Taliban Madrasas: Ideological Consolidation, Gender Persecution and Afghanistan’s Future Stability

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Madrasas des talibans: consolidation idéologique, persécution entre les sexes et stabilité future de l’Afghanistan


RAPPORT A TELECHARGER https://hamrahnetwork.org/wp-content/uploads/2026/06/Taliban-Madrasa-Report.pdf


Un système éducatif parallèle, construit pour durer

Un rapport publié en juin 2026 par HAMRAH Network apporte une documentation rare sur une mutation profonde de la société afghane. Son titre dit l’essentiel: consolidation idéologique, persécution de genre, et avenir de la stabilité du pays. Au cœur de l’analyse se trouve un constat qui dérange les diplomaties occidentales. Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les taliban n’ont pas seulement détruit l’école afghane. Ils en ont bâti une autre, religieuse, centralisée, politisée, conçue pour durer bien au-delà du moment présent.

Une enquête de terrain dans deux provinces contrastées

L’enquête repose sur un travail de terrain mené clandestinement entre mars et mai 2026 dans deux provinces choisies pour leur contraste. Kandahar, berceau du mouvement et siège réel du pouvoir spirituel et politique. Bamiyan, province à majorité hazara et chiite, historiquement résistante aux taliban et longtemps réputée pour la scolarisation de ses filles. Plus de trente-quatre entretiens viennent compléter l’observation directe et la cartographie des institutions. Les auteurs prennent soin de distinguer données vérifiées, conclusions de terrain et témoignages, et reconnaissent que les contraintes d’accès limitent la vérification de certaines statistiques officielles.

Une expansion sans précédent

Le premier enseignement du rapport tient à l’échelle de la transformation. Avant 2021, environ cinq mille madrasas étaient officiellement enregistrées dans le pays, la plupart fonctionnant de manière informelle, sans tutelle de l’État. En septembre 2025, le ministère de l’Éducation de fait en revendiquait plus de vingt-trois mille, accueillant 3,65 millions d’élèves religieux. Les institutions religieuses dépassent désormais en nombre les quelque dix-huit mille écoles publiques et privées du pays. Aucun gouvernement afghan moderne n’avait atteint un tel degré de centralisation et de régulation du secteur religieux.

Le modèle de la franchise et la conversion du public

Cette croissance ne s’explique pas d’abord par des constructions neuves. Elle procède d’une absorption méthodique. Des écoles coraniques privées, communautaires, longtemps autonomes, ont été happées dans un appareil administratif unique, avec curricula approuvés, certifications reconnues et salaires versés par l’État. Le rapport parle d’un modèle de franchise: en échange d’argent public et de reconnaissance officielle, les madrasas existantes entrent dans le système. Cette mécanique permet aux taliban d’étendre leur emprise idéologique rapidement et à faible coût.

À cette absorption s’ajoute la conversion d’infrastructures publiques. Écoles, universités, dortoirs, instituts de formation des enseignants, parfois des stations de télévision ont été repurposés. Le rapport cite la transformation en madrasa d’un lycée moderne de Khost, déplaçant environ six mille élèves et cent trente enseignants, ou encore la réquisition de l’université de Panjshir. Dans le même temps, les taliban n’ont créé qu’un nombre limité d’écoles publiques nouvelles, un contraste qui dit où vont leurs priorités.

Une architecture à plusieurs étages

Le document propose une typologie utile pour comprendre l’architecture du système. Les madrasas standard assurent le conditionnement religieux de masse. Les centres Dar-ul-Huffaz, spécialisés dans la mémorisation du Coran, captent les enfants très jeunes et servent de porte d’entrée. Les Dar-ul-Ulooms forment, sur plusieurs années, les futurs clercs, juges et administrateurs qui peupleront l’appareil d’État.

La catégorie la plus politiquement sensible reste celle des madrasas djihadistes. Établies par décret du chef suprême Hibatullah Akhundzada, administrées depuis Kandahar en dehors de la chaîne ministérielle ordinaire, ce sont les institutions les mieux dotées du système. Le rapport est prudent sur leur contenu: rien ne prouve qu’elles dispensent un entraînement militaire spécialisé. Mais elles fonctionnent comme un mécanisme de sélection et de recrutement, identifiant les diplômés les plus loyaux pour les placer dans les postes de gouvernement et de sécurité. Officiellement limitées à une par province, elles seraient en réalité bien plus nombreuses: vingt-trois recensées à Kandahar pour la seule capitale et quatre districts.

