Le réseau militant afghan et la menace croissante pour la sécurité régionale – Tribune

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Le réseau militant afghan et la menace croissante pour la sécurité régionale – Tribune

30/03/2026

File photo of a screenshot from a video of members of Islamic State Khorasan Province (ISKP) training in Nangarhar, Afghanistan.

By Saima Afzal

Depuis la prise de pouvoir de l’Afghanistan par les talibans (2021), le paysage sécuritaire afghan a connu un changement structurel, passant d’une insurrection fragmentée à un réseau militant plus consolidé et systématisé. Le retour du régime taliban n’a pas mis fin à l’instabilité ; Elle a reconfiguré la manière dont la violence, l’idéologie et les acteurs transnationaux opèrent.

L’Afghanistan n’est plus un champ de bataille fracturé, mais un espace de sécurité comprimé où des groupes terroristes, des combattants étrangers, l’extrémisme idéologique et les économies illicites fonctionnent dans une structure mutuellement renforcée. Plutôt que de démanteler les infrastructures militantes, la gouvernance post-2021 a permis leur persévérance, brouillant la frontière entre production idéologique et capacité opérationnelle. Les évaluations des Nations Unies indiquent la présence de plus de vingt groupes terroristes internationaux, avec jusqu’à 13 000 combattants étrangers et environ 20 000 à 23 000 militants au total, dont Al-Qaïda, Tehrik-i-Taliban Pakistan, EIIL-K et le Mouvement islamique du Turkestan oriental opérant avec un espace de sanctuaire, mobilité et coordination.

Le Pakistan, en revanche, agit comme une ligne de confinement absorbant la pression et limitant le débordement. Pourtant, cette pression augmente et franchit de plus en plus les frontières. L’instabilité ne provient pas de la population afghane, mais d’un ordre politique qui intègre l’application idéologique, la fragilité économique et la militance transnationale dans un système cohérent. Il ne s’agit pas de fragmentation, mais de convergence transformant l’Afghanistan en une plateforme de militantisme transnational, renforcée par un refus persistant de refuges sûrs et un engagement diplomatique faible qui ont permis à ces réseaux de se consolider plutôt que de se fragmenter.

Le Pakistan en première ligne

L’ Indice mondial du terrorisme 2026 renforce un changement crucial dans la dynamique sécuritaire régionale : l’Afghanistan est redevenu l’épicentre du débordement du terrorisme après le retour au pouvoir des talibans en 2021. L’environnement actuel a permis la réouverture de refuges sûrs pour plusieurs groupes terroristes, créant des conditions qui ont intensifié la violence transfrontalière, en particulier au Pakistan.

Cet impact est particulièrement visible le long de la frontière Afghanistan-Pakistan, où la violence s’est fortement concentrée. En 2025, plus de 74 % des attaques terroristes et 67 % des décès liés au terrorisme au Pakistan ont eu lieu dans cette région, soulignant la centralité géographique de la militance transfrontalière. Le Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP), opérant depuis le territoire afghan, s’est imposé comme l’acteur le plus meurtrier. Elle a été responsable de 56 % de tous les décès liés au terrorisme, ayant mené 595 attaques qui ont causé 637 décès — soit une augmentation de 13 % et reflètent à la fois une capacité opérationnelle accrue et une intensité croissante de la violence.

Cette escalade ne se limite pas à la seule fréquence. Le TTP a démontré une sophistication accrue, notamment l’utilisation de drones et le ciblage soutenu à la fois des forces de sécurité et des civils. De tels développements indiquent un niveau de profondeur opérationnelle difficile à maintenir sans accès à un sanctuaire externe, un soutien logistique et un espace stratégique.

L’environnement plus large a été façonné par la gouvernance talibane, qui a fourni de l’espace opérationnel, des ressources et une profondeur stratégique aux réseaux militants. Cela a directement contribué à la résurgence de l’extrémisme violent dans toute la région. Parallèlement, le refus persistant de refuges sûrs et l’efficacité limitée de l’engagement diplomatique ont limité les efforts pour relever ces dynamiques, permettant aux groupes militants de se consolider plutôt que de se fragmenter.

Le rôle du Pakistan dans ce paysage en évolution n’est donc pas rhétorique. Il agit opérationnellement – agissant comme tampon immédiat contre un système qui exporte de l’instabilité. Pourtant, ce rôle comporte des limites. Les pressions sur la sécurité intérieure, les incohérences politiques et les résultats diplomatiques contraints ont compliqué la capacité du Pakistan à transformer le confinement tactique en stabilité à long terme.

