Afghanistan : le système éducatif s’effondre, même pour les garçons

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Rapport UNESCO/UNICEF · 22 octobre 2026
Afghanistan : le système éducatif s’effondre, même pour les garçons
Les rapports 2025 et 2026 de l’UNESCO et de l’UNICEF

Les rapports 2025 et 2026 de l’UNESCO et de l’UNICEF décrivent un système éducatif qui se réduit : les filles et les femmes en sont exclues, les garçons y sont de moins en moins nombreux, et le financement baisse.

Les deux sources

Ce texte repose sur deux textes qui présentent le même rapport conjoint de l’UNESCO et de l’UNICEF, dans deux éditions différentes.

La première source est la page de l’UNESCO du 16 octobre 2025. Elle présente le Rapport sur la situation de l’éducation en Afghanistan 2025. La seconde est un article d’Amu TV du 22 octobre 2026, signé Siyar Sirat. Il reprend l’édition 2026 du même rapport.

Le texte de l’UNESCO insiste sur l’exclusion des filles, l’alphabétisation et l’action de l’organisation sur place. L’article d’Amu TV est plus détaillé sur l’enseignement supérieur, les programmes, les écoles islamiques et le financement. Les deux ensemble permettent de suivre l’évolution d’une année à l’autre.

Les chiffres ci-dessous sont ceux des deux sources, sans autre ajout. Quand une donnée vient d’une seule des deux, le texte le dit.

Filles et femmes : une exclusion totale après la 6e année

L’Afghanistan est le seul pays au monde à interdire de façon systématique aux filles et aux femmes l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. C’est le point de départ des deux rapports.

L’édition 2025 compte 2,2 millions d’adolescentes exclues des classes après quatre ans d’interdiction. L’édition 2026 donne un chiffre plus élevé : l’UNICEF estime que plus de 2,6 millions de filles ont été privées d’enseignement secondaire depuis 2021. Les filles n’ont plus accès à l’école formelle au-delà de la 6e année.

Les femmes sont interdites d’université depuis décembre 2022. Les effectifs féminins dans l’enseignement supérieur ont disparu en quelques années :

AnnéeÉtudiantes (estimation)
2019environ 119 000
2022environ 89 000
2023presque zéro
2024 et aprèszéro

Aucune femme n’a été signalée au concours d’entrée Kankor depuis 2023.

L’UNESCO avertit que, si l’interdiction se poursuit, près de 4 millions de filles pourraient être privées d’enseignement secondaire d’ici 2030. L’exclusion des femmes de l’enseignement supérieur coûterait au pays 9,6 milliards de dollars d’ici 2066, soit deux tiers de son PIB actuel selon la page de 2025.

Les deux organisations notent que l’effet dépasse l’université. L’enseignement supérieur donne les diplômes nécessaires aux métiers de la santé, de l’éducation et de la recherche.

Le taux d’alphabétisme national est de 37 %, l’un des plus bas du monde. Il est de 52 % chez les hommes et de 27 % chez les femmes (source UNESCO, 2025).

Enseignement supérieur : les hommes reculent aussi

La baisse ne vient pas seulement de l’interdiction faite aux femmes. Selon l’édition 2026, environ 208 000 hommes étaient inscrits dans l’enseignement supérieur en 2026, contre environ 306 000 en 2019, soit une baisse d’un tiers. La page de l’UNESCO de 2025 parlait de près de 40 % de baisse depuis 2019.

Le rapport cite trois causes : la baisse des moyens des ménages pour payer les études, les faibles perspectives d’emploi des diplômés, et la pression financière sur les universités privées.

Le corps enseignant

Le nombre de professeurs et de chargés de cours est passé d’environ 18 900 en 2019 à 12 700 en 2025, soit un recul d’un tiers. Chez les femmes, la chute est beaucoup plus forte :

AnnéeEnseignantes à l’université (estimation)
2019environ 2 600
2023environ 1 100
2024environ 800
2025un peu plus de 100

L’UNICEF et l’UNESCO estiment que cette disparition réduit l’expertise et l’encadrement dans les universités. Elle affaiblit aussi le vivier de professionnels dont le pays aurait besoin si les femmes pouvaient revenir à l’université.

Établissements et concours d’entrée

Le nombre d’établissements reste à peu près stable : 166 en 2019, 161 en 2023, 170 en 2024 (40 publics et 130 privés). Ce chiffre cache des difficultés financières, surtout dans le privé, qui a perdu les frais de scolarité des étudiantes. En août 2026, le ministère taliban de l’Enseignement supérieur a suspendu sept établissements privés pendant un an et retiré leur licence à deux autres, en invoquant des problèmes administratifs, académiques et de conformité.

Le concours Kankor montre le même recul :

  • environ 118 000 participants en 2026, contre 210 000 en 2020
  • environ 75 000 reçus en 2026, contre 41 000 en 2024, 44 000 en 2023 et environ 81 000 en 2020
  • un taux de réussite de 63 % en 2026, contre 39 % en 2020

Le rapport en conclut que l’admission est devenue moins sélective, puisque la proportion de reçus augmente alors que le nombre de candidats baisse.

