Chair à canon pour la Russie et contre le Pakistan : les talibans envoient les Afghans à la mort

Les talibans veulent livrer les Afghans à deux guerres


Il faut appeler les choses par leur nom. Quand un régime discute avec la Russie de l’envoi de travailleurs afghans alors que Moscou est accusé de recourir à des réseaux de recrutement trompeurs, de confiscation de papiers et d’envois forcés ou contraints vers l’effort de guerre en Ukraine, il ne s’agit pas d’une politique de l’emploi. Il s’agit d’une mise en danger délibérée d’une population déjà brisée. Et quand, dans le même temps, les talibans mobilisent des civils, des anciens militaires et leurs propres réseaux familiaux pour alimenter la confrontation avec le Pakistan, il ne s’agit pas davantage de “défense nationale”. Il s’agit d’une instrumentalisation cynique des afghans. (afintl.com)

Vendredi, Zamir Kabulov, l’envoyé spécial de la Russie pour l’Afghanistan, a confirmé que Moscou discutait avec les talibans du recrutement de travailleurs afghans. Il a précisé qu’aucun accord concret n’avait encore été conclu, mais que des évaluations de faisabilité étaient en cours. De son côté, l’ambassadeur taliban à Moscou avait déjà évoqué des discussions sur l’emploi d’Afghans dans le secteur agricole russe. Pris isolément, cela pourrait sembler relever d’un banal dossier migratoire. Mais rien, absolument rien, n’autorise aujourd’hui à traiter ce projet comme une simple opportunité de travail. Car le contexte russe a changé de nature : depuis le déclenchement de la guerre à grande échelle contre l’Ukraine, la Russie cherche de la main-d’œuvre, des recrues, des intermédiaires, des populations vulnérables à exploiter. (afintl.com)

Ce n’est pas une spéculation militante. Le Parlement européen a adopté le 12 mars 2026 une résolution dénonçant le recrutement trompeur et coercitif de non-Russes pour la guerre menée par Moscou en Ukraine. Le texte mentionne explicitement des promesses mensongères d’emploi ou d’études, la privation de documents d’identité, la coercition, les menaces, et l’utilisation de ressortissants étrangers pour les tâches les plus dangereuses au front. La résolution souligne aussi que la Russie recrute non seulement en Afrique, mais également en Asie centrale et méridionale. Quelques jours plus tard, l’Associated Press rapportait que le Zimbabwe avait annoncé la mort de quinze de ses ressortissants après des recrutements frauduleux liés à la guerre Russie-Ukraine, avec confiscation de papiers et coercition au combat. Autrement dit : le précédent existe, il est documenté, et il est mortel.

Dès lors, envoyer des Afghans dans ce système reviendrait à exposer une population désespérée à une filière à haut risque, au moment même où l’Afghanistan ne dispose ni d’un État de droit fonctionnel, ni de garanties consulaires crédibles, ni de mécanismes indépendants capables de protéger ses ressortissants à l’étranger. Les talibans ne peuvent pas garantir les contrats, les droits, la protection sociale, l’assistance juridique ou le rapatriement. Ils ne protègent déjà pas les Afghans chez eux ; ils seraient donc incapables de les protéger dans la Russie de la guerre. Ce qu’ils offrent, en réalité, ce n’est pas une migration de travail sécurisée. C’est un couloir d’abandon. Une population affamée, sans perspective, privée de libertés et acculée économiquement devient un réservoir idéal pour tous les trafics politiques : le trafic de bras, le trafic de loyautés, et demain peut-être le trafic de vies humaines vers un front qui n’est pas le sien. (afintl.com)

Le plus grave est que cette logique d’exploitation ne s’arrête pas aux frontières russes. À l’intérieur même de l’Afghanistan, le pouvoir taliban semble déjà traiter la population comme une réserve mobilisable à volonté. Alors que les opérations pakistanaises ont repris après une brève pause, Reuters rappelle que le conflit frontalier a déjà provoqué de lourdes pertes humaines. Dans ce contexte, des sources citées par Hasht-e Subh rapportent des pratiques de conscription forcée : jeunes hommes, anciens militaires et même certains membres de la base talibane auraient été envoyés vers les zones frontalières. Le même article évoque aussi des citoyens contraints de participer à des manifestations anti-pakistanaises, ainsi que des pressions exercées sur des notables et anciens pour encourager la mobilisation. Là encore, le vocabulaire officiel parle de patriotisme et de résistance ; les faits décrivent plutôt une militarisation forcée de la société. (Reuters)

Le mécanisme est toujours le même. D’abord, le régime fabrique une mise en scène : des rassemblements, des slogans, des images de mobilisation, des démonstrations de loyauté devant les caméras. Ensuite, il recycle la misère sociale en matériau politique. Enfin, il transforme les plus vulnérables en instruments jetables. Les pauvres sont envoyés travailler loin, sans garanties. Les jeunes sont sommés de servir. Les anciens soldats, pourtant pourchassés, humiliés ou marginalisés depuis 2021, redeviennent soudain utiles quand il faut manier des armes ou tenir une ligne face au Pakistan. Ce régime n’a ni projet national, ni stratégie de protection des citoyens ; il n’a qu’un réflexe de prédation. Il prélève des vies comme il prélève des impôts, des droits, des libertés et des silences. (8am.media)

Il faut donc refuser le piège du langage. Non, ce ne sont pas de simples “travailleurs migrants” quand le pays de destination est accusé d’utiliser des filières frauduleuses alimentant l’effort de guerre. Non, ce ne sont pas de simples “volontaires” quand des civils, des anciens militaires ou des proches sont poussés sur le devant de la scène pour nourrir un conflit voulu par des chefs. Et non, ce n’est pas de la souveraineté quand un pouvoir sans légitimité transforme la population afghane en chair à canon exportable ou mobilisable. C’est une double confiscation : confiscation du travail, et confiscation de la vie. Après avoir confisqué l’école, la parole, les droits des femmes, la presse et l’espace public, les talibans semblent prêts à confisquer jusqu’au destin physique des Afghans eux-mêmes. (afintl.com)

Ce qui se joue ici dépasse une actualité diplomatique. C’est une alerte morale et politique. Chaque fois que les talibans parlent d’“opportunité”, il faut demander : pour qui ? Chaque fois qu’ils parlent de “défense”, il faut demander : au prix de quelles vies ? Et chaque fois qu’ils prétendent représenter l’Afghanistan, il faut rappeler cette vérité brutale : un pouvoir qui expose ses citoyens à l’exploitation extérieure et les manipule pour des guerres intérieures ne gouverne pas un peuple, il le consomme. (afintl.com)