En conséquence, le terrorisme transfrontalier s’est intensifié tant en ampleur qu’en impact, déstabilisant davantage la région. L’Afghanistan a de plus en plus assumé le rôle de centre de projection du terrorisme vers les États voisins, transformant l’instabilité localisée en un défi régional plus large pour la sécurité.

L’idéologie comme infrastructure de gouvernance

L’une des caractéristiques déterminantes du système afghan actuel est l’intégration de l’idéologie dans la gouvernance elle-même. Cet écosystème est renforcé par une expansion idéologique agressive sous le cheikh Haibatullah Akhundzada, où gouvernance, droit et éducation sont alignés pour soutenir la radicalisation et assurer la continuité du contrôle doctrinal.

Depuis août 2021, le réseau de madrassas s’est considérablement étendu — d’environ 13 000 à plus de 23 000 établissements — tandis que l’effectif étudiant est passé de 1,5 million à près de 3 millions. Cette expansion reflète la mise à l’échelle systématique des infrastructures idéologiques plutôt que la croissance organique.

Les madrassas ne sont plus des institutions complémentaires ; elles sont devenues un pilier central de la gouvernance, façonnant les récits, régulant le comportement social et alimentant les canaux de recrutement. Le Code de procédure pénale des talibans, introduit en 2026, complète ce système en formalisant une hiérarchie rigide, en criminalisant la dissidence et en intégrant l’obéissance dans le cadre juridique.

Ce cadre n’est pas introspectif ; elle porte des implications transnationales, renforçant des récits qui dépassent les frontières de l’Afghanistan et contribuant à la diffusion de l’idéologie extrémiste dans toute la région.

Ensemble, ces éléments créent un système intégré dans lequel la conformité idéologique est produite, appliquée et maintenue.

De la production idéologique à la production opérationnelle

L’importance de ce système réside dans sa continuité. L’endoctrinement mené par les madrassas alimente directement les canaux de recrutement des militants. Les groupes déjà présents en Afghanistan — y compris le TTP, Al-Qaïda et l’EIIL-K — bénéficient d’un afflux constant de recrues idéologiquement alignées.

Le rapport des Nations Unies de février 2026 souligne cette convergence. Elle confirme que la gouvernance talibane n’a pas démantelé les réseaux terroristes mais a permis leur persévérance. Le TTP à lui seul devrait déployer entre 5 000 et 7 000 combattants ayant une portée opérationnelle transfrontalière. Les éléments de l’ETIM ont été partiellement intégrés dans les structures talibanes, y compris l’intégration dans les rôles policiers, reflétant le chevauchement entre l’autorité de l’État et les acteurs militants. Al-Qaïda continue de fonctionner comme un instructeur et un multiplicateur de forces, tandis que l’EIIL-K conserve une profondeur opérationnelle dans le nord de l’Afghanistan.

Ce n’est pas une coexistence passive ; C’est un écosystème mutuellement renforcé reliant directement la production idéologique aux réseaux opérationnels.

Débordement régional et risque stratégique

Les conséquences ne se limitent plus au Pakistan. Le débordement régional est déjà visible et en expansion.

En novembre 2025, des attaques provenant du territoire afghan ont visé des intérêts chinois au Tadjikistan, où des frappes de drones ont tué cinq ressortissants chinois en quatre jours. Les infiltrations transfrontalières ultérieures en janvier 2026 ont conduit à des affrontements armés, avec des terroristes tués et de grandes réserves d’armes et d’équipements récupérées, confirmant un mouvement militant organisé depuis le sol afghan.

La présence d’ éléments liés à l’ETIM près du Badakhshan et du corridor du Wakhan met en lumière une vulnérabilité croissante le long de la périphérie de l’Asie centrale. Ces développements démontrent que l’Afghanistan est de plus en plus utilisé comme base de base pour des attaques au-delà de ses frontières.

Cela a des implications directes pour les intérêts stratégiques chinois, y compris la connectivité de la Ceinture et la Route, ainsi que pour l’architecture sécuritaire plus large de l’Asie centrale.

Conclusion

Le Pakistan reste le principal tampon contre l’expansion externe du système militant afghan, mais le confinement n’est qu’un équilibre temporaire. À mesure que les réseaux idéologiques se renforcent et que la coordination opérationnelle s’intensifie, les pressions internes en Afghanistan débordent de plus en plus de ses frontières. Sans une action régionale coordonnée combinant partage de renseignements, diplomatie calibrée et efforts pour perturber à la fois les infrastructures idéologiques et opérationnelles, la trajectoire pointe vers une instabilité durable. Les risques ne sont plus prospectifs ; Elles se déploient déjà dans toute la région.