
LETTRE OUVERTE POUR L’AFGHANISTAN
à Mme Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne
M. António Costa, Président du Conseil européen
Mme Roberta Metsola, Présidente du Parlement européen
Mme Kaja Kallas, Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
23 avril 2026
Aux estimés représentants de l’Union européenne,
Nous, soussignés représentants de la société civile et responsables politiques issus de tout l’Afghanistan, écrivons avec urgence pour exprimer notre profonde inquiétude face au projet signalé d’inviter des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions sur l’expulsion de ressortissants afghans. Nous partageons les préoccupations légitimes de l’Europe concernant les migrations irrégulières et comprenons les pressions politiques auxquelles les gouvernements européens sont confrontés. Toutefois, l’approche actuellement envisagée ne résoudra pas ces préoccupations — elle ne fera que les aggraver.
L’Europe s’est longtemps posée en phare des droits humains et des valeurs démocratiques. Ceux qui ont cherché refuge dans les pays européens l’ont fait en grande partie parce qu’ils croyaient en ces valeurs et recherchaient une protection contre ceux qui les rejettent. Nous exhortons l’UE à ne pas laisser les pressions de court terme liées à la gestion migratoire compromettre le cadre de principes qui confère à la diplomatie européenne son autorité morale — et, en définitive, son efficacité.
Les civils fuient l’Afghanistan en nombre record non pas en raison de l’absence d’accords de réadmission, mais à cause des conditions imposées par les talibans. Les déplacements massifs sont la conséquence directe des politiques et de l’idéologie extrémiste des talibans : effacement systématique des femmes de la vie publique, suppression des libertés fondamentales, exclusion politique, et recours généralisé à la violence et à la terreur. Aucun accord de réadmission avec les talibans ne changera ces réalités fondamentales. Ignorer les causes profondes ne réduira pas la migration ; cela renforcera les conditions mêmes qui la provoquent. Les personnes renvoyées en Afghanistan feront face aux mêmes conditions qui les ont poussées à fuir. Sans solution politique instaurant un gouvernement inclusif et représentatif, les flux migratoires ne feront que s’intensifier.
Accueillir des responsables talibans à Bruxelles ne réduira pas la pression migratoire — cela réduira la pression sur les talibans. Au lieu de s’attaquer aux causes profondes, cela les aggravera. Une invitation à Bruxelles envoie aux autorités de facto le signal qu’elles peuvent continuer à priver les femmes et les hommes d’Afghanistan de leurs droits fondamentaux tout en bénéficiant d’une reconnaissance diplomatique. Les talibans utiliseront cela, au niveau national et régional, comme preuve d’une légitimité croissante, récompensant précisément les comportements que l’UE a constamment condamnés. Plutôt que d’encourager des réformes, cela supprime l’un des rares leviers de redevabilité encore existants.
Cette approche est également incohérente avec la politique établie de l’UE. Après la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont convenu de cinq critères à satisfaire avant toute interaction substantielle — aucun n’a été respecté. Au contraire, au cours des cinq dernières années, les talibans ont intensifié leur répression : exclusion des femmes et des filles de la vie publique, suppression de la liberté d’expression et de réunion, et consolidation d’un gouvernement excluant les autres acteurs politiques, groupes ethniques et les femmes. Accueillir les talibans à Bruxelles contredit directement le cadre de l’UE et vide ces critères de toute valeur en tant qu’outil de pression.
Nous reconnaissons que l’UE n’est pas la seule à faire face à des choix difficiles concernant l’Afghanistan, et nous ne demandons pas à l’Europe d’ignorer les réalités de la gestion migratoire. Mais une voie plus efficace existe. L’UE devrait clarifier aux talibans que tout engagement substantiel — y compris sur la migration — est conditionné à des progrès vers les cinq critères. Plutôt que de récompenser les talibans par une visite à Bruxelles, l’UE devrait utiliser son influence politique et économique considérable pour exiger que les talibans acceptent de véritables négociations politiques — incluant des représentants de toutes les composantes de la société afghane, notamment les femmes, les groupes ethniques, la société civile et l’opposition démocratique. Ce n’est qu’à travers un tel processus politique inclusif et un changement de l’écosystème politique actuel en Afghanistan qu’une gouvernance stable pourra émerger et s’attaquer aux causes des déplacements.