Un financement opaque et considérable

La question du financement reste l’un des angles morts les plus inquiétants. Aucune transparence budgétaire n’existe. Le rapport avance néanmoins une estimation prudente: bâtir un tiers seulement des quatre mille madrasas annoncées coûterait entre un et 1,2 milliard de dollars, hors équipement, salaires et entretien. La Banque mondiale indiquait en 2025 que l’éducation représentait 18,8 pour cent du budget taliban, deuxième poste après la sécurité, dont l’essentiel part en salaires.

À ces fonds publics s’ajoutent d’autres circuits. Un budget discrétionnaire du chef suprême, des collectes coercitives auprès des commerçants, et la taxation religieuse, ushr et zakat, dont les taliban affirmaient avoir tiré environ un milliard de dollars en 2023. Le rapport souligne avec justesse qu’une telle ampleur d’investissement ne peut s’expliquer par les seules ressources intérieures, et appelle à un examen international sérieux des sources et mécanismes de ce financement.

La persécution de genre érigée en doctrine

Viennent ensuite les deux conséquences structurelles que les auteurs privilégient. La première est l’institutionnalisation de la persécution de genre. Les filles, bannies du secondaire et du supérieur, n’ont plus que les madrasas féminines comme unique option éducative. Un sondage cité dans le rapport, mené auprès de plus de huit mille femmes dans les trente-quatre provinces, indique que pour 56 pour cent des familles, c’est précisément l’interdiction du secondaire qui motive l’inscription des filles en madrasa.

L’enseignement qu’on y dispense ne se limite pas à l’exclusion passive. Les témoignages recueillis décrivent une doctrine: acceptation de la polygamie, valorisation du mariage précoce, notamment avec des combattants, surveillance du corps féminin jusque dans la couleur du vernis ou la forme des sourcils. Des frères passés par la madrasa se mettent à policer leurs sœurs. La modélisation d’ONU Femmes projette une hausse de 25 pour cent des mariages d’enfants. Une génération se forme dans un ordre où la subordination des femmes n’est plus une politique réversible, mais une doctrine sanctifiée.

Un risque sécuritaire idéologique et régional

La seconde conséquence est sécuritaire, et le rapport la traite avec nuance. Le danger principal n’est pas, en l’état des preuves, une production industrielle de combattants. Il est idéologique et générationnel. Des dizaines de milliers de diplômés sortent chaque année d’un cadre qui fond ensemble autorité religieuse, loyauté politique et identité militante. Le chef suprême commande la loyauté personnelle de centaines de milliers d’étudiants pour qui son appel au djihad relève de l’obligation religieuse.

Cette dimension idéologique a des prolongements régionaux. Le système enseigne que critiquer l’Émirat relève de la fitna, et certains responsables ont qualifié ceux qui s’opposent au régime de wajeb ul-qatl, passibles de mort. Les minorités non hanafites, chiites, ismaéliennes, soufies, sont présentées comme coupables de bid’ah. À l’échelle de la région, l’écosystème déobandi transfrontalier nourrit le TTP. Le rapport rappelle qu’en février 2026, le Pakistan s’est déclaré en état de guerre ouverte avec l’Afghanistan, après une année 2025 marquée par plus de mille attaques et 3 400 morts selon un institut pakistanais.

L’échec de l’engagement et l’urgence d’agir

La conclusion s’adresse directement aux capitales étrangères. L’engagement pragmatique, fondé sur l’espoir que l’exercice du pouvoir modérerait le mouvement, n’a produit aucun changement observable. Pire, il a parfois légitimé les taliban. Le système des madrasas est, écrivent les auteurs, la démonstration la plus claire de leur projet réel: une transformation profonde de la société, taillée pour survivre à la pression politique. Ni la conditionnalité de l’aide ni la diplomatie seules ne suffiront à la renverser.

Les recommandations appellent à recalibrer l’engagement autour de lignes rouges publiques, à financer massivement les filières éducatives alternatives et la société civile afghane, à renforcer le mandat de surveillance de la MANUA et à soutenir le mécanisme d’enquête indépendant pour l’Afghanistan. Les auteurs concluent par une mise en garde: plus le système s’enracine, plus toute intervention deviendra difficile. Le temps d’agir, écrivent-ils, c’est maintenant.

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