Les programmes

En 2025, les universités publiques et privées ont reçu l’ordre de retirer 679 livres et supports pédagogiques et d’arrêter 18 matières. Ces matières touchent aux droits humains, à la démocratie, au genre, à la gouvernance et à d’autres sciences sociales. Plus de 200 autres matières ont été maintenues en attendant leur révision. Le rapport s’inquiète de la réduction de l’éventail des savoirs enseignés, notamment en sciences humaines, en droit et en sciences sociales.

Primaire et secondaire : peu d’élèves, peu d’apprentissages

Les problèmes commencent bien avant l’université. L’UNESCO indique en 2025 que plus de 90 % des enfants de 10 ans ne savent pas lire un texte simple. Elle parle de scolarisation sans éducation. Plus de 2,13 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire sont déscolarisés. Près de la moitié des écoles n’ont pas d’eau propre, de sanitaires ni de chauffage, et plus de 1 000 sont fermées à cause de conflits ou de catastrophes naturelles.

Inscriptions et niveau

Selon l’édition 2026, les inscriptions en primaire sont passées d’environ 6,04 millions en 2022 à 6,77 millions en 2024, puis à 6,6 millions en 2025. Le taux brut de scolarisation en primaire a baissé de 95,4 % en 2024 à 91 % en 2025, ce qui signifie que les inscriptions ne suivent plus la croissance de la population en âge scolaire.

Une évaluation nationale de 2025, menée auprès de plus de 55 000 élèves de 4e année dans 1 856 écoles, donne :

  • 43,5 % des élèves au niveau minimum en langue
  • 25,4 % des élèves au niveau minimum en mathématiques

Environ 53 % des enfants d’âge primaire, 67 % des adolescents du premier cycle secondaire et 79 % de ceux du second cycle sont en dehors de l’enseignement général formel. Environ la moitié des écoles n’ont pas de bâtiment assez grand pour toutes leurs classes, et beaucoup d’élèves étudient sous des tentes, dans des abris provisoires ou en plein air.

Chez les garçons, le recul commence au lycée. Les inscriptions en classes de 10e à 12e sont passées d’environ 750 000 en 2023 à 700 000 en 2024 et 660 000 en 2025. Leur taux brut de scolarisation dans le second cycle est tombé de 48,5 % à 40 % entre 2023 et 2025.

Les enseignantes

En 2026, l’Afghanistan compte environ 175 800 enseignants dans les écoles publiques générales. Près de 57 800 sont des femmes, soit 32,9 %. Dans le primaire, elles ne sont que 25,5 %.

Parmi les écoles publiques qui déclarent accueillir des filles, 57,3 % n’ont aucune enseignante. Ce chiffre monte à 61,8 % en zone rurale et à 75,1 % dans les écoles primaires. Comme les filles ne peuvent pas aller au-delà de la 6e année et que les femmes ne peuvent pas aller à l’université, le rapport prévoit un manque de plus de 11 000 enseignantes du primaire d’ici 2030 si les restrictions durent.

Les classes communautaires

Le système de classes communautaires, qui scolarisait des enfants dans des zones isolées, a fortement reculé. À son pic en 2023, il touchait près d’un million d’élèves dans environ 30 000 classes, dans les 34 provinces, avec une majorité de filles. En octobre 2026, il reste environ 5 300 classes actives pour environ 162 000 élèves, dont 103 000 filles (64 %).

Une évaluation de l’UNICEF sur plus de 11 000 classes montre que seules 6 % sont passées complètement dans des écoles publiques, avec des élèves inscrits et présents. Pour 15 %, le passage est partiel. Pour 79 %, il n’est qu’administratif, sans que les élèves continuent d’aller en classe de façon régulière. Le rapport relie ce changement à la baisse de l’aide des donateurs et à la décision du ministère de l’Éducation taliban de supprimer progressivement l’ancien système au profit d’un nouveau modèle d’école communautaire.

L’action de l’UNESCO

La page de 2025 présente des cours d’alphabétisation dispensés par plus de 1 000 facilitateurs formés dans plus de 2 600 villages, pour 56 000 jeunes, en majorité des filles et des femmes. Des cours par radio, télévision, plateformes en ligne et WhatsApp touchent environ 17 millions d’Afghans. L’UNESCO précise que ces moyens ne remplacent pas l’école en présentiel.

Écoles islamiques et formation professionnelle

Pendant que l’enseignement secondaire et supérieur se réduit, l’enseignement islamique s’étend. Ces données viennent uniquement de l’édition 2026.

