
Rapport United Nations A/80/658-S/2026/99
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Afghanistan : la guerre que les Talibans ne peuvent plus cacher
Le dernier rapport du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, consacré à « La situation en Afghanistan et ses implications pour la paix et la sécurité internationales », offre une photographie précise mais incomplète de la réalité afghane. À première vue, l’Afghanistan semble stabilisé depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021. Les lignes de front ont disparu, les grandes batailles appartiennent au passé et les talibans contrôlent l’ensemble du territoire. Pourtant, derrière cette façade d’ordre imposé par la force, une autre réalité se dessine : celle d’une guerre diffuse, fragmentée et en expansion, menée à la fois par des groupes jihadistes et par des mouvements de résistance opposés au régime taliban. Cette guerre reste encore largement invisible, mais elle pourrait bien déterminer l’avenir politique du pays.
La « stabilité » talibane : une illusion stratégique
Dans son rapport au United Nations Security Council, António Guterres reconnaît que les talibans ont réussi à réduire les affrontements de grande ampleur. Mais cette apparente pacification ne signifie pas que la violence ait disparu. Au contraire, la nature du conflit a changé. Les combats frontaux ont été remplacés par une multiplication d’attaques ciblées, d’embuscades, d’assassinats et d’opérations de guérilla.
Cette transformation du conflit est typique des guerres asymétriques. Lorsque l’un des acteurs détient le contrôle territorial, ses adversaires abandonnent les affrontements directs pour adopter une stratégie d’attrition. C’est exactement ce qui semble se produire aujourd’hui en Afghanistan.
Le régime taliban reste militairement dominant, mais il doit désormais faire face à deux types de menaces simultanées : d’un côté les organisations jihadistes concurrentes, de l’autre une résistance armée qui se reconstitue lentement.
L’État islamique : l’ennemi idéologique
Parmi les menaces sécuritaires identifiées par l’ONU, la plus visible reste celle de Islamic State – Khorasan Province. Cette branche régionale de l’organisation État islamique considère les talibans comme des apostats pour avoir accepté certaines formes de relations diplomatiques avec le monde extérieur.
ISKP a revendiqué plusieurs attentats majeurs ces dernières années : attaques contre des mosquées chiites, attentats contre des rassemblements civils et assassinats ciblés de responsables talibans. L’organisation cherche à saper la légitimité du régime en démontrant son incapacité à assurer la sécurité.
Mais si ISKP constitue une menace réelle, il ne représente pas le seul défi pour les talibans. Un autre phénomène, plus discret mais potentiellement plus déterminant, se développe dans plusieurs régions du pays : le retour progressif de la résistance armée anti-talibane.
La résurgence de la résistance armée
Depuis 2022, plusieurs mouvements insurgés ont émergé ou se sont réorganisés pour combattre les talibans. Les plus importants sont :
- National Resistance Front of Afghanistan
- Afghanistan Freedom Front
- Afghanistan Liberation Movement
Ces organisations opèrent principalement dans le nord et le nord-est du pays, régions historiquement hostiles aux talibans.
Le National Resistance Front, associé politiquement à Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmad Shah Massoud, constitue le mouvement le plus structuré. Son modèle militaire repose sur des opérations de guérilla : attaques rapides contre des postes talibans, embuscades contre des convois et assassinats ciblés.
Et l’histoire afghane montre une chose : les guerres invisibles finissent rarement par le rester.
Un rapport déjà dépassé par les événements
Un élément mérite d’être souligné dans la lecture du rapport présenté par António Guterres au United Nations Security Council : les données analysées s’arrêtent au 31 janvier 2026.
Autrement dit, le document ne prend pas en compte une évolution majeure intervenue immédiatement après cette date : l’escalade militaire ouverte entre les talibans et le Pakistan, déclenchée fin janvier et intensifiée au cours du mois de février.
Depuis lors, plusieurs incidents ont marqué une détérioration spectaculaire de la situation sécuritaire régionale :
- frappes aériennes pakistanaises sur des positions situées en territoire afghan ;
- bombardements transfrontaliers ;
- ripostes et déclarations belliqueuses des autorités talibanes ;
- montée des tensions le long de la ligne Durand.
Cette séquence marque un tournant important. Jusqu’ici, les relations entre Islamabad et Kaboul étaient caractérisées par une hostilité larvée, nourrie notamment par la présence du Tehrik-e-Taliban Pakistan en Afghanistan. Mais les événements de février 2026 ont fait franchir un seuil supplémentaire : la confrontation a désormais pris une dimension quasi-militaire ouverte.
Le rapport de l’ONU mentionne bien les tensions entre les deux pays, mais il ne peut évidemment pas intégrer les développements les plus récents. Cette limite chronologique explique pourquoi le document apparaît déjà partiellement dépassé par la rapidité de l’évolution régionale.
Or cette dimension est essentielle pour comprendre la situation actuelle. Une confrontation durable entre le Pakistan et le régime taliban pourrait transformer l’Afghanistan en théâtre d’une nouvelle rivalité stratégique régionale, avec des implications directes pour l’Asie centrale, l’Iran et même la Chine.
Autrement dit, si le rapport de l’ONU décrit avec précision les fragilités internes du régime taliban, il ne mesure pas encore pleinement l’impact potentiel de la nouvelle phase de tensions militaires avec le Pakistan.
Et c’est peut-être là que se joue désormais l’un des principaux facteurs d’instabilité du pays.
Saisie d’armes à la frontière pakistanaise
Les autorités talibanes ont annoncé la saisie d’un important arsenal au poste-frontière de Torkham, dans la province de Nangarhar. Selon le vice-gouverneur Ghulam Rahman Haidari, les forces talibanes ont intercepté 525 armes et environ 27 000 cartouches, ainsi que du matériel militaire comprenant de la corde détonante (primacord), des dispositifs laser et des jumelles.
L’arsenal se trouvait dans un véhicule transportant des migrants afghans revenant du Pakistan. Un Afghan et un Pakistanais ont été arrêtés.
Cette saisie intervient dans un contexte de tensions militaires croissantes entre Kaboul et Islamabad, alimentant les interrogations sur les circuits d’armement et les réseaux actifs dans la région frontalière.
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