Le Pakistan déclare la guerre aux talibans

L’escalade militaire entre le Pakistan et les talibans marque un tournant dramatique dans le conflit afghan, où Islamabad semble pivoter vers un soutien stratégique aux résistances anti-talibanes, tandis que les talibans s’affaiblissent régionalement dans un contexte de chaos moyen-oriental explosif.

Contexte géopolitique tendu

Le Pakistan et les talibans sont entrés en guerre ouverte jeudi soir dernier, avec des attaques talibanes massives sur les postes-frontières pakistanais dans les provinces de Nangarhar, Kunar, Nuristan, Khost et Paktia. Selon Kaboul, ces assauts ont causé des dizaines de morts parmi les gardes pakistanais et plusieurs captifs. En riposte immédiate, l’armée pakistanaise a lancé l' »Opération Ghazab-ul-Haq », une campagne de bombardements aériens ciblant Kaboul, Kandahar et Paktia, tuant au moins 120 combattants talibans d’après les sources officielles d’Islamabad. Les chiffres des pertes restent invérifiables indépendamment, alimentant les accusations croisées : les talibans justifient leurs frappes comme représailles à des bombardements pakistanais antérieurs sur Paktika et Nangarhar, qui auraient impliqué des civils.

Cette flambée fait suite à l’échec patent des médiations menées par Qatar, Turquie et Arabie saoudite, rendant tout dialogue improbable à court terme. Le Pakistan étend désormais les hostilités des zones frontalières poreuses – théâtre récurrent des affrontements avec le TTP (Tehrik-i-Taliban Pakistan) – aux bastions talibans comme Kaboul, capitale politique, et Kandahar, centre spirituel du mouvement. Islamabad signale ainsi une volonté claire de « terminer le travail inachevé des États-Unis et de l’Occident » en Afghanistan, critiquant vertement l’héritage d’armes américaines abandonnées : vision nocturne, drones, et munitions lourdes qui équipent aujourd’hui les talibans. Cette rhétorique marque un virage : le Pakistan, historiquement ambigu face aux talibans afghans, semble désormais les considérer comme une menace existentielle directe.

Réactions des résistances afghanes

Dans ce chaos, Ahmad Massoud, leader charismatique du Front national de résistance (NRF), tend la main : il qualifie le Pakistan de « pays frère » et appelle Islamabad à entamer des pourparlers pour bâtir une confiance mutuelle, visant paix et stabilité bilatérales. Ce discours pragmatique, tenu récemment via vidéo, cadre parfaitement avec l’actualité et contraste avec les hostilités : Massoud insiste sur un rôle commun pour la sécurité régionale, évitant les rancunes passées liées au soutien pakistanais aux talibans. Parallèlement, des rumeurs crédibles – relayées dans les cercles afghans exilés – évoquent une zone tampon frontalière confiée à d’anciens membres de l’armée afghane (ex-ANA), soutenue par l’establishment militaire pakistanais. Le général Yaseen Zia, ex-chef d’état-major de l’Armée nationale afghane et leader du Front de libération de l’Afghanistan (AFF), émerge comme candidat sérieux pour sa gestion, aux côtés d’un rôle clé pour le NRF. Ce scénario, potentiellement sans troupes étrangères, alignerait Islamabad avec les résistances non talibanes, marquant un revirement stratégique face à la menace talibane-TTP.

Affaiblissement taliban régional

Les talibans perdent rapidement leurs soutiens régionaux : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Qatar, visés par des missiles iraniens ce jour, reçoivent un soutien ferme du Premier ministre pakistanais. Zabihullah Mujahid, porte-parole taliban, avait promis un appui à l’Iran dans ce conflit, mais Téhéran subit des pertes dévastatrices confirmées par des sources internationales : Ali Shamkhani, conseiller clé du Guide suprême, Mohammad Khakpour (chef des Gardiens de la Révolution islamique) et Amir Hatami (ex-ministre de la Défense) ont été tués dans les frappes US-Israël ; la mort d’Ali Khamenei, Guide suprême, est annoncée solennellement par les médias d’État iraniens, confirmée par des figures comme Trump, déclenchant 40 jours de deuil national. Affaibli et décapité, l’Iran cherche à régionaliser le conflit en frappant ces monarchies du Golfe (y compris Bahreïn, Jordanie, Koweït), visant à déstabiliser les marchés pétroliers et boursiers pour exercer une pression économique et politique sur les États-Unis et leurs alliés. Cette stratégie désespérée isole davantage les talibans, autrefois proxys iraniens potentiels.

Instrumentalisation interne des talibans

À Herat (ouest) et dans de multiples mosquées afghanes, les talibans exploitent cette guerre anti-pakistan pour consolider leur pouvoir interne : imams mobilisés, foules galvanisées contre un « ennemi externe », propagande martiale pour unifier une population épuisée par cinq ans de régime. Cette rhétorique nationaliste masque mal leur isolement croissant, diplomatique et militaire, et leur incapacité à gouverner sans répression.

