà franchi ce pas l’an dernier, plusieurs vols d’exilés ayant été affrétés vers Kaboul après la nomination d’un chargé d’affaires taliban dans la capitale allemande fin 2025.

Le média précise que les visas Schengen des taliban avaient été délivrés par la Belgique, mais que Bruxelles avait demandé qu’ils ne servent pas à se rendre dans un autre pays. Malgré cela, toujours d’après Intelligence Online, les Afghans ont souhaité gagner Paris pour y rencontrer des membres du ministère de la justice ou, à défaut, un représentant du ministère des affaires étrangères. Ils ont pris le train entre les deux villes, sans accompagnement protocolaire. Renseignement pris, ils ont trouvé porte close dans les deux ministères, et ne seraient venus dans la capitale française que pour y prendre leur avion de retour.

Ces réticences françaises tranchent, note Intelligence Online, avec une mission menée à la mi-juin par le chargé d’affaires de Paris pour l’Afghanistan, Fabrice Étienne, à Kaboul. Selon le média, ce dernier y aurait rencontré des diplomates occidentaux et des représentants des autorités locales, et aurait demandé à dormir dans le compound européen, l’ambassade de France étant toujours fermée. Le média ajoute qu’en janvier, Fabrice Étienne avait déjà rencontré à Doha l’ambassadeur taliban dans la capitale qatarie.

Cette froideur s’éclaire aussi à la lumière d’un attachement français ancien à l’autre Afghanistan, celui de la résistance. Paris entretient de longue date une sympathie pour la lignée Massoud, du commandant Ahmed Chah Massoud, tué en 2001 et honoré d’une allée dans la capitale, à son fils Ahmad Massoud, chef du Front de résistance nationale. Ce dernier, reçu à Paris en juin 2025 au plus haut niveau, du président de LR Éric Ciotti au président du Rassemblement national Jordan Bardella, bénéficie d’une estime transpartisane rare. En cherchant à ouvrir les portes de la capitale française, les taliban tentaient sans doute de contrebalancer ce capital de sympathie dont jouit, en France, la figure de la résistance qu’ils combattent. Ils ne l’ont pas obtenu.

Les informations relatives au crochet parisien de 2026, que La Lettre d’Afghanistan n’est pas en mesure de vérifier de manière indépendante, sont attribuées dans leur intégralité à Intelligence Online. De l’an 2000 à aujourd’hui, une constante demeure : Paris reçoit, écoute parfois, mais garde ses ministères fermés, à rebours de la dynamique d’ouverture engagée par plusieurs capitales européennes autour de la question migratoire.

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SOURCES

Intelligence Online

L’étrange crochet parisien d’une délégation talibane

16 juillet 2026, intelligenceonline.fr

Assemblée nationale

Question écrite n° 67451, réponse du ministère des affaires étrangères sur les visites de dirigeants taliban à Paris en 2000

11e législature, questions.assemblee-nationale.fr

France 3 Régions

Qui est Ahmad Massoud, figure de la résistance afghane qui a félicité Éric Ciotti

25 mars 2026, france3-regions.franceinfo.fr

La Lettre d’Afghanistan

Visite stratégique d’Ahmad Massoud à Paris, les 12 et 13 juin 2025

juin 2025, lalettrehebdo.com

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