L’Europe et les talibans

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par Myra Mazdan

L’Europe et les talibans

Les pays européens, qu’ils agissent séparément ou collectivement, entretiennent avec l’Afghanistan des relations profondes et anciennes. Ces relations, au cours du dernier demi-siècle, ont été constamment positives et constructives, tant sur le plan bilatéral qu’au sein de la communauté européenne. La plupart des pays européens ont apporté une aide considérable à l’Afghanistan sur les plans humanitaire, technique et du développement. Sur le plan politique, tous ont maintenu une position raisonnée et équilibrée. Un grand nombre de nos compatriotes ont été accueillis comme réfugiés dans différents pays d’Europe. Les dirigeants, les responsables politiques, les représentants gouvernementaux, les organisations non gouvernementales, les médias et l’opinion publique européens ont toujours manifesté compassion et bienveillance à l’égard de l’Afghanistan, en jouant un rôle positif.

On pourrait écrire une vaste encyclopédie sur les relations entre l’Afghanistan et l’Europe. On se contentera ici de quelques mots succincts.

Il convient toutefois de rappeler un point capital. Presque tous les pays européens ont adopté, à l’égard de l’Afghanistan, une position politique unifiée, très proche voire identique : face à l’invasion de l’Armée rouge, face aux ingérences destructrices des pays voisins et de la région, face au terrorisme et à l’extrémisme, pour la défense des valeurs des droits de l’homme, et enfin pour la reconstruction et l’établissement d’un régime démocratique en Afghanistan, tous se sont tenus dans un seul et même rang.

Ces relations profondes et durables des différents pays européens ont également guidé l’action de l’Union européenne.

Nous savons tous qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants politiques européens ont pris une série d’initiatives fondamentales pour assurer la paix et la stabilité sur le continent. Ils ont ainsi créé une structure commune, d’abord sous le nom de « Communauté européenne », qui a progressivement évolué pour devenir l' »Union européenne ».

L’Union européenne compte aujourd’hui 27 États membres et regroupe plus de 450 millions de personnes. Sur le plan mondial, elle constitue l’une des grandes puissances de la scène internationale.

L’Union européenne forme en réalité un système politique et économique unifié. On peut dire, autrement, qu’elle fonctionne comme un gouvernement disposant, à l’instar de tous les gouvernements, de trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Le pouvoir législatif est exercé par le Parlement européen, dont le siège est à Strasbourg ; le pouvoir exécutif par la Commission européenne, dont le siège est à Bruxelles ; le pouvoir judiciaire par la Cour de justice européenne, dont le siège est à Luxembourg.

Comme dans tout système institutionnel, des divergences de vues existent entre ces trois institutions. Les parlementaires ont leur propre approche, les technocrates et fonctionnaires de la Commission européenne en ont une autre, et la Cour de justice européenne la sienne.

Les talibans et un nouveau défi

Après avoir pris le contrôle de l’Afghanistan, le groupe taliban a constitué une structure administrative sous le nom d' »Émirat des talibans », suscitant de nombreuses questions fondamentales et des difficultés considérables. Le plus significatif est qu’hormis la Fédération de Russie, aucune institution ni aucun pays ne reconnaît cet « Émirat des talibans ».

Par ailleurs, après la chute de Kaboul aux mains des talibans le 15 août 2021, les pays européens ont transféré en Europe, sans vérifications suffisantes, un grand nombre d’Afghans en tant que réfugiés. D’autres ont rejoint l’Europe par des voies irrégulières et ont demandé l’asile. Parmi eux, la demande d’asile d’un certain nombre d’Afghans n’a pas été acceptée. Ceux qui se sont rendus coupables d’infractions pénales ont été déchus de leur droit à la protection et sont passibles d’expulsion.

C’est dans ce contexte que les fonctionnaires de la Commission européenne ont pris contact avec l' »Émirat des talibans » pour organiser le retour de ces Afghans déboutés et condamnés à l’expulsion vers l’Afghanistan. Cette démarche est, en apparence, de nature technique et administrative, et non politique.

Deux questions importantes

Pourquoi la Commission européenne établit-elle des relations de travail avec un groupe terroriste et extrémiste ? Quelle est la nécessité d’inviter un groupe terroriste et extrémiste au siège de la Commission européenne, alors que de tels échanges sont parfaitement possibles depuis Kaboul, sous occupation talibane ?

Un enjeu plus grave encore

Comme indiqué plus haut, les pays européens ont, durant les cinquante dernières années, maintenu à l’égard de l’Afghanistan des positions constantes et cohérentes.

La chute de l’Afghanistan aux mains des talibans a eu des répercussions néfastes sur l’Union européenne elle-même. Il apparaît clairement que le Parlement européen, la grande majorité des États membres, les organisations de défense des droits de l’homme, les organisations de défense des droits des femmes, les médias et l’opinion publique européens sont tous opposés aux talibans, qu’ils perçoivent comme une menace hostile. Dans certains cas, certains se prononcent même en faveur d’un rapprochement et d’une coopération accrue avec la résistance populaire.

Or la Commission européenne, pour des raisons obscures et inexpliquées, cherche à engager et à développer des relations de travail avec les talibans.

En termes simples, on pourrait dire que les talibans sont devenus un facteur de division et d’affaiblissement au sein de l’Union européenne : le Parlement européen soutient la résistance et le peuple afghan, tandis que la Commission européenne cherche à s’engager avec les talibans.

Si cet engagement se développe davantage, on assistera à des allées et venues croissantes de représentants talibans dans les ambassades, les consulats et les capitales européennes. On peut facilement imaginer un rapprochement obscur et une coopération dangereuse entre les talibans et les courants extrémistes et nationalistes européens. Sans parler des défis sécuritaires majeurs que cela poserait. Imaginons le reste.

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