L’ombre grandissante : les ambitions des talibans et l’instabilité régionale Bareen | Initiative for Development – BID – Webinar
« Afghanistan : Instabilité régionale, gouvernance talibane et menaces émergentes »

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1. Introduction générale
Le webinar, modéré par Lynne O’Donnell, examine les dynamiques politiques et sécuritaires de l’Afghanistan plus de quatre ans après le retour des talibans au pouvoir. Les intervenants — Nilofar Sakkhi, Mohsin Dawar, Hans Schindler, Kabir Taneja et l’ambassadeur Asif Durrani — analysent l’évolution du régime taliban, les effets régionaux de son idéologie, l’essor des groupes terroristes et l’absence de stratégie collective pour gérer la crise.
2. Les messages clés du panel
A. Une menace structurelle : les talibans comme source d’instabilité
Dr Nilofar Sakkhi identifie trois facteurs majeurs :
- Les talibans comme menace existentielle :
– liens profonds avec Al-Qaïda, TTP, mouvements d’Asie centrale ;
– alliances idéologiques et financières enracinées depuis les années 1990. - Montée en puissance de l’ISKP :
– réorganisation et attaques transnationales (Iran, Russie, Afghanistan) ;
– multiplication des foyers de violence depuis 2021. - Renforcement du TTP au Pakistan :
– soutien tacite des talibans afghans ;
– expansion du réseau et intensification des attaques.
Résultat : un arc régional d’instabilité, aggravé par la prolifération des madrasas et la radicalisation sociale.
B. Pakistan – Afghanistan : le « Projet Taliban » qui se retourne contre Islamabad
Selon Mohsin Dawar :
– Le Pakistan a historiquement soutenu les talibans, pensant y trouver une profondeur stratégique.
– Aujourd’hui, le TTP contrôle de facto plusieurs zones du Khyber Pakhtunkhwa, tandis que des milliers de combattants talibans afghans circulent librement sur le territoire pakistanais.
– Les talibans utilisent le Pakistan comme base logistique, familiale et financière.
Le résultat est paradoxal :
la profondeur stratégique recherchée par le Pakistan s’est transformée en profondeur stratégique pour les talibans… au Pakistan même.
L’effondrement économique afghan, la fermeture des frontières et le retour massif de réfugiés alimentent le recrutement militant et consolident une économie de guerre durable.
C. Hans Schindler : la « victoire narrative » talibane renforce le terrorisme mondial
Pour Hans Schindler, la chute de Kaboul en 2021 a :
– renforcé Al-Qaïda et les branches de l’État islamique en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie ;
– prouvé que la stratégie de « harcèlement jusqu’au retrait » fonctionne ;
– affaibli la volonté occidentale d’intervenir de nouveau.
Les camps d’entraînement en Afghanistan n’ont qu’un objectif : préparer des attaques en Occident.
L’ISKP utilise désormais des modèles d’opérations « low cost / high impact » — ciblant en particulier les jeunes via TikTok — rendant la surveillance plus difficile.
D. Asif Durrani : une relation Pakistan–Taliban sous contrainte
L’ambassadeur décrit une relation fondée sur :
– une frontière tribale complexe (17 tribus de part et d’autre) ;
– des échanges humains et économiques massifs ;
– l’impossibilité pour Islamabad de rompre totalement.
Il reconnaît :
– des erreurs historiques, notamment après 2001 ;
– une stratégie qui n’a jamais été un « soutien total », mais un pragmatisme forcé.
Il souligne :
– une diplomatie talibane inexpérimentée et incohérente ;
– des engagements signés puis systématiquement reniés ;
– une gouvernance chaotique incapable d’assumer ses obligations.
E. Kabir Taneja : vers une déstabilisation régionale majeure
Selon lui :
– Les talibans ne pourront pas maintenir la façade de « stabilité ».
– Les pays de la région sont épuisés et ne coopèrent pas entre eux.
– Aucun mécanisme régional sérieux n’existe pour anticiper le choc à venir.
Chaque État gère la menace individuellement : un terrain idéal pour que les talibans étendent leur influence et jouent des rivalités (Iran, Inde, Asie centrale, Pakistan).
F. Pourquoi les États continuent-ils de dialoguer avec les talibans ?
Nilofar Sakkhi répond clairement :
– Parce qu’ils n’ont pas le choix.
– Parce qu’ils doivent gérer le commerce, l’eau, les frontières, les populations, le transit, et les groupes armés.
– Parce que leur approche est opportuniste et court-termiste.
Il n’y a :
– ni consensus régional,
– ni vision de long terme,
– ni stratégie unifiée.
Cette fragmentation profite directement aux talibans, qui utilisent leurs liens avec les groupes terroristes comme levier diplomatique.
3. Réponses aux questions clés du public
Recrutement de mineurs par les groupes terroristes
Hans Schindler explique :
– ce n’est pas un choix stratégique, mais une conséquence du modèle terroriste contemporain ;
– TikTok joue un rôle central par son algorithme incontrôlé ;
– les plateformes doivent être tenues pour responsables et coopérer proactivement.
Pourquoi dialoguer avec un régime irrationnel ?
Nilofar Sakkhi :
– Les talibans sont à la fois un groupe militant et un régime totalitaire ;
– Ils créent une instabilité existentielle, mais la région manque d’alternative crédible ;
– Seule une stratégie régionale coordonnée + un processus politique interne en Afghanistan pourra changer les dynamiques.
Le Pakistan doit-il avouer son erreur historique ?
Asif Durrani :
– Des erreurs ont été commises, mais liées à une réalité géographique et tribale ;
– La crise actuelle est le résultat d’un mélange d’héritage, de pragmatisme et de mauvaise gestion ;
– Des mesures correctives sont en cours, mais leur efficacité reste incertaine.
4. Conclusion générale
Le webinar met en lumière plusieurs réalités convergentes :
- Les talibans demeurent une menace interne et régionale majeure.
- Le terrorisme transnational reprend de la vigueur à partir du territoire afghan.
- Le Pakistan paie aujourd’hui ses ambiguïtés stratégiques.
- L’Occident s’est retiré mentalement et politiquement du dossier afghan.
- La région agit en ordre dispersé, offrant aux talibans un environnement idéal pour consolider leur pouvoir.
- Aucune paix durable n’est possible sans un mécanisme régional structuré et un véritable processus politique afghan.
Ce webinar montre combien la question afghane reste un nœud géopolitique central, ignoré par l’Occident mais déterminant pour la stabilité de l’Asie et de l’Europe.










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