Nous appelons donc l’Union européenne à :
(i) S’abstenir d’accueillir des responsables talibans à Bruxelles ou d’accorder une reconnaissance diplomatique comparable sous prétexte de la question des réfugiés, tant que les talibans ne démontrent pas des progrès crédibles vers les cinq critères de l’UE, tels qu’adoptés par le Conseil des affaires étrangères en septembre 2021 ;
(ii) Utiliser l’ensemble de ses leviers diplomatiques et économiques pour faire pression sur les talibans afin qu’ils engagent de véritables négociations politiques avec les divers acteurs politiques afghans, la société civile et les représentantes des femmes — en précisant clairement que toute normalisation des relations, y compris sur la migration, est conditionnée à des progrès en ce sens ;
(iii) Soutenir les initiatives favorisant un dialogue inclusif et l’établissement d’un ordre politique légitime en Afghanistan ;
Nous restons engagés à collaborer avec les parties prenantes de l’UE sur cette question afin de proposer des analyses et recommandations orientées vers des solutions.
Cordialement,
Nasir Andisha, Center for Dialogue, Peace and Human Rights – Genève
S.E. Manizha Bakhtari, Ambassadrice d’Afghanistan en Autriche
Khandan Danish, Afghanistan International TV
Raila Dostum, Fondation Dostum
Parasto Hakim, Association HELP
Abdullah Khenjani, Comité politique du Front national de résistance
Masooma Khawari, ancienne ministre et militante des droits humains
Fawzia Koofi, Women for Afghanistan
Nigara Mirdad, Réseau diplomatique des femmes afghanes
Dauod Naji, Comité politique du Front de la liberté d’Afghanistan
Nargis Negan, Farageer
Zalmai Nishat, Fondation Mosaic
Khalid Pashtun, ancien député
Wazhma Tokhi, militante pour les droits des jeunes femmes et l’éducation de qualité
Aliya Yilmaz, professeure assistante à l’Université Süleyman Demirel, Turquie
Afghan Women’s Freedom & Thought Foundation
Afghan Women’s History Transformation Movement
Afghanistan Women’s Light of Freedom Movement
Afghanistan Women’s New Future Movement
Afghanistan Women’s Organization for Equality
Afghanistan Women’s Solidarity Movement
Progressive Forces of Afghanistan Movement
Spontaneous Movement of Protesting Women in Afghanistan
Women Aid Afghanistan
Women’s Justice Movement
Women’s Freedom Organization
Women Movement for Peace and Freedom
Copie : Envoyé spécial de l’UE pour l’Afghanistan
Ambassadeurs du Comité politique et de sécurité de l’UE
OPEN LETTER ON AFGHANISTAN
Ms. Ursula von der Leyen, President of the European Commission
Mr. António Costa, President of the European Council
Ms. Roberta Metsola, President of the European Parliament
Ms. Kaja Kallas, High Representative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy
23 April 2026
To the Esteemed Representatives of the European Union,
We, the undersigned civil society representatives and political leaders from across Afghanistan, write with urgency to express our profound alarm at the reported plan to invite Taliban officials to Brussels for talks on the deportation of nationals from Afghanistan. We share Europe’s genuine concerns about irregular migration, and understand the political pressures that European governments face. However, the approach now being contemplated will not solve those concerns—it will only make them worse.
Europe has long stood as a beacon of human rights and democratic values. Those who have sought refuge in European countries did so in large part because they believed in those values and sought protection from those who reject them. We urge the EU not to allow short-term migration management pressures to compromise the principled framework that gives European diplomacy its moral authority—and ultimately, its effectiveness.
Civilians have been fleeing Afghanistan in record numbers not because of a lack of deportation agreements, but because of the conditions that the Taliban imposes. Mass displacement is the direct consequence of Taliban policies and extremist ideology: its systematic erasure of women from public life, its elimination of basic freedoms, its political exclusion, and its rampant use of violence and terror. No deportation arrangement with the Taliban will change these underlying realities. Ignoring root causes will not reduce migration; it will entrench the very conditions that drive it. People who are returned to Afghanistan will face the same conditions that drove them to flee. Without a political solution that creates an inclusive and representative government, migration flows will only intensify.
