
Voici une synthèse du document FAO “Digital vouchers as a market-based instrument for seed sector commercialization in Afghanistan – Phase I: Early findings” (janvier 2026).
Le document présente une réforme importante de l’aide agricole en Afghanistan : la FAO, via l’Emergency Food Security Project (EFSP) financé par la Banque mondiale, remplace progressivement les distributions humanitaires de semences “en nature” (gratuites) par un mécanisme de marché reposant sur des bons numériques (e-vouchers) avec co-paiement. L’objectif est double : redonner du pouvoir de choix aux agriculteurs et stimuler un secteur privé des semences encore trop dépendant d’un modèle institutionnel et d’acheteurs “dominants”. La démarche vise aussi à répondre à des contraintes structurelles : manque de liquidités des ménages ruraux, prix des semences certifiées, liens faibles et fragmentés entre agriculteurs et producteurs nationaux, difficultés d’accès accrues pour les femmes.
1) Le dispositif testé (Phase I)
Le mécanisme est simple : les agriculteurs reçoivent un voucher électronique couvrant 50% du prix de 50 kg de semences de blé certifiées, et paient les 50% restants directement chez des entreprises privées afghanes de semences (PSEs). Toute la chaîne est gérée via la plateforme numérique IDEA de la FAO (identification, délivrance, “empowerment”), avec vérification biométrique et suivi en temps réel, afin d’améliorer transparence et redevabilité. Des agronomes formés par la FAO sont présents aux points de vente pour conseiller les producteurs (choix variétal, bonnes pratiques). Le programme intègre des mesures sensibles au genre (créneaux dédiés, livraison à domicile si nécessaire) pour contourner les obstacles de mobilité et d’accès.
2) Chiffres clés de la Phase I (2025)
La Phase I a touché 21 500 agriculteurs, dont 10% de femmes (2 150), dans 9 provinces et 13 districts, avec 15 entreprises privées engagées. Valeur totale du schéma : 636 190 USD, répartie en 318 095 USD de contribution projet + 318 095 USD de co-paiement des agriculteurs. Les vouchers ont permis de distribuer 537,5 tonnes de semences certifiées. Fait notable : les points de vente ont aussi enregistré 560 tonnes de semences supplémentaires vendues “plein tarif”, pour une valeur d’environ 331 411 USD. Le programme complet est conçu pour atteindre 135 000 ménages agricoles sur plus de 20 provinces en trois saisons, et une Phase II est annoncée à 44 500 agriculteurs. (Ces éléments chiffrés figurent dans l’encadré “Phase I: In numbers”, p.2.)
3) Résultats opérationnels : ça marche techniquement
Les constats de suivi (données IDEA + monitoring tiers) indiquent une mise en œuvre robuste : 100% des vouchers émis ont été utilisés, et les contrôles de bout en bout (biométrie, cartes NFC, collecte du co-paiement, reçus) ont été observés de manière régulière, réduisant les risques de fuite/détournement. La distribution a été globalement alignée avec le calendrier de semis ; les retards semblent plutôt liés à des contraintes locales d’approvisionnement, pas à une faille du design. (p.3)
4) Acceptation des agriculteurs : plutôt positive, mais socialement sélective
Le co-paiement est largement accepté : plus de 80% des participants se disent prêts à recommencer dans des conditions similaires. Mais le document souligne un point clé : le modèle favorise mécaniquement les ménages disposant de liquidités. La plupart ont payé leur part via revenus/épargne, ce qui signifie que les exploitations les plus pauvres ou à trésorerie fragile risquent d’être moins incluses. Le ciblage a donc surtout atteint des agriculteurs relativement “productifs” (propriétaires actifs, décideurs du ménage) — utile pour la production, mais limitant pour l’équité d’accès. (p.3)
5) Effets de marché : signaux encourageants, mais encore à confirmer
Le document insiste sur des premiers signes de demande commerciale : une part importante d’agriculteurs a acheté des quantités additionnelles au prix du marché, au-delà du quota subventionné, et certaines entreprises disent avoir vendu à des centaines d’agriculteurs hors dispositif. Les ventes commerciales “en plus” sont parfois très importantes (jusqu’à 40–50% des volumes distribués via vouchers) — et, au total, la quantité vendue en plus est même supérieure à la quantité distribuée via le co-paiement pendant la Phase I. Cependant, la FAO reste prudente : ces effets “catalytiques” sont inégaux et freinés par l’abordabilité (prix) et les contraintes de cash ; il faudra plusieurs saisons pour conclure sur la durabilité. (p.4)
Point important : le document ne constate pas de distorsion majeure imputable au voucher sur les prix ; les hausses de prix observées seraient plutôt dues à des facteurs externes (coûts d’importation, taux de change, transport). Les prix des semences certifiées étant fixés par la Direction de certification des semences, l’augmentation annuelle serait “exogène” au dispositif. (p.4)
6) Limite structurante : l’engrais
Autre enseignement : la demande d’engrais existe (environ la moitié des agriculteurs interrogés se disent prêts à en acheter), mais l’achat reste fortement limité par les mêmes contraintes de liquidité. Or les gains de productivité attendus sont moindres si l’on améliore la semence sans accès suffisant aux intrants complémentaires. (p.4)
7) Perspectives (Way forward)
La FAO conclut que le voucher numérique co-payé est une plateforme prometteuse pour engager le secteur privé dans un contexte fragile, mais que la suite doit renforcer : (1) la qualité de livraison, (2) l’observation des comportements d’achat sur plusieurs saisons, (3) l’analyse fine des profils d’agriculteurs (qui peut payer, qui est exclu), afin d’équilibrer commercialisation, inclusion, productivité et sécurité alimentaire. (p.5)




