L’Afghanistan, terrain stratégique redevenu central dans la guerre d’influence des grandes puissances

L’Afghanistan, terrain stratégique redevenu central dans la guerre d’influence des grandes puissances

On croyait l’Afghanistan relégué aux marges du théâtre mondial, abandonné par les puissances après le retrait américain de 2021. Mais à en croire les dernières analyses de Lynne O’Donnell et de Jason Criss Howk, ce territoire meurtri redevient, plus que jamais, un terrain de confrontation entre empires. Non pas pour ses montagnes ou ses bases, mais pour ce qui se trouve sous ses pieds : ses minerais, ses ressources critiques, son potentiel énergétique — enjeu stratégique dans la nouvelle géoéconomie mondiale.

Le retour d’un Grand Jeu : base militaire contre terres rares
L’article de Lynne O’Donnell, Project Taliban, met en lumière le rôle devenu symbolique de la base aérienne de Bagram. Alors que les rumeurs d’une prise de contrôle par la Chine enflent, Trump en fait un argument électoral, dénonçant la perte d’un atout stratégique. Peu importe que la preuve fasse défaut : l’enjeu est ailleurs. Bagram incarne désormais une lutte de présence et d’influence, où la Chine, la Russie et les États-Unis se disputent la clé d’un pays aux sous-sols estimés à plus de 1 000 milliards de dollars de ressources minières. Les États-Unis tentent de revenir, non plus par les armes, mais par les affaires. Selon O’Donnell, des messages clairs ont été adressés aux Talibans : cessez les contrats miniers avec la Chine, ouvrez la porte aux entreprises américaines. L’Afghanistan, hier champ de bataille idéologique, devient aujourd’hui une bourse d’échange de concessions économiques.

Une légitimation toxique : quand les ressources justifient l’oubli
Jason Criss Howk, dans son article publié sur ClearanceJobs, analyse avec gravité la récente reconnaissance du régime taliban par la Russie. Ce geste diplomatique marque un tournant : il ouvre la voie à une normalisation progressive, qui permettrait aux Talibans de siéger à l’ONU. Pourquoi ? Parce que la Russie, inquiète des mouvements djihadistes post-Crocus City Hall, cherche un arrangement sécuritaire, quitte à légitimer un régime qui pratique l’apartheid de genre. Mais cette reconnaissance n’est pas gratuite : en échange, Moscou chercherait à recruter les anciens soldats afghans pour les envoyer combattre en Ukraine. Une autre forme d’exploitation des ressources afghanes — humaine, cette fois.

L’arrière-plan minier : ce que convoitent les puissances
Ni la Russie, ni la Chine, ni les États-Unis ne s’intéressent aux libertés civiles afghanes. Leur regard se fixe sur un autre trésor : l’eldorado minéral du pays, particulièrement riche en lithium, cuivre, cobalt, fer, or, et terres rares. Le lithium, notamment, est devenu un produit stratégique majeur pour la transition énergétique mondiale. La Chine a déjà signé des concessions minières massives avec le régime taliban, et construit méthodiquement sa présence dans les infrastructures. La Russie, via sa reconnaissance diplomatique, ouvre la voie à de futures négociations économiques. Les États-Unis, après avoir cédé le terrain, veulent revenir par la pression : reprise du dialogue avec les Talibans, promesses d’exclusivité pour leurs entreprises, tentative d’affaiblir l’influence chinoise. Les Talibans, malgré leur isolement, sont devenus les courtiers d’une guerre d’influence dans laquelle chaque puissance cherche à sécuriser sa part du butin. Les ressources naturelles sont monétisées en échange de reconnaissance politique, d’accords sécuritaires ou de silence diplomatique.

L’Afghanistan oublié… sauf par les stratèges
Pour les populations afghanes, c’est une tragédie en marche. Tandis que les droits humains sont bafoués, que les femmes disparaissent de l’espace public, que l’éducation s’effondre, les grandes puissances redessinent leur carte d’influence sur le dos d’un peuple bâillonné. Ni O’Donnell ni Howk ne s’y trompent : la logique actuelle n’est pas humanitaire, mais cyniquement stratégique. Howk, en particulier, alerte sur cette hypocrisie globale. Il dénonce les ONG complices, les aides détournées, les diplomates aveugles qui traitent avec les Talibans au lieu de soutenir une opposition démocratique dispersée mais bien vivante. Il plaide pour un revirement total : cesser de financer le régime, et soutenir la création d’un contre-pouvoir légitime, notamment via les plateformes comme Vienne.

Ce que révèle ce regain d’intérêt : une fracture morale
Le retour des grandes puissances en Afghanistan — Chine par les mines, Russie par la diplomatie, États-Unis par le marché — dévoile une vérité dérangeante : le sort d’un peuple compte peu face aux convoitises économiques. Il n’y a pas de stratégie globale pour les droits, l’éducation ou la justice. Il y a des stratégies parallèles pour sécuriser le lithium, détourner les élites militaires, et occuper les zones clés. Le « Grand Jeu » du XIXe siècle entre l’Empire britannique et la Russie renaît dans une version 2.0, où les Talibans remplacent les émirats tribaux, et où les minerais valent plus que les droits humains.

Un pays en pièces, convoité pour ses entrailles
L’Afghanistan n’a jamais cessé d’être stratégique. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est la manière dont ce statut est instrumentalisé. Les puissances ne s’intéressent plus à la pacification ou à la reconstruction, mais à l’accès prioritaire aux ressources. Les Talibans le savent et jouent de cette dépendance mondiale. L’avenir de l’Afghanistan ne se jouera donc pas uniquement à Kaboul, mais aussi à Pékin, Washington, Moscou, et dans les coulisses diplomatiques où se négocient contrats miniers et légitimations politiques. Reste à savoir si une voix afghane souveraine, démocratique et unifiée parviendra à se faire entendre — avant que le pays ne soit, une fois de plus, vendu à la découpe.

Afghanistan’s Bagram Air Base is on the front line of a war for influence

Reconnaissance du régime par la Russie – Analyse géopolitique

Russia-Afghanistan Recognition – Special Eurasia, 4 juillet 2025

Afghanistan–China relations – Wikipedia

Relations économiques Chine–Afghanistan (exploitation minière, projets pétroliers)

Exploitation minière en Afghanistan (cuivre, lithium, terres rares)

Rumeurs sur Bagram et la Chine – Analyse critique

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