Hosting Taliban officials in Brussels will not reduce the pressure to migrate—it will reduce the pressure on the Taliban. Instead of addressing the underlying issues, it will exacerbate them. An invitation to Brussels signals to the de facto authorities that they can continue to deny the women and men of Afghanistan their fundamental rights and still receive international diplomatic hospitality. It will be used domestically and regionally by the Taliban as evidence of growing legitimacy, rewarding precisely the conduct that the EU has consistently condemned. Rather than incentivizing reform, it removes one of the few remaining levers of accountability.
This approach is also inconsistent with the EU’s own established policy. Following the Taliban’s seizure of power in August 2021, EU Foreign Ministers agreed on five benchmarks that must be met before substantive engagement could be extended: none of which has been met. On the contrary, over the past five years, the Taliban has deepened its repression: excluding women and girls from public life, suppressing freedom of speech and assembly, and consolidating a government that excludes other political actors, ethnic groups and women. Hosting the Taliban in Brussels directly contradicts the EU’s own framework and eliminates the benchmarks as a meaningful tool of leverage.
We recognize that the EU is not alone in facing difficult choices on Afghanistan, and we do not ask Europe to ignore the realities of migration management. But there is a more effective path. The EU should make its conditions clear to the Taliban that any substantive engagement—including on migration—is contingent upon progress toward the five benchmarks. Rather than rewarding the Taliban with a Brussels visit, the EU should exert its considerable political and economic leverage to demand that the Taliban agree to a genuine political negotiation—one that includes representatives of all of Afghanistan’s communities, including women, ethnic groups, civil society and the democratic opposition. Only through such an inclusive political process and a change of the current political ecosystem in Afghanistan can we achieve the stable governance needed to stem displacement at its source.
We therefore call upon the European Union to:
(i) Refrain from hosting Taliban officials in Brussels or extending comparable diplomatic recognition under the pretext of refugees until the Taliban demonstrates credible progress toward the EU’s five benchmarks, as agreed by the Foreign Affairs Council in September 2021;
(ii) Use your full diplomatic and economic leverage to press the Taliban to enter into a genuine political negotiation with Afghanistan’s diverse political actors, civil society, and women’s representatives—making clear that normalization of relations, including on migration, is conditional on progress toward this end;
(iii) Support initiatives that promote inclusive dialogue and the establishment of a legitimate political order in Afghanistan;
We remain committed to engage on this issue with EU stakeholders to provide solution-oriented views and recommendations.
Sincerely,
Nasir Andisha, Center for Dialogue, Peace and Human Rights – Geneva
H.E. Manizha Bakhtari, Ambassador of Afghanistan to Austria
Khandan Danish, Afghanistan International TV
Raila Dostum, Dostum Foundation
Parasto Hakim, HELP Association
Abdullah Khenjani, Political Committee of National Resistance Front
Masooma Khawari, Former Minister and Human Rights Activist
Fawzia Koofi, Women for Afghanistan
Nigara Mirdad, Afghanistan Women’s Diplomatic Network
Dauod Naji, Political Committee of the Freedom Front of Afghanistan
Nargis Negan, Farageer
Zalmai Nishat, Mosaic Foundation
Khalid Pashtun, Former Member of Parliament
Wazhma Tokhi, Youth Advocate for Women and Quality Education
Aliya Yilmaz, Assistant Professor at Suleyman Demirel University, Turkey
Afghan Women’s Freedom & Thought Foundation
Afghan Women’s History Transformation Movement
Afghanistan Women’s Light of Freedom Movement
Afghanistan Women’s New Future Movement
Afghanistan Women’s Organization for Equality
Afghanistan Women’s Solidary Movement
Progressive Forces of Afghanistan Movement
Spontaneous Movement of Protesting Women in Afghanistan
Women Aid Afghanistan
Women’s Justice Movement
Women’s Freedom Organization
Women Movement for Peace and Freedom
CC: EU Special Envoy for Afghanistan
Ambassadors of the EU Political and Security Committee