Le Bulletin Afghan du 2 au 8 mars 2026

Récapitulatif hebdomadaire de l’actualité sur le terrain en Afghanistan.

Afghanistan : une semaine dominée par l’escalade avec le Pakistan

La semaine a été marquée avant tout par une forte aggravation des affrontements entre les talibans et le Pakistan le long de la ligne Durand. Les combats se sont étendus sur plusieurs jours et plusieurs provinces frontalières, avec des échanges d’artillerie, des frappes aériennes, des survols de drones et des affrontements terrestres. Les talibans ont revendiqué des frappes de représailles, la destruction de positions pakistanaises et la prise de certains postes-frontières, sans vérification indépendante. De son côté, le Pakistan affirme viser des groupes armés opérant depuis le territoire afghan. Les conséquences pour les civils sont lourdes : habitations touchées, marchés incendiés, morts d’enfants, blessés et déplacements massifs de population.

Sur le plan humanitaire, la MANUA a indiqué qu’au moins 56 civils ont été tués et 129 blessés depuis le début des affrontements fin février, tandis que plus de 16 000 familles ont été déplacées. La fermeture de la frontière avec le Pakistan aggrave encore la crise, en perturbant l’aide humanitaire et les approvisionnements.

⚠️ À l’intérieur du pays, cette guerre frontalière s’accompagne d’un resserrement autoritaire. Plusieurs témoignages font état de recrutements forcés, de pressions sur les anciens militaires et de manifestations anti-pakistanaises imposées à la population. Des habitants disent avoir été contraints de participer à des rassemblements après des annonces dans les mosquées et des fermetures de commerces. Cette instrumentalisation nationaliste montre que les talibans cherchent à mettre en scène une unité nationale contre le Pakistan, tout en renforçant leur contrôle interne.

Sur le terrain des droits humains, la situation reste extrêmement préoccupante. Les flagellations publiques se poursuivent. Un rapport de l’ONU publié cette semaine révèle qu’au moins 1 110 personnes ont été fouettées en public en 2025, presque le double de 2024, dont 170 femmes. Le mois de janvier 2026, à lui seul, a connu un niveau particulièrement élevé de châtiments. En parallèle, l’ONU a dénoncé l’interdiction faite aux femmes de travailler dans ses bureaux en Afghanistan, rappelant que cette mesure compromet gravement l’acheminement de l’aide vers les femmes et les filles.

📰 La liberté de la presse continue également de reculer. À Ghazni, les talibans ont fermé Radio Khushhal, une station qui diffusait des programmes éducatifs pour les filles, au motif que des adolescentes intervenaient par téléphone à l’antenne.

Sur le plan international, la semaine a aussi été marquée par des appels à la désescalade émanant de la Russie, de la Chine et de la Turquie, tandis que l’Union européenne a acheminé une aide nutritionnelle à Kaboul pour des enfants souffrant de malnutrition aiguë. En revanche, l’Allemagne a confirmé qu’elle ne rétablirait pas les admissions annulées de plus de 2 300 Afghans bloqués au Pakistan.

Enfin, le digest souligne une détérioration majeure pour les Afghans cherchant refuge aux États-Unis : suspension du traitement de nombreux dossiers, durcissement migratoire, risques de refus définitifs de visa, détentions accrues et recommandations juridiques urgentes pour les réfugiés et demandeurs afghans.

En résumé, cette semaine montre un Afghanistan pris dans une double dynamique de guerre extérieure et de répression intérieure : affrontements frontaliers, instrumentalisation de la population, poursuite des châtiments publics, marginalisation accrue des femmes et fermeture progressive de tout espace civique. Le pays s’enfonce davantage dans l’instabilité, tandis que les Afghans, à l’intérieur comme en exil, voient se réduire leurs marges de protection.

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