L’enseignement islamique

Le nombre d’établissements d’enseignement islamique est passé de 1 127 en 2019 à 17 832 en 2023, puis à environ 20 700 en 2025, d’après des données administratives citées dans le rapport. En 2025, ils déclarent environ 2,46 millions d’élèves et 84 000 enseignants. Les filles représentent environ 716 000 élèves, soit 29 % des effectifs déclarés. L’UNICEF et l’UNESCO précisent que le manque de vérification indépendante des données rend difficile l’évaluation de la participation, de la qualité et des acquis.

Les programmes scolaires changent aussi. En classes 1 à 3, l’éducation islamique représentait environ 24 % du temps d’enseignement hebdomadaire dans le programme de 2021. Elle passe à environ 42 % dans un plan d’enseignement approuvé en 2023. Un suivi mené en juillet et août 2026 relève un peu plus de 10 heures par semaine de matières religieuses dans ces classes, contre six heures dans l’emploi du temps de 2021. Le rapport documente aussi le retrait, dans les supports de cours, des références aux valeurs civiques, aux droits humains, aux droits des femmes et aux institutions internationales.

La formation technique et professionnelle

Les effectifs de la formation technique et professionnelle formelle sont d’environ 58 000 élèves en 2025, en baisse d’environ 8 % par rapport aux 63 000 de 2019. Cette baisse vient de la disparition des femmes : les effectifs masculins ont augmenté, de 49 000 en 2019 à 57 000 en 2025.

En 2025, environ 15 000 diplômés ont été déclarés, tous des hommes. Le nombre de formateurs est passé d’environ 5 700 en 2019 à 2 900 en 2023, puis est remonté à environ 4 200 en 2025.

Le rapport décrit une formation professionnelle formelle devenue de fait une voie réservée aux garçons et aux hommes. Les femmes, les adolescentes, les personnes de retour au pays et d’autres groupes dépendent de plus en plus de programmes de compétences non formels.

Financement et besoins humanitaires

L’aide extérieure à l’éducation (besoins de base et aide humanitaire) a baissé de plus de moitié entre 2024 et 2026, et elle doit encore baisser en 2027.

AnnéeFinancement extérieur (millions de dollars)
2024environ 405
2025environ 339
2026environ 182
2027 (projection)77

Le secteur a besoin d’environ 583 millions de dollars pour 2026 et 2027. Les financements identifiés sont d’environ 258 millions, ce qui laisse un déficit cumulé d’environ 324 millions. Les fonds disponibles devraient couvrir environ 53 % des besoins en 2026 et seulement 32 % en 2027.

Les dépenses intérieures sont presque toutes consacrées aux salaires et aux charges courantes. En 2025, les dépenses de fonctionnement atteignent environ 460 millions de dollars, contre environ 2 millions pour le développement. Les bâtiments, la formation des enseignants et les manuels dépendent donc très largement de l’aide étrangère.

Des besoins qui augmentent

L’édition 2026 estime que 7,1 millions d’enfants ont besoin d’une aide éducative d’urgence en 2026. Les retours massifs depuis le Pakistan et l’Iran ajoutent des élèves dans des communautés où les écoles manquent déjà de salles, d’enseignants et de matériel. L’édition 2025 comptait près de 9 millions d’enfants dans ce cas, dont environ 10 % d’enfants handicapés, et le retour de 2,7 millions d’Afghans auparavant réfugiés dans les pays voisins.

Malgré ce tableau, l’UNICEF et l’UNESCO estiment que le système garde une capacité importante et que la demande de la population pour l’éducation reste forte. Dans l’édition 2025, ils appelaient à nouveau à la réouverture immédiate et inconditionnelle des écoles et des universités aux filles et aux femmes, à plus d’apprentissage inclusif et à des investissements durables dans l’éducation de base.

Écarts entre les deux éditions

Trois chiffres diffèrent d’une source à l’autre. Les deux textes n’expliquent pas ces écarts : avant de citer l’un de ces chiffres, il faut le vérifier dans le rapport lui-même.

IndicateurÉdition 2025 (UNESCO, 16 octobre 2025)Édition 2026 (Amu TV, 22 octobre 2026)
Baisse des étudiants hommes depuis 2019près de 40 %environ un tiers (208 000 contre 306 000)
Filles privées d’enseignement secondaire2,2 millions (après quatre ans d’interdiction)plus de 2,6 millions (depuis 2021)
Enfants ayant besoin d’une aide éducative d’urgenceprès de 9 millions7,1 millions
Perte économique liée à l’exclusion des femmes de l’université, d’ici 20669,6 milliards de dollars, soit deux tiers du PIB actuel9,6 milliards de dollars
SOURCES
UNESCO
La crise de l’éducation en Afghanistan menace l’avenir de toute une génération, selon un nouveau rapport
Page publiée le 16 octobre 2025 (Rapport 2025, UNESCO et UNICEF)
Lire la source
Amu TV
UNICEF, UNESCO: Afghan male university enrollment down one-third since 2019
Siyar Sirat, 22 octobre 2026 (Rapport 2026, UNESCO et UNICEF)
Lire la source

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La Lettre d’Afghanistan

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