Détournement de l’aide internationale
19/02/2026

Agence de presse RASC : Selon un article d’Asia Times, la commission des affaires étrangères du Sénat américain a approuvé une loi bipartisane intitulée « Loi interdisant le financement du terrorisme par les contribuables ». Ce texte vise à empêcher que des fonds américains ne parviennent aux talibans ou à d’autres groupes terroristes opérant en Afghanistan, que ce soit directement ou indirectement. Des évaluations de sécurité ont montré à plusieurs reprises que les talibans n’ont pas rompu leurs liens avec ces groupes et que, dans certains cas, ils ont même toléré, voire facilité, leur présence.
Cette législation marque un tournant vers un contrôle financier plus strict suite au retrait militaire américain rapide en août 2021 et au retour au pouvoir des talibans, un résultat qui a effectivement imposé une structure politique mono-ethnique et exclusive, dépourvue de légitimité électorale.
Le sénateur Jim Risch, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, a qualifié le projet de loi de « mesure de bon sens », affirmant qu’« pas un seul dollar » de l’argent des contribuables américains ne devrait finir au profit d’organisations terroristes en Afghanistan. La sensibilité politique et éthique de cette question est accentuée par le bilan des talibans après la guerre, marqué par de graves restrictions des libertés civiles et des droits des femmes, ce qui renforce les inquiétudes quant à leur régime idéologique et autoritaire.
Le projet de loi exigerait du département d’État américain qu’il élabore une stratégie visant à empêcher que l’aide étrangère ne soit détournée au profit de groupes armés. Cette mesure répond directement aux inquiétudes croissantes selon lesquelles les talibans pourraient utiliser des mécanismes administratifs pour s’approprier indirectement l’aide internationale.
Un rapport de décembre 2025 de l’Inspecteur général spécial des États-Unis pour la reconstruction de l’Afghanistan (SIGAR) indique qu’environ 10,72 milliards de dollars ont été injectés dans l’Afghanistan après la chute de Kaboul, dont 3,83 milliards provenant des contribuables américains. Certaines estimations citées dans le rapport soulignent que jusqu’à 70 % de ces fonds pourraient avoir profité aux structures talibanes par le biais de la taxation forcée, du détournement de ressources ou du contrôle administratif.
Les résultats du suivi indiquent également qu’environ 4 milliards de dollars d’aide américaine ont transité par des systèmes sous contrôle taliban, tandis que près de 8 milliards de dollars ont été dépensés par les institutions internationales pour des programmes de développement et d’aide humanitaire. Le Fonds fiduciaire pour la résilience de l’Afghanistan (ARTF) a financé des projets d’une valeur de 1,5 milliard de dollars, malgré le maintien des sanctions internationales imposées aux talibans.
Les organes de contrôle, notamment les évaluations du Conseil de sécurité des Nations Unies, ont documenté des cas répétés de corruption, de détournement de fonds, de détournement d’aide et de faiblesse du contrôle sous le régime taliban. L’Afghanistan occupait le 169e rang sur 182 pays dans l’Indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International, ce qui, selon les critiques, témoigne d’une opacité et d’un manque de responsabilité profondément enracinés.
Cette mesure législative témoigne également des tensions géopolitiques croissantes. Les responsables politiques américains ont averti que des flux financiers sans restriction pourraient permettre aux groupes extrémistes de reconstituer leurs capacités opérationnelles. Le Pakistan a déclaré à plusieurs reprises dans les instances internationales qu’environ 6 000 combattants affiliés au Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) opèrent depuis le territoire afghan. Selon certaines estimations, l’Afghanistan abrite actuellement une vingtaine d’organisations terroristes internationales, ce qui laisse craindre que les talibans n’aient pas réussi à endiguer, voire aient favorisé, les activités militantes.
Le 37e rapport de l’équipe de surveillance du Conseil de sécurité de l’ONU, publié en février 2026, a fait état d’une augmentation des attaques transfrontalières menées depuis le territoire afghan vers le Pakistan, avertissant que l’activité des militants demeure une menace grave et évolutive pour la stabilité régionale.
Alors que la surveillance des États-Unis et de l’ONU s’intensifie, la crise humanitaire en Afghanistan s’aggrave. Des millions d’Afghans dépendent de l’aide étrangère pour se nourrir, se soigner et accéder aux services essentiels, une aide qui, en l’absence d’un gouvernement responsable et inclusif, demeure vulnérable aux détournements structurels.
La question centrale n’est plus de savoir si l’aide doit se poursuivre, mais comment elle peut parvenir au peuple afghan sans renforcer le système financier des talibans. Le projet de loi américain souligne la nécessité de nouveaux mécanismes de distribution, de systèmes de contrôle plus robustes et de conditions vérifiables telles qu’une rupture réelle des talibans avec les réseaux terroristes, la prévention des attaques transfrontalières, la mise en place d’un système politique inclusif et le respect effectif des droits des femmes et des normes internationales relatives aux droits humains.
Par Saima Afzal
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