Afghanistan: Situation Update #2, Humanitarian Impact of Afghanistan-Pakistan Military Escalation

Afghanistan: Situation Update #2, Humanitarian Impact of Afghanistan-Pakistan Military Escalation, publié le 18 mars 2026 et couvrant la période du 6 au 17 mars.

Le document décrit une dégradation rapide de la situation humanitaire provoquée par l’escalade militaire entre le Pakistan et l’Afghanistan. Le conflit est alors entré dans sa troisième semaine, sans cessez-le-feu ni mécanisme de désescalade crédible. Entre le 26 février et le 17 mars, 289 victimes civiles ont été recensées en Afghanistan, dont 76 morts et 213 blessés. Les femmes et les enfants représentent plus de la moitié des victimes, ce qui montre que les frappes et affrontements ne touchent plus seulement les zones frontalières mais frappent directement les populations civiles. Le rapport souligne aussi l’extension géographique des hostilités, avec des frappes, tirs d’artillerie, mortiers et drones dans au moins dix provinces afghanes, ainsi que des ripostes des autorités de facto contre des positions pakistanaises.

L’un des constats majeurs du rapport concerne les déplacements. Les premières estimations faisaient état d’environ 115 000 personnes déplacées, mais au 17 mars, les évaluations menées dans 75 villages et localités avaient permis de confirmer 40 000 déplacés, soit plus de 5 600 familles. Plus de 318 abris ont été détruits ou gravement endommagés. Les besoins immédiats concernent surtout l’hébergement d’urgence, l’eau, la nourriture et les soins. Le rapport insiste aussi sur une dérive préoccupante: dans plusieurs sites de déplacement du Kunar, des déplacés internes ont reçu l’ordre de retourner dans leurs zones d’origine, alors même que la situation reste instable.

Le document montre ensuite que l’escalade militaire produit un effet systémique sur les services essentiels. Des infrastructures civiles et humanitaires ont été endommagées, notamment les centres de transit de l’OIM à Torkham et Spin Boldak, une tour de télécommunication en Paktia, ainsi qu’un dépôt de carburant à Kandahar. La fermeture prolongée des points de passage avec le Pakistan depuis octobre 2025 bloque une grande partie du commerce et perturbe les chaînes d’approvisionnement. Cela entraîne une hausse des prix des produits de base: le riz importé a augmenté de 40 pour cent et l’huile végétale de 20 pour cent depuis décembre 2025. Dans le même temps, l’itinéraire alternatif passant par l’Iran devient lui aussi incertain à cause des tensions régionales, ce qui fragilise encore davantage l’acheminement de l’aide.

Sur le plan sectoriel, le rapport décrit une pression très forte sur l’éducation, la santé, la nutrition et la protection. Plus de 9 000 élèves, dont 3 600 filles, sont privés d’école à cause de fermetures ou de perturbations d’établissements. Vingt-cinq structures de santé ont fermé ou suspendu leurs activités, et onze sites de nutrition restent fermés dans plusieurs provinces de l’est. En parallèle, les besoins de protection explosent: plus de 50 000 personnes sont considérées à risque de violences fondées sur le genre, dont une immense majorité de femmes et de filles. Le rapport souligne aussi le danger croissant des restes explosifs de guerre dans les districts frontaliers.

La réponse humanitaire existe, mais elle reste partielle et sous tension. Des classes communautaires ont rouvert, des biscuits énergétiques et des kits médicaux ont été distribués, des services psychosociaux et des aides en espèces ont été déployés, et des stocks d’urgence d’eau et d’hygiène ont été prépositionnés. Mais l’OCHA insiste sur des limites très nettes: zones inaccessibles pour raisons sécuritaires, lenteurs administratives, suspension de certaines opérations, pénuries médicales, fermetures de services nutritionnels, et surtout manque de financements. Le rapport note par exemple un déficit de 779 000 dollars pour couvrir les besoins restants en aide monétaire polyvalente, tandis que les ruptures logistiques risquent de provoquer dès avril des interruptions dans certaines réponses alimentaires.

Au fond, ce document montre que l’escalade militaire entre le Pakistan et l’Afghanistan ne se résume pas à une confrontation frontalière. Elle est devenue une crise humanitaire à effets multiples: morts civiles, déplacements forcés, fermeture des routes commerciales, hausse des prix, paralysie partielle des services de santé et d’éducation, aggravation des risques pour les femmes et les enfants. L’idée centrale du rapport est claire: même si les marchés tiennent encore partiellement, la combinaison de la guerre, des fermetures frontalières et des obstacles d’accès crée un choc humanitaire profond dont les conséquences pourraient rapidement s’étendre si les hostilités se poursuivent.