Parallèle historique : capitulation de Doha

Six ans après l’accord de Doha (février 2020), les talibans célèbrent encore une « victoire » illusoire sur Kaboul, mais un parallèle cruel s’impose. En 2001, les États-Unis exigèrent l’expulsion d’Oussama ben Laden, la fermeture des camps al-Qaïda et la fin des liens terroristes – refusées par Mullah Omar, déclenchant l’invasion. À Doha, les talibans acceptèrent des conditions bien plus dures : empêcher al-Qaïda sur leurs territoires, ne menacer ni les USA ni leurs alliés, lancer des négociations intra-afghanes, former un gouvernement inclusif, coopérer militairement contre l’EI avec Washington. Ce fut une reddition stratégique déguisée en triomphe, contredite aujourd’hui par leur agression sur le Pakistan et leurs alliances fragiles avec un Iran agonisant.

Perspectives d’escalade

Cette guerre Pakistan-talibans ouvre une fenêtre historique pour les résistances (NRF de Massoud, AFF de Zia), potentiellement backées par Islamabad via une zone tampon frontalière sécurisée. L’Iran, décapité politiquement et militairement, pousse une déstabilisation régionale vaine, aggravant l’instabilité sans contrepartie claire. Sans vérification indépendante des bilans – centaines de morts probables de part et d’autre –, le risque d’élargissement vers l’Asie centrale (Tadjikistan, Ouzbékistan) ou le Golfe sunnite plane lourdement, avec retombées humanitaires catastrophiques : réfugiés massifs, famines, terrorisme exporté. Un dialogue inclusif s’impose d’urgence, intégrant résistances afghanes, Pakistan et acteurs régionaux. Massoud incarne cette voie pragmatique : du « frère » pakistanais à une alliance anti-talibane stabilisatrice, seule à même de restaurer paix et souveraineté en Afghanistan.

Sources

Médias mainstream (actualités conflit 2026)

  • Le Monde : « Pakistan-Afghanistan : après le bombardement de Kaboul par l’armée pakistanaise » (27/02/2026)
  • France 24 : « Après des frappes sur Kaboul, le Pakistan se dit en ‘guerre ouverte' » (27/02/2026)
  • Le Grand Continent : « Vers une guerre à grande échelle entre le Pakistan et l’Afghanistan ? » (26/02/2026)
  • Revue Conflits : « Pakistan-Afghanistan : la poudrière s’embrase » (26/02/2026)
  • Wikipédia FR : « Conflit de 2026 entre l’Afghanistan et le Pakistan » (mise à jour 26/02/2026)

Analyses spécialisées (résistances, zone tampon)

  • Wikipedia EN : Biographie Yasin Zia, leader AFF et ex-chef ANA
  • Small Wars Journal : « Lawrence’s Shadow: How Afghan Resistance Can Topple the Taliban » (09/01/2026, attaques NRF/AFF)
  • Ajmal’s Substack : « Ahmad Massoud’s NRF and Pakistan’s Army cut a secret Deal » (15/09/2024, rumeurs zone tampon)
  • La Lettre Hébdo : « L’opposition afghane face aux talibans : une ligne de crête sans soldats étrangers mais pas sans soutien » (23/11/2025)

Sources primaires (tweets/vidéos)

  • NRF Updates (@NRFUpdates) : Appel Massoud à Pakistan « pays frère » (28/02/2026)
  • Jamshid Yama Amiri (@JamshidAmiri) : Détails Opération Ghazab-ul-Haq, frappes (février 2026)
  • Tajuden Soroush (@TajudenSoroush) : Perte soutiens talibans (Arabie/UAE/Qatar)
  • YouTube Pakilinks News : « NRF Leader Ahmad Massoud Makes Important Appeal to Pakistan » (24/02/2026)
  • Vidéo jointe : massoud-pakistan.mp4 (déclaration Massoud)

Rapports humanitaires/internationaux (contexte UNHCR/Iran)

  • UNHCR Data Portal : Réfugiés afghans en Iran (estim. 2,5M en 2025)
  • FIDH : « Afghanistan/Iran/Pakistan : refoulement en masse de réfugiés afghans » (22/07/2025)
  • NCR-Iran : « Réfugiés afghans en Iran : les boucs émissaires du régime » (04/07/2025)

Contexte Iran (pertes confirmées)

  • Euronews : « Iran’s president says avenging Ayatollah Ali Khamenei’s killing » (01/03/2026)
  • Al Jazeera : « Who is Ali Shamkhani, Iran official killed in US-Israel attacks » (28/02/2026)
  • DW : « Iran’s Supreme Leader Khamenei is dead, state media confirms » (28/02/2026)

Lire aussi :

Frères ennemis

de Pascal Coquis

https://www.dna.fr/defense-guerre-conflit/2026/02/28/freres-ennemis

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